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Les Confessions de l'Ange Noir

Электронная книга - «Les Confessions de l'Ange Noir». Краткое содержание книги:

« La plupart des hommes fabriquent des vivants, moi je fabrique des morts.
Ça va plus vite, et ça impressionne davantage. »
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Les balles passent si loin de moi que c’en est risible.

Je saute sur le tas de sable où m’attend mon feu. Je l’empoigne, le lève, et décide de donner une petite leçon de tir à ce branque.

Une seule dragée suffit. Il cesse de tirailler, son feu tombe dans la piscine, sa tête pend comme un linge sale sur le rebord de la petite fenêtre.

Moi je ne m’occupe plus de lui. Je m’ébroue pour me dégager un peu de cette flotte qui alourdit considérablement mes fringues et je cours vers la lourde.

Des cris éclatent derrière moi. C’est le reste de la meute qui se lance à mes chausses.

De plus, comme j’arrive au portail, je vois se dresser devant moi deux types de la police routière en uniforme.

Toute retraite est coupée. Y a pas à hésiter une seconde. Puisqu’on me fait le coup de Charlemagne, je vais faire celui de Napoléon.

J’avance le museau de mon feu et je presse la détente.

Le plus grand écope d’une balle dans la brioche. Il gueule comme un goret en se massant le garde-manger… L’autre met la main au côté pour dégainer sa rapière.

Je le foudroie d’un coup de crosse à la tempe…

Mon idée est de sauter sur la moto d’un des archers, mais les poursuivants me serrent de trop près ; le temps que je mette un de ces lourds engins en état de foncer et ils m’auront sucré…

Tant pis ! Je n’ai que mes cannes, je vais tâcher de les utiliser le mieux possible.

Le train onze, ça me connaît !

Chapitre XIV

Cours-moi après je t’attrape !

Je comprends vite que si je fais la course sur route, ce sera un jeu d’enfant pour eux de m’avoir car ils disposent d’une flopée d’engins tous plus motorisés les uns que les autres… D’autre part, c’est duraille de se baguenauder en pleine cambrousse… Toutes les propriétés sont closes de murs, dans la région… J’entends une pétarade.. Un flic fait démarrer une moto. Je suis bon… Si encore il faisait nuit, mais va te faire bénir ! Un soleil à tout casser illumine le paysage…

Je cours de toutes mes forces et je vous prie de croire que ça représente quelque chose !

La moto gronde derrière ma pomme. Elle arrive à ma hauteur. Je ne me retourne pas car ce serait freiner mon allure, mais je rentre la tête entre mes épaules, m’attendant à recevoir une volée de plombs dans le placard…

Le type de la moto est un flic en civil, il me dépasse, bloque sa machine en travers du chemin et lève sa main. Sa main droite.

Et dans sa main droite, il y a un de ces colts comme je ne souhaite à personne d’en avoir un sous le nez !

— Arrête, grince-t-il.

Mais c’est lui qui arrête, il arrête tout, y compris son existence de flic. C’est un gars qui était p’t’être bien champion de motocyclette, mais qui avait le tort de ne pas compter avec les réflexes des gens. Avant qu’il ait terminé son geste de menace j’ai craché du feu et il biche le pruneauga exactement dans la grosse veine du cou. Ça se met à gicler ferme par l’entaille ainsi pratiquée. Le raisiné coule à gros bouillons et le zigoto bascule par-dessus sa moto. L’engin se met à pétarader par terre. Il ne me reste plus qu’une chose à faire et je la fais. En deux secondes je redresse la péteuse, je l’enjambe comme s’il s’agissait de la première greluche venue et je manœuvre la manette de démarrage. Cette fois, l’avenir se présente un tantinet mieux.

Cette paire de roues, je vous le jure, c’est quelque chose. La moto est une machine anglaise de 500 cm3 avec laquelle on peut espérer, sinon crever le mur du son, du moins dire au revoir à une bande de poulagas en délire…

Et j’ai rudement bien fait de ne pas moisir. D’autres moteurs se déclenchent, là-bas, et la poursuite s’organise…

Je fonce, je fonce ! Mes aïeux, ce que ça peut bomber ! Les gens qui encombrent la route se hâtent de la dégager. Ils évacuent la piste comme si une caravane de lépreux passait par ici…

Cette moto, je la sens bien, entre mes cuisses. C’est une monture puissante et docile…

Je décide de filer du chemin vicinal afin d’attraper la grand-route. Sur une voie convenable, je pourrai donner un petit échantillonnage de mon savoir-faire…

Je la trouve, la route, presque immédiatement. L’espace d’un éclair, j’hésite : faut-il tourner à gauche, du côté de Paris ou bien à droite, du côté de Rouen ?

Je tourne à gauche, et je crois agir sagement. Paris c’est la populace, la grande foule où l’on s’engloutit, où l’on peut se planquer, tandis que la province, c’est les espaces dégagés où l’on remarque le premier mec qui a une verrue sur le pif ou sa cravate de travers…

Toutes les polices de la région vont être alertées, je connais l’histoire… Or il est plus aisé de dresser des barrages sur des routes peu encombrées. Il faut donc que je choisisse les autres.

Je jette un coup d’œil à mon compteur de vitesse.

Il me dit cent dix, moi je lui dis merde, et j’appuie encore sur la manette des gaz. L’aiguille fait un nouveau saut et se pose vingt degrés plus loin. Comme ça, à condition que je ne ramasse pas un billet d’à-plat, je suis certain que les flics qui me suivent ne pourront pas me rattraper. De fait, le ronron de leurs moulins diminue. Reste ceux qui, bientôt alertés par téléphone, ne manqueront pas de se dresser devant moi.

Sans ralentir l’allure je traverse une agglomération dont je n’ai pas le temps de lire le nom sur la plaque d’émail bleu. Des cris saluent mon passage.

Des coups de sifflet aussi : c’est un bignolon en faction à un carrefour, qui s’époumone sur son sifflet…

Je l’enchose, celui-là. À pied, à cheval et surtout à motocyclette. Comme un tonnerre je bille sur la route ombragée par un double rideau d’arbres. À dada ! Je tressaute sur mon bolide… Si jamais la roue avant rencontre un caillou, ce sera inutile de faire les présentations, je serai chez le diable avant !

Je n’entends plus les matuches. Ils doivent traverser sagement le patelin, éviter les femmes et les enfants !

Je franchis une distance qu’il m’est impossible d’évaluer, because j’ai besoin de toute mon attention. Puis c’est un autre village. D’après mon estimation personnelle, ce sera le dernier que je rencontrerai, après je me trouverai sûrement devant un barrage, à moins que les flics français ne soient de vraies portions de courges. Ce dont il est tout de même permis de douter jusqu’à plus ample informé.

Comme je débouche dans ce nouveau bled, je pousse un rugissement en constatant que c’est jour de marché. Les rues sont bordées d’éventaires en plein vent et encombrées de ménagères et de marchands forains.

Je vais être obligé de traverser ce toutime au ralenti, à moins, bien sûr, de foncer dans le tas en écrasant des cors aux pieds et le personnage qui va avec ! Je freine !

Et comme je freine, je prends une optique plus humaine, je retombe à l’échelle des bons bipèdes qui sont icigo.

La voilà, la foule où je rêvais de me noyer…

J’arrête la pétoche et je vais la carrer derrière la remorque d’un marchand de veaux.

Personne, dans ce tohu-bohu ne m’a arnouché…

Bravo !

Je fouinasse dans le point le plus compact du marché. Et alors j’entends toute une série de klaxons… L’autre moto débouche, pilotée par un flic en uniforme qui fait de grands gestes pour obtenir le passage. Elle est suivie d’une traction avant contenant le solde de la bourdillerie.

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