La grande mascarade parisienne
- Автор: Robida Albert
- Язык: французский
- Жанр: Европейская старинная литература
Электронная книга - «La grande mascarade parisienne». Краткое содержание книги:
Blikendorf devenait de plus en plus mélancolique. Le sentiment de sa haute responsabilité vis-à-vis de la cour de Bosnie l'effrayait ; les correspondances devenaient bien délicates. Puis son cœur battait si fort en présence de Garolina, l'idéal de sa jeunesse ! il avait beau appeler à lui toute sa philosophie, il sentait aux bouillonnements de son âme qu'il lui faudrait bientôt choisir entre deux partis, ou disputer les armes à la main son idéal blond à Layos Zam Emma.
Une jeune dame française.
Ton Théodore.
0 ma Caroline.
Do ;r;une étranger.
bor, ou envoyer à Vienne une petite annonce semblable à celle du Hongrois pour demander une deuxième Carolina.
Pendant que Tulipia et le prince Michel de Bosnie coulaient ainsi des journées délicieuses dans le romantique palais Trombolino, que devenaient Cabassol, Miradoux et les deux clercs que nous avons laissés à Naples, dévalisés et ruinés par le signer Rodolfo, le philanthrope de la Galabre?
Nous avons dit que lorsque le départ de Tulipia lui fut connu, Gabassol n'avait pu s'élancer sur ses traces, retenu qu'il était par le manque absolu d'argent. Un télégramme avait été envoyé à M e Taparel, mais les fonds n'étaient arrivés qu'au bout de quatre jours. Alors Tulipia était loin. Pendant six semaines Cabassol l'avait cherchée partout, à Rome, à Pise, à Gênes, à Milan, à Gôme, à Lugano sans découvrir la moindre trace. De toute l'Italie, Venise seule lui restait à explorer, et il y arriva enfin aux derniers jours d'avril, sans grand espoir et avec l'intention de n'y faire que quelques recherches rapides avant de retourner à Paris où. il pensait que peut-être ceux qu'il cherchait étaient arrivés déjà.
Ce fut ainsi que par une belle après-midi, suivant le grand canal avec ses amis, dans une gondole chargée de malles, Cabassol eut la joie d'apercevoir tout à coup dans une gondole découverte, la charmante Tulipia, une mandoline à la main, assise à côté du prince.
Cabassol eut beau se dissimuler derrière son Joanne pour ne pas se laisser voir, il fut aperçu et reconnu. Tulipia pâlit et le prince eut un soubresaut d'inquiétude. Quand l'apparition se fut éloignée, Cabassol donna l'ordre à ses gondoliers de la suivre de loin.
— Signor, dit un de ces hommes, nous pourrions la suivre bien longtemps, la signora va au Lido...
— Vous la connaissez?
— Je suis le cousin de sa femme de chambre. La signora habite le palazzo Trombolino que vous voyez d'ici
— Bien ! gondolier, je vous garde pour tout le temps de notre séjour.
Gabassol et ses amis descendirent dans un hôtel donnant sur le grand canal, juste en face du palais Trombolino. Ils dînèrent tranquillement et attendirent la tomlx-c de la nuit. (Juand la lune parut à l'horizon, Cabassol
Soixante jeunes dames s'étaient promenées au jour dit avec le journal à la main.
reprit sa gondole et alla s'embusquer sous les murs du palais Trombolino dans le petit canal sombre.
Vers minuit, il vit rentrer la gondole du prince. Après avoir erré pendant une heure ou deux sous les fenêtres du palais, en ruminant un plan pour obtenir une entrevue de Tulipia, Cabassol pensa que le mieux était de corrompre les gondoliers, d'acheter la femme de chambre, et, avec leur concours, d'enlever tout simplement Tulipia en gondole.
VI
Nouvelles souffrances occasionnées par la couleur locale. — Trop de mulet. — Tulipia apprend à jouer de la trompe des Alpes. — Un voyage de noces contrarié par l'Angleterre.
Deux heures après avoir rencontré Cabassol, le prince et Tulipia rêvaient pur la plage du Lido, en compagnie de Layos Zambor et de Garolina, lorsque tout à coup d'une gondole arrivant à toute vitesse, un homme sauta effaré sur le sable.
Cet homme était le précepteur du prince, le bon Blikendorf.
Il tenait à la main une grande lettre carrée revêtue de cachets où le prince reconnut à première vue l'aigle de Bosnie.
— Eh bien ! qu'est-ce ? demanda le prince.
— Lisez, monseigneur, une lettre de votre auguste pèrel II sait tout! il sait que vous n'êtes pas allé à la cour de Klakfeld, il sait que vous n'épousez pas la grande duchesse, il sait que vous avez été à Monaco, enfin il sait que vous êtes à Venise!...
— Diable! fît le prince.
— Et il annonce l'intention de me faire pendre, moi, votre précepteur, si nous ne partons pas immédiatement pour Klakfeld... pour épouser la grande duchesse dans les quinze jours !
— Par exemple ! s'écria Tulipia. Je m'y oppose absolument !
— Ne crains rien, âme de ma vie! par le sabre du grand Scanderberg, c'est toi que j'épouserai ou je n'épouserai personne!... Nous allons quitter
Venise Changer ma Tulipia pour une Klakfeld maigre! allons donc!...
Les étrangers rencontrés tout à l'heure doivent être des agents de mon auguste père, pour les dépister, ne rentrons pas au palais, partons tout de suite !...
— Et nos bagages? demanda Tulipia.
— Blikendorf va rester, nous lui ferons dire où il doit nous les amener. Addio, Venezia la bella, addio, infelice Bianca!
Cinq minutes suffirent au prince pour donner ses dernières instructions à son précepteur et pour recevoir les adieux respectueux de Layos Zambor et de Carolina; la gondole les conduisit au jardin public, où ils prirent une autre gondole pour le chemin de fer.
Après avoir voyagé toute la nuit, les fugitifs arrivèrent au point du jour à Bergame; le prince, qui voulait évitée autant que possible les grandes villes où sa présence eût pu être signalée aux agents de son auguste père, prit à Bergame un voilurin pour Lecco sur les bords du lac de Côme. A Lecco ils louèrent une barque et passèrent à Menaggio sur l'autre rive. A Menaggio seulement, où ils arrivèrent à la nuit tombée, ils purent se reposer de leurs fatigues et de leurs alarmes,
Charmante nuit! pas de parapluie, pas de rats, pas de spectres et pas de coups de revolver !
Aux premiers chants des coqs de Menaggio, le prince se réveilla très guilleret.
— Hourrah ! hourrah ! cria-t-il, viva la liberta ! je n'épouserai pas la grande duchesse de Klakfeld, mon auguste père ne me tient pas encore
— Où allons-nous? demanda Tulipia.
Un mariage dans le cachot du pont des Soupirs.
— Retremper notre âme et notre corps aux fortes effluves des sapinières alpestres, au souffle pur des glaciers ! boire l'eau claire des torrents, nous rouler dans les neiges éternelles des hautes cimes, élever notre cœur par la contemplation des sommets âpres et solennels où le ciel accroche ses nuages, étudier les mœurs des patriarcales populations de la libre Helvétie 1
— Si je ne me trompe, ça veut dire que nous allons en Suisse?
— Précisément, ô ma charmante I après l'Italie où toutes nos journées étaient vouées à l'art et à la poésie, il est sain de retourner aux fraîches impressions de la nature. En conséquence, nous allons déjeuner largement et louer deux mulets ensuite pour nous enfoncer dans la montagne.
— Que ne suis-je peintre! s'écria le prince, lorsqu'après un excellent déjeuner Tulipia et lui se mirent en selle à la porte de l'auberge, sur le3 mulets qu'on avait amenés, que ne suis-je seulement un grand peintre, A ma reine, pour dessiner ta taille svelte et ton air de fière amazone, sur ce vulgaire mulet! Quel malheur que tu n'aies pu faire avec moi la campagne de la Turquie, tu aurais été charmante en officier de Cosaques !