Au tréfonds du ciel [A Deepness in the Sky - ru]
- Автор: Виндж Вернор (Вернон) Стефан
- Серия: Qeng Ho (fr) #2
- Год: 2002
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2-221-09029-2
- Переводчик: Bernard Sigaud
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Au tréfonds du ciel [A Deepness in the Sky - ru]». Краткое содержание книги:
Le système de MarcheArrêt n’a jamais été exploré. Et voilà que deux expéditions, attirées par les signaux radio, s’y installent. L’une a été montée par les Qeng Ho, un peuple marchand qui parcourt l’espace en achetant et vendant des informations technologiques. L’autre par une civilisation violente et sadique, dite des Émergents, qui a fait de la lutte pour le pouvoir son mode de vie. Son chef, Tomas Nau, cherche à se rendre maître de la planète des Araignées pour exploiter ses ressources. Il lui faut d’abord détruire la flotte Qeng Ho ou s’en emparer.
Mais parmi les Qeng Ho se cache une figure mythique, Pham Nuwen, né mille ans plus tôt, qui connaît tous les tours...
— Ouais, elle est là-dedans, Marli.
— Pouah ! C’est dégueulasse !
Qiwi entendait les deux hommes explorer méthodiquement la pièce, se rapprocher de sa cachette. Sans réfléchir, elle battit en retraite, flotta jusque sous la machine à cauchemars et s’arc-bouta contre le plancher.
Un visage survola sa position.
— J’la t…
Qiwi jaillit comme une fusée, le tranchant de sa main manqua de peu la carotide de l’autre et s’écrasa dans la cloison derrière lui. Une douleur cuisante remonta dans son bras.
Elle sentit les piqûres de fléchettes paralysantes. Elle se retourna, tenta de bondir sur son agresseur, mais ses jambes étaient déjà sans vie. Les deux autres attendirent prudemment une seconde. Puis le tireur, Marli, grimaça un sourire et empoigna son corps agité de lents soubresauts. Elle ne pouvait plus bouger. Elle pouvait à peine respirer. Mais elle n’était pas totalement engourdie. Elle sentit Marli l’attirer vers lui et passer la main sur ses seins.
— Elle est neutralisée. T’inquiète pas, Tung, dit Marli en riant. Ou peut-être que tu devrais t’inquiéter. Regarde le trou qu’elle a fait dans le mur. Quatre centimètres de plus, et t’avais la trachée à l’air !
— Pouah ! dit Tung d’une voix morose.
— Vous la tenez ? Bien.
C’était la voix de Tomas, du côté de la porte. Marli retira brusquement la main de ses seins. Il lui fit contourner le casier pour l’exposer en pleine lumière.
Qiwi ne pouvait pas regarder ailleurs. Elle voyait tout ce qu’elle avait devant les yeux. Tomas, plus calme que jamais. Plus calme que jamais. Il lui jeta un coup d’œil au passage, hocha la tête à l’adresse de Marli. Qiwi essaya de crier, mais aucun son ne sortit de sa bouche. Tomas va me tuer, comme tous les autres… Mais s’il ne me tue pas ? S’il ne me tue pas, alors rien dans l’univers de Dieu ne pourra le sauver.
Tomas se retourna. Un Ritser Brughel échevelé et à demi nu se tenait derrière lui.
— Ritser, c’est inexcusable. Tout l’intérêt de lui donner des codes d’accès, c’est de rendre la capture prévisible et sans problème. Vous saviez qu’elle venait, et vous êtes resté complètement à découvert.
— Le Fléau m’emporte ! pleurnicha Brughel. Elle a jamais pigé aussi vite après sa dernière remise à zéro. Et j’ai eu moins de trois cents secondes entre le moment où vous m’avez prévenu et son arrivée ici. C’est encore jamais arrivé.
Tomas foudroya son Vice-Subrécargue du regard.
— Primo, vous avez joué de malchance… c’est une éventualité dont vous devriez tenir compte. Secundo…
Il se retourna vers Qiwi. Son expression féroce se changea en un air pensif.
— Cette fois-ci, c’est quelque chose d’inattendu qui lui a donné l’impulsion. Dites à Kal de vérifier avec qui elle a parlé récemment.
Il fit signe à Marli et à Tung.
— Emballez-la dans un caisson et emmenez-la à Hammerfest. Dites à Anne que je veux le traitement habituel.
— Quelle date-limite pour les souvenirs, monsieur ?
— Je verrai ça avec Anne moi-même. Nous avons quelques archives à examiner.
Qiwi entrevit la coursive, des mains qui la traînaient. Combien de fois j’ai déjà subi ça ? Elle avait beau essayer, elle n’arrivait pas à bouger le moindre muscle. Intérieurement, elle hurlait. Cette fois-ci, je me souviendrai. Je me souviendrai, je le jure !
Vingt-deux
Pham suivit Trud Silipan dans la tour centrale de Hammerfest, en direction des Combles. C’était en un sens un moment qu’il attendait depuis longtemps, une faveur décrochée après des Msec de baratin désinvolte : un prétexte pour voir la Focalisation de l’intérieur, pour en apprécier plus que les résultats. Nul doute qu’il aurait pu y parvenir plus tôt – en fait, Silipan lui avait plusieurs fois proposé une visite guidée des lieux. Au fil des Veilles, ils avaient fini par se connaître, et Pham avait émis assez d’affirmations stupides sur la Focalisation, avait parié avec Silipan et Xin assez de certifs sur ses opinions pour qu’une visite plausible soit inévitable. Mais rien ne pressait, et Pham n’avait jamais tout à fait eu le prétexte qu’il voulait. Ne te fais pas d’illusions. Balancer les localiseurs à Tomas Nau t’a fait courir un bien plus grand risque que toutes tes initiatives précédentes.
— Maintenant, tu vas enfin voir ce qu’il y a derrière le décor, Pham, mon vieux pote. Après ça, j’espère que tu mettras en veilleuse certaines de tes délirantes théories.
Silipan souriait sans retenue ; manifestement, lui aussi attendait ce moment avec impatience.
Ils continuèrent de monter, dédaignant de nombreux tunnels aux multiples embranchements. L’endroit était un vrai labyrinthe souterrain.
Pham se hissa au niveau de Silipan.
— Qu’est-ce qu’il y a de si intéressant ? Vous autres Émergents savez transformer les gens en dispositifs automatiques. Et alors ? Même un zombie ne peut pas multiplier des nombres plus vite qu’une ou deux fois par seconde. Des machines font ça des trillions de fois plus vite. Donc, avec les zombies, vous avez le plaisir de commander aux gens – et pour quel résultat ? L’automatisation la plus lente et la plus merdique qu’on ait connue depuis que l’Humanité a appris à écrire.
— Ouais, ouais. Tu répètes ça depuis des années. N’empêche que tu te trompes encore.
Il tendit le pied et attrapa un arrêtoir du talon de sa chaussure.
— Tu parles pas trop fort à l’intérieur de la salle de groupe, vu ?
Ils étaient en face d’une vraie porte, pas une des petites écoutilles surbaissées des niveaux inférieurs. Silipan l’ouvrit d’un signe de la main et ils entrèrent. La première impression de Pham fut une odeur de transpiration et de corps humains entassés.
— Ils mûrissent pas mal, hein ? Mais ils se portent bien quand même. J’y veille.
Silipan parlait avec la fierté du technicien.
À perte de vue, des blocs de sièges microgravitiques formaient un treillis tridimensionnel impossible sous une pesanteur normale. Presque tous les sièges étaient occupés. Il y avait là des hommes et des femmes de tous âges, en tenue grise, utilisant pour la plupart ce qui ressemblait à des afficheurs tête haute Qeng Ho de première qualité. Il ne s’attendait pas à ce spectacle.
— Je croyais que vous les mainteniez isolés.
Dans de petites cellules telles qu’Ezr Vinh les avait décrites lors de ses nombreuses et larmoyantes prestations dans l’assommoir de Benny Wen.
— Certains, oui. Ça dépend de l’application.
Il désigna d’un geste les surveillants, deux hommes habillés en infirmiers d’hôpital.
— Ça revient beaucoup moins cher. Deux mecs peuvent s’occuper du pipi-caca et des bagarres habituelles.
— Des bagarres ?
— Des « désaccords professionnels », gloussa Silipan. Pas de quoi flipper, en fait. C’est dangereux uniquement si ça déstabilise le sida mental.
Ils flottèrent en diagonale entre les rangées. Certains des ATH clignotaient en transparence, et il pouvait voir bouger les yeux des zombies. Mais aucun ne sembla remarquer Pham et Trud ; leur vision était ailleurs.
Un marmonnement grave venait de tous les côtés à la fois : les voix combinées de tous les zombies de la salle. Beaucoup parlaient, tous par brèves rafales de mots – en NeSe, mais ces paroles n’avaient pas de sens pour autant. L’effet global était presque une psalmodie hypnotique.
Les zombies pianotaient infatigablement sur des claviers à séquences multitouches. Silipan montra leurs mains avec une fierté particulière.