La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville
- Автор: Bretonne Nicolas-Edme Retif de la
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville». Краткое содержание книги:
En voilà beaucoup, charmante Ursule! Mais j’ai tant de zèle pour votre véritable bonheur, que le vous parle, comme je ne ferais pas encore à votre frère.
Tout à vous.
P.-S. – Un jour, je pourrai bien vous donner du respect. Que n’y suis-je déjà!
Lettre 74. Ursule, à Mme Parangon.
[Derniers bons sentiments d’une pauvre abandonnée; encore la passion en est-elle le motif.].
19 octobre.
Ma très chère amie. La situation où je me trouve enfin parvenue, m’étonne! Mon fils est mort!… Quoi! de toutes ces brillantes espérances que j’avais conçues, il ne me reste plus rien! rien!… Mon frère désolé me reproche le tort que je me suis fait, comme si je le lui avais fait à lui-même: quelque ennuyeux, quelque fatigant qu’il soit sur cet éternel chapitre de ses remontrances, je ne puis m’empêcher d’en aimer le motif… En vérité, je me crois la dupe de quelque menée secrète! Mais quels en sont les auteurs? Qui soupçonner, à moins que ce ne soient mes meilleurs amis, dont les vues ont toujours été si pures?… Il est des instants où je suis tentée de renoncer à toute ambition, et de me jeter dans les bras d’un époux, qui me doive la fortune que je puis lui faire: tranquille, sinon heureuse, dans la médiocrité, je partagerais mes instants entre mon mari, mon frère, et vous. Mais je crains Edmond! Il ne veut pas entendre parler de médiocrité pour moi. Cependant, qu’ai-je à espérer, après la mort de mon fils?… Vous avez vu ma douleur: elle n’avait d’abord qu’un objet, ce cher enfant, mais depuis, combien d’autres s’y sont joints, sans que celui-là soit affaibli!…
Je n’ai plus ici que Laure, à qui je puisse parler de ce qui m’afflige, encore suis-je obligée de lui déguiser la plupart de mes sentiments: la façon de penser de cette parente me paraît absolument différente de la mienne. Je dissimule, et souvent le parais approuver des choses que je suis très fâchée qui soient arrivées. Je n’ai de véritable conseil à prendre que de vous; ceux de mon frère sont impossibles à suivre à présent.
Votre aimable Fanchette commence à s’ennuyer fort de votre absence: elle est ici la seule personne dont la compagnie me plaise toujours. Edmond nous donne tous ses moments de liberté: mais s’il faut vous parler vrai, je vois plus de complaisance et d’amitié que d’amour, dans les soins qu’il rend à la charmante Fanchette. Je lui en ai touché un mot l’autre jour. Il ne m’a d’abord répondu que par un soupir. Ensuite, il m’a dit à l’oreille, quoique nous fussions seuls: «Mes inclinations sont engagées ailleurs.» Je l’ai regardé avec étonnement! Un instant après, je lui ai dit: «Vous qui prétendez que dans tous mes désirs, dans tous mes goûts, je ne dois avoir que la raison pour guide, il me semble que vous ne feriez pas mal de garder le conseil pour vous. – Oh! moi! c’est autre chose, ma sœur! j’éprouve un sentiment invétéré, profond; dès que je l’ai eu parfaitement connu, je me suis dit à moi-même: «Voilà un amour qui sera le destin de ma vie.» Il l’a fait et le fera. Gaudet s’agitera, se tourmentera, intriguera; un regard de cette femme détruira son ouvrage, s’il est contraire à ce que ce regard m’ordonnera. Je puis lui tout sacrifier, hors mon amour. Voilà mon dernier mot. Quant à Mlle Fanchette, de toutes les jeunes personnes qui sont au monde, et à marier, elle est celle que je préférerais: c’est encore là une vérité, aussi certaine, que le Soleil est père du jour.»Mais que n’épousez-vous cette personne, qui vous est si chère? – Elle est engagée. – Et vous l’aimez… Je veux dire, et vous refusez un établissement, qui la satisferait peut-être? – Non il ne la satisferait pas. L’amour est clairvoyant: le mien a vu que sa vertu s’indignait de mes sentiments, mais que son cœur était pour moi; oui, j’en suis sûr, elle ressentirait une peine secrète, si j’en épousais une autre, quelle qu’elle fût.» Voilà sa réponse que j’ai combattue comme j’ai pu.
Ces sentiments n’empêchent pas qu’il n’ait fait le portrait de Mlle Fanchette et le mien, en véritable amant, c’est-à-dire très flatté. Il me jure que c’est comme il nous voit. Il a réellement un talent décidé: les dernières preuves qu’il nous en a données sont encore plus frappantes que celles que vous avez vues. Mais dois-je vous faire cette confidence-là? Si ce n’était pas celle d’un peintre, la conduite d’Edmond serait inexcusable… Il a profité de certaines circonstances, pour nous voir sous l’habit des Grâces, Mlle Fanchette et moi, et c’est en cet état qu’il nous a rendues sur la toile. Mlle Fanchette m’a paru un chef-d’œuvre. Il ne nous a pas montré ces tableaux; nous les avons vus chez lui par hasard, en fouillant, partout, pour chercher quelque lettre qui m’éclairât sur ses dispositions. J’en ai effectivement trouvé une, où il était question de nous: j’y ai vu son secret, et j’ai découvert les tableaux; Fanchette est en Hébé; il doit vous l’envoyer, à ce que j’ai vu écrit derrière la toile. Pour le mien, j’ignore ce qu’il veut en faire. J’avais bien envie de m’en emparer: mais comme mon nom n’y est pas, qu’est-ce que cela me fait?… On dirait que je n’ai pas de chagrin, à la manière dont je traite cette bagatelle. Hélas! faibles mortels! une mouche nous distrait, et c’est un grand avantage sans doute!