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Les Mille Et Une Nuits Tome II

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Les Mille Et Une Nuits Tome II
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Pour lui, qui me croyait mort, il ne faut pas s’étonner s’il ne me reconnut pas. «Capitaine, lui dis-je, est-ce que le marchand à qui étaient ces ballots s’appelait Sindbad? – Oui, me répondit-il, il se nommait de la sorte; il était de Bagdad, et s’était embarqué sur mon vaisseau à Balsora. Un jour que nous descendîmes dans une île pour faire de l’eau et prendre quelque rafraîchissement, je ne sais par quelle méprise je remis à la voile sans prendre garde qu’il ne s’était pas rembarqué avec les autres. Nous ne nous en aperçûmes, les marchands et moi, que quatre heures après. Nous avions le vent en poupe et si frais, qu’il ne nous fut pas possible de revirer de bord pour aller le reprendre. – Vous le croyez donc mort? repris-je. – Assurément, repartit-il. – Hé bien! capitaine, lui répliquai-je, ouvrez les yeux et reconnaissez ce Sindbad que vous laissâtes dans cette île déserte. Je m’endormis au bord d’un ruisseau, et, quand je me réveillai je ne vis plus personne de l’équipage.» À ces mots, le capitaine s’attacha à me regarder.»

Scheherazade en cet endroit, s’apercevant qu’il était jour, fut obligée de garder le silence. Le lendemain, elle reprit ainsi le fil de sa narration:

CCXXII NUIT.

«Le capitaine, dit Sindbad, après m’avoir fort attentivement considéré, me reconnut enfin: «Dieu soit loué! s’écria-t-il en m’embrassant: je suis ravi que la fortune ait réparé ma faute. Voilà vos marchandises, que j’ai toujours pris soin de conserver et de faire valoir dans tous les ports où j’ai abordé; je vous les rends avec le profit que j’en ai tiré.» Je les pris en témoignant au capitaine toute la reconnaissance que je lui devais.

«De l’île de Salahat, nous allâmes à une autre où je me fournis de clous de girofle, de cannelle et d’autres épiceries. Quand nous nous en fûmes éloignés, nous vîmes une tortue qui avait vingt coudées en longueur et en largeur; nous remarquâmes aussi un poisson qui tenait de la vache: il avait du lait, et sa peau est d’une si grande dureté qu’on en fait ordinairement des boucliers; j’en vis un autre qui avait la figure et la couleur d’un chameau. Enfin, après une longue navigation, j’arrivai à Balsora, et de là je revins en cette ville de Bagdad avec tant de richesses, que j’en ignorais la quantité. J’en donnai encore aux pauvres une partie considérable, et j’ajoutai d’autres grandes terres à celles que j’avais déjà acquises.»

Sindbad acheva ainsi l’histoire de son troisième voyage. Il fit donner ensuite cent autres sequins à Hindbad, en l’invitant au repas du lendemain et au récit du quatrième voyage. Hindbad et la compagnie se retirèrent, et le jour suivant, comme ils étaient revenus, Sindbad prit la parole sur la fin du dîner, et continua ses aventures.

QUATRIÈME VOYAGE DE SINDBAD LE MARIN.

«Les plaisirs, dit-il, et les divertissements que je pris après mon troisième voyage n’eurent pas des charmes assez puissants pour me déterminer à ne pas voyager davantage. Je me laissai encore entraîner à la passion de trafiquer et de voir des choses nouvelles. Je mis donc ordre à mes affaires, et ayant fait un fonds de marchandises de débit dans les lieux où j’avais dessein d’aller, je partis. Je pris la route de la Perse, dont je traversai plusieurs provinces, et j’arrivai à un port de mer où je m’embarquai. Nous mîmes à la voile, et nous avions déjà touché à plusieurs ports de terre ferme et à quelques îles orientales, lorsque, faisant un jour un grand trajet, nous fûmes surpris d’un coup de vent qui obligea le capitaine à faire amener les voiles et à donner tous les ordres nécessaires pour prévenir le danger dont nous étions menacés. Mais toutes nos précautions furent inutiles: la manœuvre ne réussit pas bien, les voiles furent déchirées en mille pièces, et le vaisseau, ne pouvant plus être gouverné, donna sur une sèche et se brisa de manière qu’un grand nombre de marchands et de matelots se noyèrent, et que la charge périt.»

Scheherazade en était là quand elle vit paraître le jour. Elle s’arrêta et Schahriar se leva. La nuit suivante, elle reprit ainsi le quatrième voyage:

CCXXIII NUIT.

«J’eus le bonheur, continua Sindbad, de même que plusieurs autres marchands et matelots, de me prendre à une planche. Nous fûmes tous emportés par un courant vers une île qui était devant nous. Nous y trouvâmes des fruits et de l’eau de source qui servirent à rétablir nos forces. Nous nous y reposâmes même la nuit dans l’endroit où la mer nous avait jetés, sans avoir pris aucun parti sur ce que nous devions faire. L’abattement où nous étions de notre disgrâce nous en avait empêchés.

«Le jour suivant, d’abord que le soleil fut levé nous nous éloignâmes du rivage, et nous avançant dans l’île, nous y aperçûmes des habitations où nous nous rendîmes. À notre arrivée, des noirs vinrent à nous en très-grand nombre. Ils nous environnèrent, se saisirent de nos personnes, en firent une espèce de partage, et nous conduisirent ensuite dans leurs maisons.

«Nous fûmes menés, cinq de mes camarades et moi, dans un même lieu. D’abord on nous fit asseoir et l’on nous servit d’une certaine herbe en nous invitant par signes à en manger. Mes camarades, sans faire réflexion que ceux qui la servaient n’en mangeaient pas, ne consultèrent que leur faim qui les pressait et se jetèrent dessus ces mets avec avidité. Pour moi, par un pressentiment de quelque supercherie, je ne voulus pas seulement en goûter, et je m’en trouvai bien, car, peu de temps après, je m’aperçus que l’esprit avait tourné à mes compagnons, et qu’en me parlant ils ne savaient ce qu’ils disaient.

«On nous servit ensuite du riz préparé avec de l’huile de cocos, et mes camarades, qui n’avaient plus de raison, en mangèrent extraordinairement. J’en mangeai aussi, mais fort peu. Les noirs nous avaient d’abord présenté de cette herbe pour nous troubler l’esprit et nous ôter par là le chagrin que la triste connaissance de notre sort nous devait causer, et ils nous donnaient du riz pour nous engraisser. Comme ils étaient anthropophages, leur intention était de nous manger quand nous serions devenus gras. C’est ce qui arriva à mes camarades, qui ignorèrent leur destinée parce qu’ils avaient perdu leur bon sens. Puisque j’avais conservé le mien, vous jugez bien, seigneurs, qu’au lieu d’engraisser comme les autres, je devins encore plus maigre que je n’étais. La crainte de la mort dont j’étais incessamment frappé tournait en poison tous les aliments que je prenais. Je tombai dans une langueur qui me fut fort salutaire, car les noirs ayant assommé et mangé mes compagnons, en demeurèrent là, et me voyant sec, décharné, malade, ils remirent ma mort à un autre temps.

«Cependant j’avais beaucoup de liberté, et l’on ne prenait presque pas garde à mes actions. Cela me donna lieu de m’éloigner un jour des habitations des noirs, et de me sauver. Un vieillard qui m’aperçut, et qui se douta de mon dessein, me cria de toute sa force de revenir; mais, au lieu de lui obéir je redoublai mes pas et je fus bientôt hors de sa vue. Il n’y avait alors que ce vieillard dans les habitations, tous les autres noirs s’étaient absentés, et ne devaient revenir que sur la fin du jour, ce qu’ils avaient coutume de faire assez souvent. C’est pourquoi étant assuré qu’ils ne seraient plus à temps de courir après moi lorsqu’ils apprendraient ma fuite, je marchai jusqu’à la nuit, que je m’arrêtai pour prendre un peu de repos et manger de quelques vivres dont j’avais fait provision. Mais je repris bientôt mon chemin, et continuai de marcher pendant sept jours en évitant les endroits qui me paraissaient habités. Je vivais de cocos, qui me fournissaient en même temps de quoi boire et de quoi manger.

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