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Les Sorciers de Majipoor [Sorcerers of Majipoor - fr]

Электронная книга - «Les Sorciers de Majipoor [Sorcerers of Majipoor - fr]». Краткое содержание книги:

Sur Majipoor, planète géante, le pouvoir est partagé entre le Coronal qui représente, le Pontife qui administre, et la Dame des Rêves qui inspire dans leur sommeil les milliards d’humains et de membres d’autre espèces.
A la mort d’un Pontife, le Coronal lui succède et nomme un nouveau Coronal. Jamais dans l’histoire multimillénaire de Majipoor, aucun n’a choisi son propre fils.
Or, mille ans avant le règne de Lord Valentin, tandis que le Pontife Prankipin agonise, les ambitions attisent les passions. Prestimion est le candidat idéal bien qu’il n’ait pas été encore désigné par le Coronal en titre, Lord Confalume.
Mais Confalume a un fils, Korsibar, d’autant de prestance que Prestimion. Et dont la soeur jumelle, la belle Thismet, est ambitieuse pour deux.
Sous le règne pacifique et prospère de Prankipin, adepte des sciences occultes, oracles, mages et sorciers ont conquis la faveur des grands, puis de tout le peuple, embrumant les esprits et répandant le désir de connaître et de maîtriser l’avenir.
La guerre qui s’annonce, dont personne ne veut, risque d’être aussi celle des ténèbres.
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Il plissa les yeux, essayant sans succès de distinguer la silhouette du Vroon sur le mur opposé.

— Depuis combien de temps êtes-vous ici ?

— Trois jours, je crois. Quatre, peut-être.

— Vous apporte-t-on à manger ?

— De temps en temps, répondit le Vroon. Pas très souvent. Je répète ma question, prince : avez-vous votre corymbor sur vous ? La petite amulette verte que je vous ai offerte, vous savez ?

— Oui, il se trouve que je l’ai. Sur une chaîne que je porte autour du cou.

— Quand ils apporteront votre nourriture, les gardiens devront vous détacher les mains pour vous permettre de manger. Profitez-en pour frotter le corymbor et implorez la force qu’il contrôle de vous sourire. Les gardiens devraient être mieux disposés envers vous et peut-être vous nourriront-ils plus souvent ou vous apporteront-ils quelque chose de meilleur que la maigre pitance de l’ordinaire. Je dois vous dire que la nourriture est abominable et les gardiens sont de sombres brutes.

— Votre corymbor ne m’a pas servi à grand-chose, il y a quelques heures, quand j’étais dans la Salle du Trône avec Korsibar. Je l’ai caressé une fois, au début de notre discussion. Mais les choses sont allées de mal en pis.

— Vous l’avez caressé avec l’intention d’utiliser son pouvoir, n’est-ce pas ? Vous vous êtes recommandé à sa force en formulant une demande spécifique ?

— Rien de tout cela ne m’est venu à l’esprit. Je l’ai simplement touché, comme on se gratte quand on a une démangeaison.

— Ah bon ! fit Thalnap Zelifor, comme pour indiquer que l’erreur de Prestimion était manifeste.

Un silence s’installa entre eux.

— Pourquoi vous a-t-on enfermé ici ? reprit enfin Prestimion.

— La chose n’est pas claire pour moi. Qu’il s’agisse d’une cruelle injustice, cela ne fait aucun doute. Mais on ne m’a pas fait savoir qui en est responsable. Tout ce que je sais, c’est que je suis innocent, quoi que l’on me reproche.

— Assurément, fit Prestimion.

— Je fus employé quelque temps comme conseiller de lady Thismet, poursuivit le Vroon, et il se peut que certaines choses que je lui ai suggéré de dire à son frère l’aient perturbé ou offensé et qu’il m’ait écarté pour m’empêcher de prodiguer mes conseils. C’est fort possible. D’autre part, il y a cette dette que j’avais contractée, de l’argent appartenant au prince Gonivaul, qui a servi à financer certaines de mes recherches. Vous savez comment est Gonivaul pour ce qui touche à l’argent. Il peut avoir demandé au Coronal de me faire jeter dans cette prison pour me punir d’avoir été dans l’incapacité de le rembourser, même si je ne vois pas très bien comment cela lui permettra de récupérer son argent.

— Il semble, glissa Prestimion, que bien des choses ne vous soient pas très claires. Pour quelqu’un de votre profession, cela ne prévient pas en votre faveur. Je croyais que, pour les sorciers, toute connaissance était directement accessible. Et pourtant, vous ne savez même pas exactement pourquoi vous êtes enchaîné à ce mur.

— C’est une science imparfaite, prince, fit plaintivement Thalnap Zelifor.

— Une science, vraiment ?

— Oh ! oui. Assurément une science. Cela peut vous donner l’impression de n’être que culte et évocation de démons, mais, pour nous, il s’agit de comprendre et de nous conformer aux lois fondamentales de l’univers, qui ont une assise totalement rationnelle.

— Vraiment ? Une assise rationnelle, dites-vous. Il faudra m’expliquer cela, si nous devons rester longtemps ici. Vous préféreriez peut-être, si j’ai bien compris, vous présenter comme un ingénieur plutôt que comme un sorcier.

— Pour moi, ô prince, les deux termes ont à peu près le même sens. Il y a trois siècles, j’aurais été un ingénieur, cela ne fait aucun doute. Ces recherches que j’accomplissais pour le compte du Grand Amiral Gonivaul étaient de nature purement technique : l’invention et la construction d’une machine.

— Une machine pour effectuer des actes de sorcellerie ?

— Un dispositif permettant à un esprit d’entrer directement en contact avec un autre. Par des moyens scientifiques, non des incantations ou des évocations. Je lirais dans votre esprit, prince, j’y verrais vos pensées et j’y placerais des pensées de mon invention.

Un petit frisson de peur parcourut Prestimion. Peut-être vaut-il mieux, se dit-il, que Thalnap Zelifor soit enchaîné à son mur.

— Vous avez réellement mis au point cette machine ?

— Mes recherches, je le crains, n’ont pas encore abouti. Il fallait encore un peu de travail… Mais le manque de moyens, vous comprenez, le refus du prince Gonivaul de m’avancer les quelques royaux supplémentaires dont j’avais besoin…

— Oui. Cela a dû être un coup terrible pour vous. Mais pourriez-vous me dire quelle utilisation le Grand Amiral aurait faite de cet appareil quand vous auriez eu fini de l’inventer ?

— Il faudrait, je pense, poser la question au prince Gonivaul.

— Mieux vaudrait se servir de votre machine à lire dans les esprits. Gonivaul n’est pas homme à divulguer ses secrets à quiconque. Auriez-vous, par le plus grand des hasards, dans votre répertoire de charmes, reprit-il après un silence, de quoi rendre cette abominable lumière rouge un peu moins blessante pour les yeux ?

— Le corymbor, je crois, pourrait avoir cet effet.

— Mais je n’ai naturellement pas les mains libres pour toucher le corymbor.

— C’est grand dommage, fit Thalnap Zelifor. Attention… voilà les gardiens.

Prestimion entendit des pas et des bruits de portes qui s’ouvraient.

— On va vous donner à manger et vous libérer les mains, au moins quelques minutes. Ne laissez pas passer l’occasion.

Trois gardiens armés jusqu’aux dents pénétrèrent dans le tunnel. L’un d’eux resta près de l’entrée, les bras croisés, la mine renfrognée ; un autre défit les chaînes qui enserraient les poignets de Prestimion et lui tendit un bol de mauvais bouillon froid : le troisième apporta une assiette au Vroon qui tâtonna avidement dans la nourriture avec un de ses tentacules libres. Tout en mangeant, et il avait du mal à avaler ce bouillon maigre et amer, Prestimion glissa subrepticement la main à l’intérieur de sa tunique et – se sentant non seulement idiot mais méprisable, comme s’il trahissait tout ce à quoi il croyait – caressa négligemment le corymbor du bout des doigts, deux fois d’abord, puis à deux autres reprises.

— Vous n’avez rien de meilleur à me donner ? demanda-t-il à son gardien. Croyez-vous pouvoir m’apporter quelque chose qui ne tourne pas dans l’estomac ?

Sans répondre, le gardien le considéra d’un regard froid et morne.

Quand le bol fut vide, le gardien le prit et referma les bracelets métalliques sur les mains de Prestimion. Il ressortit avec ses deux collègues ; aucun d’eux n’avait ouvert la bouche.

— La lumière est toujours aussi forte, fit Prestimion. Et les gardiens n’avaient pas l’air aimable du tout.

— Avez-vous frotté le corymbor, prince ?

— Plusieurs fois, oui.

— Et demandé à la force qui y réside d’accueillir favorablement vos demandes ?

— Je me suis contenté de le caresser, reconnut Prestimion. Je n’ai pas pu me résoudre à faire plus. J’avoue que l’invocation de puissances imaginaires n’est pas quelque chose que je fais facilement.

— Ah bon ! fit Thalnap Zelifor.

Au retour, en fin d’après-midi, de son rendez-vous galant avec la voluptueuse Heisse Vaneille de Bailemoona, toute la satisfaction de Svor s’envola d’un coup quand il apprit, ce qui ne tarda pas, que Prestimion était emprisonné dans les cachots de Sangamor et qu’il n’y avait plus trace de Gialaurys ni de Septach Melayn au Château.

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