La grande mascarade parisienne
- Автор: Robida Albert
- Язык: французский
- Жанр: Европейская старинная литература
Электронная книга - «La grande mascarade parisienne». Краткое содержание книги:
De salle en salle, Ga-bassol battait en retraite, sur les pas d'un guide qui l'assommait avec ses explications intempestives, ses nomenclatures de doges assassinés ou décapités, ses récits de conspirations , ses descriptions de tableaux du Tintoret, de plafonds de Véronèse et son conseil des Dix.
Les américaines approchaient. Et pas d'issue. Comme le guide allumait un grand flambeau pour leur faire admirer les deux
r.une de miel allemande, lune de miel anglaise et iune de miel parisienne.
cachots des condamnés à mort du pont des Soupirs, Gabassol vit poindre au bout du couloir le chapeau de Palamède. Une inspiration lui vint, il laissa le guide entrer dans le cachot, il laissa les américaines le suivre, et bondissant en arrière, il ferma la porte à clef.
En se retournant, il vit qu'un de ses compagnons, le troisième clerc, était resté dans le cachot entre les mains de Palamède.
— Epousez! lui cria-t-il, cela nous fera gagner du temps...
Et il entraîna ses amis après avoir jeté les clefs du cachot dans le canal. Personne n'ayant inquiété leur fuite, ils purent regagner leur hôtel et faire leurs malles pour quitter Venise.
Quant aux malheureux enfermés dans le cachot du pont des Soupirs, on ne les délivra que le lendemain. Des gondoliers éperdus de terreur, avaient entendu leurs cris, pendant la nuit, mais ils avaient pris ces appels pour des lamentations d'outre-tombe, des victimes du conseil des Dix, et s'étaient hâtés de faire filer leurs gondoles au plus vite, loin du lugubre canal
En sortant du cachot des condamnés à mort, le troisième clerc était l'époux de Lavinia Bloomsbig; Palamède leur avait donné la bénédiction nuptiale dans l'obscurité et toute la noce avait tant bien que mal dormi sur la pierre qui remplaçait la traditionnelle paille humide dans le vieux cachot.
Sortis de Venise, échappés aux griffes matrimoniales de Palamède, notre ami Gabassol se remit encore une fois à la recherche de Tulipia. Où le prince pouvait-il l'avoir entraînée? Sous quels cieux errait-elle, avec l'album de la succession Badinard dans ses malles?
Pendant huit jours, Cabassol fouilla toutes* les stations de chemin de fer, Padoue, Vicence, Vérone, Brescia, etc., sans résultat aucun. Il était arrivé à Milan, et poursuivait son enquête auprès des employés des chemins de fer, lorsque le hasard le mit enfin sur la bonne piste. Il vit charger sur un fourgon une douzaine de caisses sur lesquelles il lut ces mots :
VON BLIKENDORF
Arona.
Son cœur battit, c'étaient évidemment les bagages du prince que Bliken-dorf emmenait. Quelques malles de fabrication parisienne devaient appartenir à Tulipia, il put lire dessus des étiquettes de chemin de fer : Trouville, Monaco, Gênes, Naples, Venise, etc. 0 joie ! il tenait enfin le fil conducteur, il n'y avait qu'à suivre Blikendorf pour arriver jusqu'à Tulipia.
Et il prit immédiatement ses billets pour Arona. Avant de monter en wagon, il eut soin de bien constater lai présence de Blikendorf. Le précepteur du prince occupait un coupé de première classe ; à la vue de Gabassol il très-saillit et baissa les stores pour se dissimuler. Mais il était trop tard, Gabassol monta dans un compartiment voisin pour le surveiller de façon à ne pas le laisser échapper.
Le bon Blikendorf fit un triste voyage. Il prenait Cabassoi et ses compagnons pour des agents de la cour de Bosnie, envoyés par l'auguste père de son élève pour ies forcer à rentrer dans le devoir. Il frémit et se vit déjà suspendu entre ciel et terre par une cravate de chanvre attachée à une belle potence neuve, sur la grande place de Bosnagrad.
Des remords amers lui serrèrent la gorge, et pourtant après tout, ce n'était pas complètement sa faute, il n'avait été que faible, il s'était laissé entraîner par son élève et n'avait quitté le sentier de la vertu que contraint et forcé. Et même son élève lui avait donné un certificat pour bien constater son innocence.
Mais la cour de Bosnie aurait-elle égard à ces circonstances atténuantes, la brutalité du pouvoir absolu se laisserait-elle fléchir ? >
A Arona la terreur de Blikendorf fut portée à son comble quand il vit ses trois persécuteurs s'embarquer avec lui pour Locarno sur le lac Majeur.
Quatre passagers sur le bateau à vapeur dédaignèrent les beautés du paysage et ne donnèrent même pas un regard à l'Isola Bella et aux autres îles Borromées, pas plus qu'aux villages éparpillés dans la verdure des côtes, sur le flanc des montagnes ; ces passagers étaient, d'abord l'infortuné Blikendorf, toujours en proie à des visions où jouaient un grand rôle le chanvre bosniaque et la menuiserie considérée dans ses rapports avec la construction des potences, puis Gabassol et ses amis, qui firent le voyage assis, pour plus de sûreté, sur les malles du précepteur.
De cette façon, celui-ci ne put songer à s'échapper. Au bout du lac, les malles de Blikendorf furent déchargées et rechargées sur l'impériale de la diligence de Bellinzona ; Gabassol et ses amis étaient déjà dans l'intérieur. Blikendorf monta dans le coupé où il se trouva seul avec ses pensées.
Pendant les trois jours qu'il resta à Bellinzona sans oser continuer sa route, Gabassol ne quitta pas l'hôtel où les malles et le précepteur étaient descendus.
Cependant, lequatrième jour, le précepteur réussit à se dérober et à partir dans une voiture particulière pour-tme direction inconnue. Mais les malles
Arrière, vil célibataire!
étaient restées. Cabassol sut bientôt que l'on devait les diriger le lendemain parle Saint-Gothard à l'adresse de l'hôtel du Righi-Kulm.
Cabassol et ses amis réglèrent leurs comptes et prirent la même diligence que les malles, ils traversèrent ensemble le Saint-Gothard et s'embarquèrent en même temps à Fluelen sur le bateau du lac des Quatre-Cantons. A Witz-nau les bagages furent transportés dans le petit train qui monte au Righi-Kulm par une si audacieuse route.
— Le prince et Tulipiasont là-haut à l'hôtel du Righi-Kulm, assurément, dit Cabassol en montant dans le train, nous touchons au but! Il faut que demain, par un moyen quelconque, j'obtienne une entrevue de Tulipia!...
Décoration des chambres à l'hôtel de la Lune de miel.
Au Kulm, en interrogeant adroitement les garçons de l'hôtel, Cabassol acquit la certitude que deux voyageurs répondant au signalement des fugitifs, habitaient l'hôtel depuis trois jours. Moyennant un remarquable pourboire, un garçon fît avoir à Cabassol l'appartement voisin de celui du prince et réuni au premier par un même balcon. Cabassol aux aguets vit revenir ceux qu'il cherchait d'une petite excursion dans la montagne; le soir, il eut l'agrément d'un solo de cor des Alpes exécuté par sa voisine la charmante Tulipia.
Le matin un autre solo de cor des Alpes annonça aux touristes de l'hôtel le lever du soleil. Cabassol bondit, le cor avait résonné tout près de son lit à travers une simple cloison de sapin.
— Tulipia, ma reine! dit une voix que Cabassol reconnut pour être celle du prince, allons encore admirer le lever du soleil avant notre départ...
— Allons, bon, déjà partir I se dit Cabassol, vite, habillons-nous pour être prêt à tout événement...
— Monseigneur, c'est peut-être imprudent, dit une autre voix, songez que les agents de votre auguste père que j'ai à mes trousses, depuis Venise, ont arrivés ici hier soir. Mieux vaudrait tacher de fuir sans leur donner l'éveil. .
— Faisons m/ îux, dit le prince, si je les achetais, si je les attachais à ma personne?...
Duo de fauteuils à musique.
— C'est un moyen, fit Blikendorf...