La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville
- Автор: Bretonne Nicolas-Edme Retif de la
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville». Краткое содержание книги:
Comme j’ai formé le dessein d’envoyer à ma belle-sœur Fanchon le récit de tout ce qui m’est arrivé depuis ma dernière qu’elle ait reçue, je vous l’adresse afin que vous le voyiez avant de le lui faire parvenir; je suis bien aise qu’elle connaisse les motifs de toute ma conduite.
À ma sœur Fanchon.
[Elle lui donne des nouvelles de son fils, etc.].
Il y a un temps si considérable que je ne t’ai écrit, chère sœur, que je crains de passer dans ton esprit pour t’avoir oubliée! mais il n’en sera jamais rien, je t’assure. J’ai eu tant d’inquiétudes et de soins différents, depuis que je suis ici, qu’à peine ai-je trouvé le temps d’être à moi-même. Je suis un peu plus tranquille enfin: mais est-ce Un avantage, lorsque je vois échouer tous les projets qu’on ait formés, pour me procurer un établissement avantageux, et que toutes les circonstances paraissent se réunir contre moi? C’est ce que tu vas voir par le récit que je me propose de te faire ici de tout ce qui s’est passé. En arrivant à Paris, ma situation exigeait que je vécusse dans la retraite: mais pressée par mon frère, je consentis à recevoir les visites du marquis. C’était indiquer clairement mes intentions à son sujet. Cependant je ne lui trouvai pas d’abord un certain empressement pour le mariage.
Mes amis, me conseillèrent de marquer de la fierté; j’en marquai beaucoup et je m’en trouvai bien: le marquis parla. Ayant eu un fils, je regardai moi-même mon mariage comme assuré. Mais il y eut alors de grandes difficultés de la part de la famille du marquis: j’en fus piquée, au point que dans un moment de dépit, j’allai jusqu’à leur dire que j’avais de là répugnance pour le père de mon fils, et que je ne l’épouserais qu’à des conditions très dures, comme d’entrer dans un couvent, après que j’aurais donné. un état à l’enfant, auquel seul je me sacrifiais. Cette conduite fut approuvée ici de tout le monde, à l’exception de Mme Parangon, qui la trouva outrée, et de mon frère qui aurait voulu que j’eusse dit oui, tout d’un coup. Mais je croyais devoir suivre les conseils d’un homme plus prudent et plus expérimenté que lui. On me demandait en mariage mais on s’arrêtait aux moindres objections et la vérité est que jamais la famille du marquis n’a eu l’intention que ce mariage se fît. La preuve, en va paraître par la suite de mon récit.
Un jour Mme la comtesse sa mère vint voir mon fils. Elle me le demanda. Je lui dis mes raisons pour le garder, et elle s’y rendit. Mais quelque temps après, elle revint à la charge: malheureusement mes amis avaient agité devant moi l’importante question, si je devais confier mon fils à cette dame? Et ils s’étaient décidés pour l’affirmative. Je le confiai donc. Il se portait à merveille, et trois semaines après on vint m’annoncer sa mort. Edmond doute que cette mort soit vraie, moi, je désire qu’elle soit fausse: mais dans les deux cas, il est bien dur pour moi d’être privée de mon fils, et de perdre par sa mort, ou par sa soustraction l’espérance! d’un mariage qui aurait porté la joie dans ma famille… Il est une chose que j’attends encore, pour, être entièrement convaincue de la mort de l’enfant: c’est le mariage du marquis, que Laure vient de m’annoncer. Si ce mariage s’accomplit, je n’aurai plus à douter de mon double malheur; et comme il ne faut pas s’abandonner au désespoir, je saisirai les moyens de consolation que le sort, ou mes amis me présenteront.
Quant au conseiller, je n’y ai jamais sérieusement compté, depuis, qu’il connaît mon accident. Ainsi, je ne le regrette pas: on me marque aussi qu’il va se marier. Je lui souhaite bien du bonheur!
Edmond me tourmente beaucoup! Ce pauvre frère, plus occupé de mes intérêts que des siens, est désolé de ce que mes deux mariages échouent. Mais je veux tâcher de le rendre plus raisonnable et moins ambitieux pour moi.
Il continue d’être fort lié avec le marquis, et je ne sais trop ce qu’il en résultera. Je me déguise un peu avec lui; c’est-à-dire que je donne à mes chagrins bien réels, des causes. conformes aux idées qu’il a de la situation de mon cœur; mais je me lasse de cette fausseté, toute obligeante qu’elle est, et je veux un de ces jours, le faire lire au fond de mon âme…