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Les Sorciers de Majipoor [Sorcerers of Majipoor - fr]

Электронная книга - «Les Sorciers de Majipoor [Sorcerers of Majipoor - fr]». Краткое содержание книги:

Sur Majipoor, planète géante, le pouvoir est partagé entre le Coronal qui représente, le Pontife qui administre, et la Dame des Rêves qui inspire dans leur sommeil les milliards d’humains et de membres d’autre espèces.
A la mort d’un Pontife, le Coronal lui succède et nomme un nouveau Coronal. Jamais dans l’histoire multimillénaire de Majipoor, aucun n’a choisi son propre fils.
Or, mille ans avant le règne de Lord Valentin, tandis que le Pontife Prankipin agonise, les ambitions attisent les passions. Prestimion est le candidat idéal bien qu’il n’ait pas été encore désigné par le Coronal en titre, Lord Confalume.
Mais Confalume a un fils, Korsibar, d’autant de prestance que Prestimion. Et dont la soeur jumelle, la belle Thismet, est ambitieuse pour deux.
Sous le règne pacifique et prospère de Prankipin, adepte des sciences occultes, oracles, mages et sorciers ont conquis la faveur des grands, puis de tout le peuple, embrumant les esprits et répandant le désir de connaître et de maîtriser l’avenir.
La guerre qui s’annonce, dont personne ne veut, risque d’être aussi celle des ténèbres.
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Septach Melayn frappa du plat de la main sur le dessus de la table en obsidienne pour marquer sa joie.

— Svor est sain et sauf ! Korsibar n’a donc pas oublié les liens d’amitié qui l’unissaient autrefois à notre insaisissable petit duc ! Voilà une bonne nouvelle ; elle signifie peut-être que l’humeur de Korsibar s’est radoucie après son accès de colère et que la libération de Prestimion ne saurait tarder. Mais je crains quand même pour la vie de Gialaurys. Il est trop prompt à sauter à la gorge des gens et s’est peut-être attaqué à trop forte partie au moment de sortir du Château.

Sur ces entrefaites, un domestique apparut à la porte pour annoncer la venue d’un nouvel invité au manoir ; c’était Gialaurys, en plus piteux état encore que Septach Melayn à son arrivée, une grosse meurtrissure rouge et gonflée sur le côté gauche de son visage. Il paraissait pourtant assez gai, autant que pouvait l’être un homme d’une nature aussi maussade. Il donna à Septach Melayn une joyeuse et vigoureuse accolade et vida à la suite trois coupes d’un vin de rubis en dix minutes.

Septach Melayn lui fit part du message de Svor et l’interrogea sur sa fuite du Château. Gialaurys répondit qu’il n’avait pas rencontré beaucoup de difficultés, mais que, trouvant les abords de la porte de Gossif grouillants de gardes, il avait poussé jusqu’à la porte d’Halanx, où les gardes, là aussi, avaient eu le temps de se rassembler et l’attendaient de pied ferme. L’affrontement était inévitable et il craignait d’avoir renvoyé plusieurs hommes à la Source, ce qu’il regrettait. Comme ils refusaient de lui laisser le passage, il n’avait pas eu le choix.

— Tu connais Himbergaze, ce lieutenant de la garde au grand nez ? demanda-t-il à Septach Melayn. Je l’ai précipité du haut du Donjon de Canaberu et il a fait beaucoup de bruit en touchant le sol. Je ne crois pas le revoir monter la garde. Voilà comment j’ai récolté ça, ajouta-t-il en montrant sa joue meurtrie.

— Il t’a frappé au visage ?

— Tout au contraire, gloussa Gialaurys. Je lui ai donné un coup de tête quand il me sautait au collet. Surpris, il a perdu l’équilibre et il est passé par-dessus le parapet. J’aurais aimé faire la même chose à Farholt pendant l’épreuve de lutte des Jeux Pontificaux.

Il se leva et inspecta d’un air chagrin ses vêtements en lambeaux.

— En descendant le Mont, j’ai traversé la forêt d’épines de Quisquis. Regardez dans quel état je suis !

— Le prince Abrigant m’a prêté un pourpoint, fit Septach Melayn en tournant la tête vers les trois frères de Prestimion, aussi élancés les uns que les autres. J’étais en loques moi aussi. Mais je crains, mon ami, qu’il n’y ait pas ici de vêtements à ta taille. Un valet pourrait aller te chercher une toile de tente dans laquelle les couturières de la princesse te tailleraient des hauts-de-chausses.

— Je vois que tu n’as pas perdu ton sens de l’humour, riposta Gialaurys, sans paraître apprécier la plaisanterie.

Mais la princesse Therissa l’assura qu’on pouvait lui confectionner assez rapidement des vêtements neufs ; ce fut chose faite dès le lendemain matin. Au même moment, le duc Svor se présenta à la grille du manoir, à la tête d’un convoi de cinq montures de bât transportant quantité de marchandises, y compris une collection bienvenue de vêtements qu’il était passé prendre chez Gialaurys et Septach Melayn.

Il leur fit le récit de sa conversation avec Korsibar et leur confia son espoir d’une libération imminente de Prestimion.

— Que dit-on au Château de son arrestation ? demanda Septach Melayn. Qu’en pensent Serithorn ou Oljebbin ?

— Pas grand-chose, répondit Svor. Vous savez, j’ai pris mes cliques et mes claques sans perdre de temps et je n’ai pas abordé le sujet avec grand monde. Mais, d’après ce que j’ai entendu dire, il semble que tout le monde ait été trop estomaqué pour réagir et fait comme si ce qui s’est passé n’avait rien d’extraordinaire, en attendant de voir ce que décidera Korsibar.

— C’est comme cela depuis le commencement, grommela Gialaurys. Korsibar s’empare de la couronne sans que personne ne s’oppose à lui, pas même Confalume, et tout le monde attend craintivement de voir ce qui va se passer ensuite. Korsibar prend possession du Château et la haute main sur le gouvernement sans que personne ne lève le petit doigt pour l’en empêcher. Maintenant, Korsibar fait jeter Prestimion en prison et personne ne proteste. Sont-ils tous si lâches ? Pourquoi Oljebbin, Gonivaul ou un autre ne s’élève-t-il pas contre ces méthodes illégales ?

— Tu étais ici, dans cette maison, répondit Septach Melayn, et tu as entendu par toi-même les propos exaltants du brave Oljebbin, de l’intrépide Gonivaul et du courageux Serithorn, l’un après l’autre, ils ont déclaré qu’ils allaient temporiser, observer avec la plus grande attention les agissements de Korsibar avant de prendre position, sans rien entreprendre contre lui avant que le moment leur paraisse opportun. « Nous devons éviter toute manœuvre imprudente ou inconsidérée », a dit Serithorn, à moins que ce ne soit Gonivaul, je ne sais plus. Mais ils ont tous déclaré la même chose.

— Ils ont promis de soutenir Prestimion s’il se dressait contre Korsibar, protesta Gialaurys.

— D’une manière si tiède et craintive, glissa Svor. En se couvrant avec des si, des mais et des peut-être, et sans dire un mot sur le soutien qu’ils apporteraient à Prestimion dans le cas où Korsibar s’attaquerait à lui. Que t’imagines-tu donc, Gialaurys ? Que ces vieillards ramollis, amoureux de leur confort entreront en fureur et se mettront à vitupérer contre la détention de Prestimion, alors qu’il suffirait d’un claquement de doigts à Korsibar pour les expédier eux-mêmes dans les tunnels de Sangamore ? Tous les pouvoirs sont entre ses mains. Les grands seigneurs le craignent et se méfient les uns des autres. À part le prince de Muldemar, il n’y en a qu’un, par toute la planète, qui oserait affronter Korsibar et pourrait nous aider à arracher Prestimion à ses griffes. Lui-même n’est pas un ange, loin de là.

— Tu parles du Procurateur ? demanda Septach Melayn.

— Vois-tu quelqu’un d’autre ? Si nous devons mettre sur pied une opposition à Korsibar, cela ne pourra se faire qu’avec l’aide de Dantirya Sambail. N’oublions pas qu’il est parent de Prestimion et que nul n’est mieux placé que lui pour exiger sa libération. Le Procurateur est un homme puissant, soutenu par une puissante armée, un homme fortuné et déterminé, cinq fois plus intelligent que Korsibar.

— Tu oublies son charme personnel et la douceur de son âme. Sans compter sa grande beauté et son amour pour les petits animaux. Quel bel allié il ferait, Svor !

— Quoi qu’il en soit, ajouta Gialaurys, Dantirya Sambail a pris la mer et il est déjà loin, en route pour Zimroel. Même s’il faisait demi-tour dès son arrivée à Piliplok, il lui faudrait plusieurs mois pour parcourir le chemin jusqu’au Mont. En supposant qu’il veuille le faire.

— Mais non, répliqua Svor, il n’a pas pris la mer. J’ai appris qu’il était à mi-chemin du port d’Alaisor quand la nouvelle de l’emprisonnement de Prestimion lui est parvenue. Il a aussitôt décidé de rebrousser chemin et il marche en ce moment sur le Mont.

— Tu es certain de ce que tu avances ? demanda Septach Melayn.

— Je ne suis certain de rien d’autre que du nombre de mes doigts et de mes orteils, répondit Svor, et, certains jours, il m’arrive même d’avoir des doutes. Mais je tiens mes informations de personnes dignes de foi, des habitants de Muldemar, qui m’ont confié ce matin, tandis que je traversais la cité, que Dantirya Sambail et toute sa suite faisaient route vers le Château. Est-ce la vérité ? Je pourrais m’en remettre à la divination, mais tu ne croirais pas non plus ce que je découvrirais. Hein, Septach Melayn ? Il ne nous reste donc plus qu’à attendre. Nous demeurons ici et Dantirya Sambail viendra, ou il ne viendra pas. J’ai dit ce que je savais.

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