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Le sorcier de Terremer [A wizard of Earthsea - fr]

Электронная книга - «Le sorcier de Terremer [A wizard of Earthsea - fr]». Краткое содержание книги:

Le passé ou le futur ?Un monde : Terremer.Une planète harmonieuse d’îles et d’océans, de golfes, d’archipels et de récifs, où les sociétés de l’homme se sont éparpillées, diversifiées. Sous le signe de la magie. Une magie expliquée, construite par les forces mêmes de ce monde. Une magie dépendante des éléments et des animaux.C’est au nord de Terremer, dans l’île de Gont, que naît Ged, très tôt surnommé l’Epervier. Il parle aux oiseaux, au bétail. Elevé dans la connaissance des invocations élémentaires, il part, très jeune encore, pour l’île de Roke. Là, guidé par l’Archimage, il découvre l’étendue de ses pouvoirs. Il devient maître en l’art des illusions et, surestimant ses talents, libère dans la réalité une entité de cauchemar, une émanation du royaume des morts. Magicien hanté, il affronte le monde en même temps qu’un ennemi indicible devant lequel la sorcellerie reste sans moyens.
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Bien que son compagnon de rame n’eût rien aperçu, Ged clama sa découverte. Le timonier parvint à distinguer cette lueur à la faveur des vagues immenses, mais il cria à Ged que ce n’était que le couchant. Alors Ged demanda à l’un des marins qui écopaient de prendre une minute sa place sur le banc, puis il se fraya un chemin dans la travée centrale encombrée et, parvenu à la figure de proue, à laquelle il s’agrippa pour ne pas passer par-dessus bord, il hurla au capitaine : « Maître ! cette lumière à l’ouest, c’est l’île de Roke ! »

— « Je n’ai pas vu de lumière », mugit en réponse le capitaine ; mais, tandis qu’il parlait, Ged, bras tendu, pointa le doigt, et chacun put clairement apercevoir à l’ouest la lumière en question, au-dessus des vapeurs tumultueuses de l’océan.

Non pour exaucer le souhait de son passager, mais pour sauver son navire du péril de la tempête, le capitaine ordonna au timonier de mettre le cap à l’ouest, droit sur la lumière. Cependant il déclara à Ged : « Mon garçon, tu parles comme un Maître des Mers, mais je t’assure que si tu nous fais faire fausse route par ce temps, je te jetterai par-dessus bord et tu iras à Roke à la nage ! »

Désormais, au lieu d’être poursuivis par la tempête, il leur fallait ramer avec un vent de travers, et la tâche était malaisée ; les vagues qui frappaient le flanc du vaisseau le poussaient continuellement au sud de sa nouvelle route, le secouaient et le remplissaient d’eau. Il fallait écoper sans cesse, et les rameurs devaient prendre garde car le roulis du navire risquait de sortir les rames de l’eau, renversant les hommes parmi les bancs. Il faisait presque nuit sous les nuages menaçants, mais de temps à autre les marins discernaient la lumière à l’ouest, ce qui leur permettait de maintenir grossièrement le cap. Puis le vent finit par mollir un peu, et la lumière s’élargit devant eux. Ils continuèrent de ramer, et soudain on eût dit qu’ils avaient franchi un rideau ; en l’espace d’un coup de rames ils émergèrent de la tourmente et pénétrèrent dans une poche de quiétude où la clarté crépusculaire faisait luire le ciel comme la mer. Au-dessus des vagues couronnées d’écume, ils aperçurent un mont vert très haut mais peu éloigné, au pied duquel se trouvait une ville bâtie dans une petite baie où une flottille de bateaux dormait paisiblement à l’ancre.

Le timonier appuyé sur sa longue barre tourna la tête et lança : « Maître ! Est-ce bien là la terre ferme, ou n’est-ce que sorcellerie ? »

— « Tiens donc le cap, espèce de tête de bois ! Souquez ferme, fils d’esclaves ramollis ! C’est la Baie de Suif et c’est le Tertre de Roke, comme n’importe quel imbécile peut le voir ! Souquez dur ! »

Et donc, au rythme du tambour, ils ramèrent péniblement jusqu’à la baie. Tout était calme. Ils entendaient les voix des habitants de la ville, le son d’une cloche, et ne percevaient qu’à peine, au loin, le sifflement et la rumeur de la tempête. À quelque deux kilomètres de cette île, au nord, à l’est, ainsi qu’au sud, apparaissaient de sombres et lourds nuages, mais au-dessus de Roke les étoiles surgissaient maintenant une à une dans des cieux paisibles et cristallins.

III. L’ÉCOLE DES SORCIERS

Ged passa la nuit à bord de l’Ombre et, de bonne heure le lendemain, il prit congé de ses premiers compagnons de mer ; leurs bons souhaits lui firent un cortège joyeux tandis qu’il remontait les quais. La ville de Suif n’est pas grande, et ses hautes maisons se serrent autour de quelques rues étroites et escarpées. Ged, lui, eut l’impression de se trouver dans une importante cité, et ne sachant où aller, il demanda au premier habitant de Suif qu’il rencontra où il pourrait trouver le Gardien de l’École de Roke. L’homme le regarda un instant de travers avant de répondre : « Le sage n’a pas besoin de demander, et l’idiot demande en vain. » Puis il continua sa route. Ged poursuivit son chemin et parvint à une petite place flanquée sur trois côtés de maisons aux toits d’ardoises aigus et, sur le quatrième, d’une immense bâtisse dont les fenêtres rares et étroites surplombaient les cheminées des maisons ; on eût dit un fort ou un château, construit avec d’imposants blocs de pierre grise. Sur la place étaient installés des étals de marché ; des gens allaient et venaient. Ged interrogea une vieille femme tenant un panier plein de moules, et elle lui répondit : « On ne trouve pas toujours le Gardien où il est, mais parfois on le trouve où il n’est pas », puis elle se remit à vendre ses moules à la criée.

Une petite porte de bois s’ouvrait dans la grande maison, près d’un coin de la place. Ged alla y frapper avec force. Un vieil homme lui ouvrit. Ged lui dit : « Je porte une lettre du Mage Ogion de Gont pour le Gardien de l’École de cette île. Je veux trouver le Gardien ; assez d’énigmes et de sarcasmes ! »

— « Tu es à l’École », répondit doucement le vieillard, « et je suis le portier. Entre si tu peux. »

Ged s’avança. II lui sembla avoir déjà franchi le seuil ; et pourtant il se retrouva à l’extérieur, sur le trottoir où il se tenait auparavant.

Il s’avança de nouveau, et de nouveau se retrouva debout devant la porte. À l’intérieur, le portier l’observait d’un regard doux.

Ged sentit monter en lui la colère, plus que la stupéfaction, car apparemment on se moquait de lui une fois de plus. De sa voix et de sa main, il composa une formule d’Ouverture que sa tante lui avait apprise il y avait bien longtemps ; c’était l’une des perles de tout son savoir en matière de sortilèges. Ged composa donc la formule avec beaucoup de soin ; mais ce n’était là qu’un charme de sorcier, et le pouvoir qui gardait le seuil n’en fut aucunement ébranlé.

Après cet échec, Ged demeura longtemps figé sur le trottoir, et finalement regarda le vieil homme qui attendait à l’intérieur. « Je ne puis entrer sans votre aide », lui dit-il à contrecœur. Le portier lui répondit : « Dis ton nom. » Ged resta alors encore un instant immobile, car jamais un homme ne prononce son nom à voix haute sauf si l’enjeu est encore plus important que sa vie.

« Mon nom est Ged », dit-il d’une voix forte. Alors il s’avança et franchit le seuil libéré. Pourtant il lui sembla qu’une ombre le suivait, bien qu’il eût laissé la lumière derrière lui.

En se retournant, il vit également que l’encadrement de la porte qu’il avait franchie n’était pas fait de bois massif comme il l’avait cru, mais d’ivoire, sans aucune jointure : il apprit par la suite qu’on l’avait taillé dans une dent du Grand Dragon. La porte que le vieil homme referma derrière lui était de corne polie ; elle laissait légèrement transparaître la clarté du jour, et portait à l’intérieur un relief de l’Arbre aux Mille Feuilles.

— « Bienvenue en cette demeure, mon garçon », dit le portier ; et, sans rien ajouter, il mena Ged par divers couloirs et salles jusqu’à une cour profondément retirée à l’intérieur de l’enceinte. La cour était en partie pavée et à ciel ouvert ; sur un carré d’herbe, une fontaine jouait avec les rayons du soleil, sous des arbustes. Ged patienta là, seul, un moment. Il se tenait immobile, mais son cœur battait fort, car il lui semblait sentir autour de lui des présences et des forces invisibles, et il savait que cet endroit était fait non seulement de pierre, mais aussi de magie plus forte que la pierre. Il se tenait au cœur même de la Maison des Sages, et pouvait voir le ciel. Et soudain il prit conscience de la présence d’un homme vêtu de blanc qui l’observait au-delà du jet de la fontaine.

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