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La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville

Электронная книга - «La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville». Краткое содержание книги:

Ce roman épistolaire nous conte l'histoire classique d'une jeune fille, provinciale d'origine modeste, qui monte à Paris. Après avoir profité, sans en abuser, de la bonté d'une amie de la famille, la facilité et la vie dans la grande ville incitent notre héroïne à se faire «entretenir» par un marquis. La maîtresse sera en bons termes avec la marquise puisque son propre frère en est l'amant. Mais ces amours ne durent guère et la déchéance sera grande?
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Il vient de me dire que le marquis est marié!… C’est avec une jeune personne de la première qualité, belle, riche… Tout est fini de ce côté-là! mon cœur se gonfle… Ah! j’ai perdu mon fils… Edmond va vous écrire. Il doit me montrer sa lettre…

Deux heures après.

La voilà. Je viens de la lire… Le marquis est marié?… on l’a trompé, en lui faisant croire la mort de mon fils… je ne me trouve sensible, en ce moment, qu’à cette heureuse nouvelle! je suis encore mère… mais je ne dois plus rien au marquis… il m’aime cependant… il fulmine de la tromperie, qu’on lui a faite!… il le feint peut-être… il ferait casser son mariage… s’il n’avait pas d’héritier… ce cruel homme veut me tenir toute ma vie en suspens!… Enfin la lettre d’Edmond vous apprendra des choses bien étranges, et m’apprend à moi-même que mon frère a pénétré mon secret. Mais je, ne l’avouerai que pour me venger du faible marquis, s’il m’aime, ou du perfide, s’il me trompe. Quant au conseiller, son mariage m’est absolument indifférent, surtout après l’heureuse assurance que je suis encore mère. Adieu, chère sœur. Je comptais faire ma lettré plus longue: mais je suis trop troublée.

P.-S. à Mme PARANGON. – Voilà bien des choses, ma généreuse et tendre amie, que j’ignorais au commencement de ma lettre! Vous les voyez par celle qui est incluse dans la vôtre, Cependant, je ne vous copierai pas celle d’Edmond qui m’instruit: elle est en vérité singulière, mais lorsque je vous reverrai, je vous parlerai d’une visite que j’ai reçue d’un oncle du marquis. Il s’est presque mis à mes genoux, pour me prier d’engager son neveu à bien vivre avec sa femme; il m’a dit aussi que sa passion pour moi avait des titres si respectables, qu’il n’avait osé la condamner, lorsqu’il lui en avait parlé, et qu’il avait feint, pour ne le pas heurter, de donner dans des maximes très criminelles, devant mon frère, mais qu’il les désavouait devant moi. Une réflexion me vient: si le marquis m’aime, comme il me le paraît, d’après la visite de son oncle, pourquoi n’a-t-il pas tenu plus ferme! je crois qu’on m’a fait commettre une grande faute, en m’obligeant de lui marquer de la répugnance! Si je lui avais parlé d’après mon cœur, il aurait été comblé; jamais il n’eût épousé une autre femme; il aurait décidé sa famille… Je suis trahie! mais est-ce par le sort, ou par les hommes?

Adieu, chère bonne amie! mon fils existe, et j’ai encore un cœur.

Lettre 75. Gaudet, à Laure.

[Cet esprit tentateur conduit tout à la perdition.].

24 octobre.

Je viens d’ôter le dernier asile à la mariageomanie d’Ursule: j’ai parlé de façon au conseiller, sans paraître moins zélé pour Ursule et pour sa famille, que je l’en ai dégoûté. C’est à un souper chez M. de Ch***: j’ai feint de boire un peu au-delà de la mesure de l’homme prudent; et dans cette ivresse simulée j’ai divulgué, preuve en main, au moyen d’une certaine lettre qu’Ursule a écrite, certains secrets de cette belle. J’ai retiré adroitement ma lettre, après qu’on en a eu lu ce que je voulais. Le voilà marié de ce matin. Il épouse une coquette fieffée: cet homme a une étoile qui le domine furieusement!… Le pauvre homme aime encore Ursule, tout en fulminant contre elle; et réellement il m’a fait pitié. Mais s’il m’avait importé que la sœur de mon amie se mariât, ç’aurait été au marquis, et non à ce petit robineau provincial. J’écrirai demain à Edmond, et je le renverrai aux détails que je te fais. Tu sais comme il faudra les rendre: ma lettre sera égarée, ou tout ce que tu voudras. Il était essentiel que je partisse! La belle dame nouait l’intrigue, et le mariage s’accomplissait. Que de peines! Le sort me doit un succès glorieux; il ne me le donnera pas, je l’achète. Dès que je pourrai m’échapper d’ici, je retournerai où mon cœur et mes affaires m’appellent. Je ne crains pas grand-chose à présent du marquis. Que fera-t-il? Il n’enlèvera plus; et quand il le ferait? Séduira-t-il? je le voudrais. Entretiendra-t-il? À la bonne heure. Il faut donner de la (…) à ce faquin de Lagouache, nous n’avons plus besoin de ce drôle-là. Commence à le détruire dans l’esprit de ta cousine. Les (…) ne sont bons à rien dans aucun cas; à moins qu’il n’y ait encore une vertu bien raboteuse à aplanir.

P.-S. – Crois-tu que nous soyons soupçonnés? Examine cela; je t’envoie un brouillon de lettre que tu mettras au net, pour URSULE je le crois nécessaire, pour parer à tout.

Lettre 76. Laure, à Ursule.

[Elle lui fait des remontrances trompeuses.].

19 octobre.

Il y a de par le monde, cousine, des êtres singuliers, surtout parmi les jolies femmes, lorsqu’elles sont filles à marier! J’en connais une qui est charmante! C’est une grâce, une Hébé; tu ne pourrais t’empêcher d’en convenir, si je la nommais: mais c’est bien la plus singulière petite créature qu’on puisse imaginer! Oubliant qu’elle est faite pour être adorée, de divinité, elle vient de descendre au rang de simple mortelle, et c’est elle qui adore humblement une espèce de beau qui n’a pour lui que le suffrage de sa propre fatuité, joint à celui de sa très humble servante (car il serait peu exact de dire sa maîtresse). Tu ne serais pas capable d’une pareille inconséquence, toi, cousine? tu sais trop ce que tu vaux pour cela. Mais je voudrais bien que tu connusses celle dont je parle; tu lui dirais ton sentiments et je suis sûre qu’il aurait du poids sur son esprit; il faut que je vous fasse faire connaissance; j’aime beaucoup cette jolie personne, quoique très assurée que j’ai peu de crédit sur son esprit, car elle est passablement orgueilleuse, ou entêtée (ce qui, je crois, est synonyme); avec cela, elle me fait l’honneur de me croire fort inférieure à elle en esprit, en manières, en usage du monde, en capacité pour les bons conseils, autant qu’en charmes; pour ce dernier point, je le lui passe, elle a raison. Je ne lui dispute qu’un article, parce que je le puis, sans mortifier sa vanité: c’est l’expérience; je m’en crois beaucoup plus qu’elle! Mais elle s’en consolera facilement, l’expérience ne va pas aux jolies femmes; c’est quelquefois à leur égard un si vilain mot! J’ai vu des filles qui s’en tenaient pour offensées comme de la plus grosse injure… Mais je reviens à l’Adonis. Je ne lui dispute pas non plus les grâces; peut-être même lui supposerais-je de l’amour: car la jolie personne est faite pour en inspirer, fut-on homme-plante, homme-pierre; je lui en supposerais, dis-je, si je ne croyais pas le cœur de ce beau garçon, si rempli de lui-même, que je regarde comme impossible qu’il puisse y loger des sentiments pour un autre objet, quelque aimable et quelque méritant qu’il fût. Il serait malheureux pour ma jeune amie, avec tous ses attraits et vingt ans, d’aller aimer sans l’être, elle qui a été si souvent adorée sans y répondre! passe encore si elle avait la cinquantaine, et qu’elle eût mérité la colère de Vénus par une longue suite de cruautés, ou de perfidies! Mais hélas! elle est neuve la belle enfant, à un petit échec près que lui a fait éprouver un trait perfide décoché par, l’Amour. Car le petit Traître voyant bien qu’elle serait invulnérable, s’il l’attaquait de franc-jeu, s’est avisé de substituer la force à ses armes ordinaires, et ce Dieu si faible, à en juger par sa stature, qui n’emploie avec les victimes de sa déloyauté que la séduction du plaisir, s’est avisé d’en user avec elle comme un Hercule, ou comme un Grenadier, entré par la brèche, dans une ville prise d’assaut. Ah! cela est fort mal de sa part!… Il paraît qu’il s’en repent aujourd’hui: mais qu’elle prenne garde! ses douceurs sont plus dangereuses que ses violences, et je crains ici, pour elle, les premières bien davantage!

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