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Les Sorciers de Majipoor [Sorcerers of Majipoor - fr]

Электронная книга - «Les Sorciers de Majipoor [Sorcerers of Majipoor - fr]». Краткое содержание книги:

Sur Majipoor, planète géante, le pouvoir est partagé entre le Coronal qui représente, le Pontife qui administre, et la Dame des Rêves qui inspire dans leur sommeil les milliards d’humains et de membres d’autre espèces.
A la mort d’un Pontife, le Coronal lui succède et nomme un nouveau Coronal. Jamais dans l’histoire multimillénaire de Majipoor, aucun n’a choisi son propre fils.
Or, mille ans avant le règne de Lord Valentin, tandis que le Pontife Prankipin agonise, les ambitions attisent les passions. Prestimion est le candidat idéal bien qu’il n’ait pas été encore désigné par le Coronal en titre, Lord Confalume.
Mais Confalume a un fils, Korsibar, d’autant de prestance que Prestimion. Et dont la soeur jumelle, la belle Thismet, est ambitieuse pour deux.
Sous le règne pacifique et prospère de Prankipin, adepte des sciences occultes, oracles, mages et sorciers ont conquis la faveur des grands, puis de tout le peuple, embrumant les esprits et répandant le désir de connaître et de maîtriser l’avenir.
La guerre qui s’annonce, dont personne ne veut, risque d’être aussi celle des ténèbres.
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Septach Melayn dévala la pente du parapet et franchit le petit passage voûté, très ancien, qui permettait de sortir du Château sur cette façade nord peu fréquentée. La route de Huine s’étirait devant lui. S’il descendait un peu et bifurquait vers l’est, il arriverait à l’intersection de la route de Gossif, une des Cités Intérieures, voisine de Tidias, sa ville natale ; un peu après Tidias se trouvait Muldemar. Où il espérait de tout cœur revoir Gialaurys. Il ne se sentait pas de taille à entreprendre seul la tâche consistant à arracher Prestimion aux griffes de Korsibar.

Il se retourna. Toujours pas de Gialaurys. Espérons qu’il a déjà réussi à quitter le Château sain et sauf, se dit Septach Melayn. Et que le Divin lui permette de faire bonne route. Il tourna ses longues jambes vers la route de Huine, qui suivait la pente de l’épaulement du Mont.

LE LIVRE DES JUGEMENTS

1

Nul n’avait la moindre idée de la destination que comptait donner lord Sangamor aux tunnels qui portaient son nom quand il en avait ordonné la construction, trois mille cinq cents ans plus tôt. Ils étaient situés sur la face ouest du Mont, à un niveau intermédiaire du Château, où un haut éperon rocheux, presque une montagne en soi, s’élevait en saillie. Ce pic à la pointe aiguë – qui portait aussi le nom de Sangamor – présentait des arêtes si vives qu’il était inutilisable et, pour tout dire, inaccessible ; mais, à sa base, lord Sangamor avait fait creuser une suite de salles souterraines, basses de plafond et reliées entre elles, qui, partant du Château, rejoignaient le Pic de Sangamor et en faisaient le tour.

Le matériau utilisé pour la construction de ces galeries était aussi mystérieux que leur usage. Les parois et les plafonds étaient tapissés de pavés d’une pierre synthétique qui émettait naturellement des radiations de couleurs éclatantes. Une salle était éclairée en permanence par les pulsations d’une lumière grenat, une autre d’un émeraude éclatant, les suivantes d’un jaune safran, d’un incarnat puissant, d’un jaune soufre, d’un orange agressif et ainsi de suite.

Le secret de la luminosité naturelle de ces pierres, qui ne s’était pas atténuée le moins du monde au long des milliers d’années écoulées depuis le règne lointain de lord Sangamor, était l’un des nombreux secrets perdus au fil des siècles par les artisans de Majipoor. L’effet produit par les lumières et les couleurs des tunnels de lord Sangamor était d’une extraordinaire beauté, mais, comme elles ne s’estompaient à aucun moment, ni de jour ni de nuit, elles étaient aussi extrêmement fatigantes et devenaient vite très pénibles à supporter. Il était impossible d’échapper aux pulsations lumineuses émises sans relâche par les murs, heure après heure, jour après jour, si intenses qu’il ne suffisait pas de fermer les yeux pour s’en protéger. Ce rayonnement continu était en réalité un tourment pour qui devait y être soumis un certain temps.

Les tunnels étant à l’écart du reste du Château en raison du relief particulier de cette zone du Mont, comme on ne leur avait trouvé aucune autre destination et que le confort n’était pas un facteur à prendre en considération quand il s’agissait de prisonniers, ils commencèrent, au bout de quelques siècles, à être utilisés de loin en loin comme cachots pour retenir ceux que le Coronal tenait pour des esprits récalcitrants ou qu’il estimait trop risqué, pour quelque raison que ce soit, de laisser en liberté.

Prestimion avait déjà vu les tunnels de Sangamor, des années auparavant, quand, petit garçon, il explorait les coins et les recoins du Château sous la houlette de son défunt père. Nul n’y était emprisonné à l’époque ; nul n’y avait été enfermé, semblait-il, depuis deux ou trois siècles, sous le règne du Coronal lord Amyntilir. Les ondes incessantes de couleurs, bien que difficiles à supporter longtemps, étaient d’une beauté impressionnante, comme étaient impressionnantes, mais d’une manière différente, les rangées de fers fixés aux murs et les récits du père de Prestimion sur tel prince insoumis ou tel jeune duc impétueux qui y avaient été enchaînés sous quelque Coronal de l’Antiquité, désireux de rétablir l’ordre à la cour.

Jamais Prestimion n’aurait imaginé s’y trouver un jour, lui aussi, dans les fers. Cet endroit était une survivance médiévale, pas un lieu utilisé d’une manière régulière. Et pourtant, il était là, attaché à un mur émettant de vibrantes et spectaculaires pulsations d’un rouge brillant, les bras en croix, les poignets et les chevilles enserrés dans des menottes. De temps en temps, cela lui paraissait presque comique. Il revoyait Korsibar entrant en fureur et ordonnant de le jeter au cachot. Quelle serait la prochaine étape ? Le billot ?

Mais la situation n’avait rien de comique. Il était à la merci de Korsibar. Personne ne savait ce qui se passait dans les tunnels. À tout moment, un homme de main du Coronal pouvait entrer et lui trancher la gorge ; il ne pourrait rien faire pour se défendre. Il avait passé, d’après ses calculs, six à huit heures dans une solitude totale. Peut-être avait-on simplement décidé de le laisser mourir de faim. À moins que ces pulsations incessantes de lumière rouge, rouge, rouge, se répercutant sur toutes les surfaces ne fassent de lui un fou hurlant à la mort.

C’est ce qu’il semblait. Les heures s’écoulaient et personne ne venait.

Une petite voix douce et sourde, venant de l’exaspérante mer de couleurs, le fit sursauter.

— Porteriez-vous par hasard votre amulette, prince Prestimion ?

— Quoi ? fit-il d’une voix enrouée de n’avoir pas servi depuis si longtemps. Qui a parlé ? Où êtes-vous ?

— Juste en face de vous. Thalnap Zelifor. Vous souvenez-vous de moi, prince ?

— Le sorcier Vroon, oui. Je ne me souviens que trop bien de vous.

Les yeux plissés pour affronter la lumière implacable, Prestimion cligna les paupières à plusieurs reprises, s’efforçant d’accommoder sur le mur opposé. Mais il ne distinguait rien au milieu des pulsations de cet océan de rouge.

— Si vous êtes là, vous vous êtes rendu invisible.

— Pas du tout. Vous pourrez me voir si vous faites ce qu’il faut. Fermez les yeux un moment, rouvrez-les très vite et vous me verrez. Je suis emprisonné ici, moi aussi, poursuivit la voix sortant de la lumière rouge. Imaginez ma stupéfaction quand je les ai vus vous amener. Je savais que la conjonction des astres vous était défavorable, mais je ne croyais pas que c’était à ce point. Me voyez-vous maintenant ?

— Non, répondit Prestimion.

Il ferma les yeux, compta jusqu’à dix, les rouvrit et ne vit rien d’autre que les flots de lumière rouge. Il recommença, compta cette fois jusqu’à vingt, décider d’aller jusqu’à quarante. Quand il ouvrit les yeux, il perçut la forme indistincte du petit être aux multiples tentacules, juste en face de lui, enchaîné au mur tout comme lui, les fers retenant deux de ses plus gros tentacules. Le minuscule Thalnap Zelifor était suspendu à un mètre du sol ; les fers avaient été prévus pour des individus de race humaine, d’une taille normale.

Tout se fondit de nouveau dans la lumière rouge.

— Je viens enfin de vous voir, mais pas longtemps, reprit Prestimion en considérant d’un air sombre les pulsations lumineuses. C’était vous, j’en suis sûr. Vous qui êtes venu me dire dans le Labyrinthe que la voie du trône n’était pas dégagée, que vous voyiez de tous côtés des signes d’opposition, que j’avais un ennemi puissant qui attendait en secret de m’abattre. Vous saviez – par quels moyens, je n’ose l’imaginer – ce qui allait se passer. Il est séant, j’imagine, de nous retrouver au fond du même cachot. Vous avez su prédire ma chute, mais pas la vôtre.

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