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La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville

Электронная книга - «La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville». Краткое содержание книги:

Ce roman épistolaire nous conte l'histoire classique d'une jeune fille, provinciale d'origine modeste, qui monte à Paris. Après avoir profité, sans en abuser, de la bonté d'une amie de la famille, la facilité et la vie dans la grande ville incitent notre héroïne à se faire «entretenir» par un marquis. La maîtresse sera en bons termes avec la marquise puisque son propre frère en est l'amant. Mais ces amours ne durent guère et la déchéance sera grande?
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P.-S. – On m’assure qu’elle a été voir mon fils, et qu’elle lui a fait mille caresses. On prétend qu’elle a pleuré, en le voyant si joli. La personne qui me l’a dit en secret, m’assure que depuis ce moment, elle paraît te voir avec plus de plaisir, et qu’il lui est échappé un mot… Devine?… Ces pauvres hommes ce sont leurs femmes qui leur donnent des héritiers… Je t’assure que j’aimerais bien mon neveu.

Lettre 100. Ursule, à la Marquise.

[Comme elle a déjà de l’aisance dans le vice!].

Ier mars.

Madame,

C’est une fille généreuse autant qu’honnête qui vous écrit; une fille qui vous honore, excitée par, la reconnaissance. Je sais indirectement, par certains discours respectueux, échappés à mon frère, que vous faites quelque attention à lui. Soyez assurée, madame, que vos bontés ne pouvaient tomber sur un sujet qui en fût plus digne. Son respect et son dévouement pour votre personne, n’ont pas plus de bornes que vos perfections, et ne peuvent se comparer qu’à l’attachement que j’ai moi-même pour ce frère chéri. C’est d’après cet attachement, le plus tendre qui fût jamais, que vous devez juger la démarche que je fais aujourd’hui. Madame, M. le marquis m’a aimée; et quoiqu’il ne m’aime plus, puisqu’il est votre mari, il a conservé des égards pour moi, auxquels je ne suis pas insensible: mais quelles que soient ma reconnaissance, et ses dispositions, je remettrais son sort entre vos mains, s’il le faisait dépendre de moi, et j’oserais vous demander comment vous voudriez que je le traitasse? comment vous souhaiteriez que j’en agisse avec ses rivaux? Il en avait quelques-uns, qui tous laissent mon cœur libre. Je me voue à vos ordres en tout, lorsqu’il vous plaira de me les intimer: commandez, madame, et si vous m’avez crue la maîtresse de votre mari, soyez mille fois plus assurée que vous êtes la mienne, et que je vous obéirai comme à ma souveraine.

Je suis avec respect, etc.

Lettre 101. Réponse.

[La marquise répond sur le même ton aux impudences de ma pauvre sœur.].

le lendemain.

Voilà, je vous assure, mademoiselle, la correspondance la plus extraordinaire qui se soit jamais ouverte entre deux femmes! Je sais tout ce qui s’est passé entre vous et mon mari: mais je ne sais pourquoi je n’en suis pas jalouse. Peut-être qu’une aussi belle fille qu’on assure que vous l’êtes me force d’excuser le marquis. D’ailleurs il a des torts si grands avec vous, qu’il ne saurait les réparer. Cependant, s’il faut vous parler avec sincérité, je serais la première femme qui, pouvant tourmenter son mari infidèle, s’en abstiendrait par générosité: je ne veux pas de cette vertu, elle ressemble trop à la bêtise. Faites-moi donc le plaisir de le mettre aux abois soyez bien coquette; et si ce n’est pas assez, allez plus loin, pour peu que cela vous amuse. Quant à votre frère, c’est un garçon du premier mérite, et dont je fais un cas infini. Je le prône partout, et cinq à six nouvelles mariées de mes amies en sont folles, mes récits. Ce qui me plaît davantage en lui, c’est sa modestie; il est peu de jeunes gens de sa figure et de son mérite qui aient aussi peu de prétention: cette manière de penser noble et spirituelle fait davantage pour lui que ses rares talents, et que toutes les autres qualités; je ne saurais vous dire à quel point il prend partout: ce qui est une preuve non équivoque de son mérite.

Adieu, mademoiselle: votre lettre augmente les sentiments distingués avec lesquels j’étais déjà.

Très affectionnée à vous servir.

(sans signature.).

P.-S. – Votre fils est un bijou; il est tout R**, je vous jure.

Lettre 102. Ursule, à la Marquise.

[Elle travaille à ruiner le marquis, de concert avec sa femme.].

20 Mars.

Madame,

Votre charmante lettre a été baisée mille fois; elle m’a honorée, flattée à tous les titres possibles. J’espère que M. le marquis vous dira de mes nouvelles; cependant, s’il lui arrivait de se taire, je vais vous faire le tableau de ma conduite avec lui depuis vos instructions.

Dès le lendemain de votre lettre, il trouva chez moi un jeune capitaine de dragons, que j’ai connu page, un financier, un ambassadeur et un abbé. Je m’attachai à montrer des préférences au capitaine, à faire des signes d’intelligence au financier; à marquer une haute considération à l’ambassadeur et à parler souvent à l’oreille de l’abbé; au pauvre marquis, pas un mot; il fut traité en mari, autant qu’il est d’usage. Il s’est prêté de bonne grâce le premier jour; mais les choses ayant continué sur le même pied les jours suivants, et ma compagnie étant augmentée d’un colonel, d’un jeune robin et d’un seigneur de la cour, le marquis a réellement pris de l’humeur. Il s’est plaint, quoique avec discrétion. Je l’ai mal reçu. Il m’a traitée en femme intéressée, il m’a fait des présents; mais avec tant de profusion, que j’en suis honteuse; je me crois obligée à restitution. Je me ferais conscience de dissiper une fortune, dont la moitié vous appartient, madame. Oserai-je vous faire une proposition, et ne vous paraîtrai-je pas indiscrète, en vous priant d’accepter la plus forte portion de mes pirateries.?

J’ai l’honneur d’être, etc.

P.-S. – J’attends vos ordres pour vous faire parvenir ce qui doit retourner à sa légitime propriétaire.

Lettre 103. Réponse.

[La marquise accepte la honteuse et ridicule proposition de partager les dépouilles de son mari.].

le lendemain.

Pour un pirate, ma belle fille, c’est avoir une probité que j’admire. J’accepte: envoyez-moi, quand il vous plaira, ma part des dépouilles; et puisse notre accord, jusqu’à ce moment inouï, épouvantera les maris infidèles et dissipateurs!

Adieu.

(sans signature.).

M. de Crébillon fils ne pouvait croire que ces Réponses de la marquise fussent réelles. Je lui montrai les originaux, de la main d’une femme de qualité. Le vrai, me répondit-il, n’est souvent pas vraisemblable.

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