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La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville

Электронная книга - «La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville». Краткое содержание книги:

Ce roman épistolaire nous conte l'histoire classique d'une jeune fille, provinciale d'origine modeste, qui monte à Paris. Après avoir profité, sans en abuser, de la bonté d'une amie de la famille, la facilité et la vie dans la grande ville incitent notre héroïne à se faire «entretenir» par un marquis. La maîtresse sera en bons termes avec la marquise puisque son propre frère en est l'amant. Mais ces amours ne durent guère et la déchéance sera grande?
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«Eh bien, chère cousine, a dit Edmond, en entrant, URSULE met-elle fin à mon tourment! – Oui, mon ami. cette pauvre fille ne songe qu’à toi, et ta peine l’occupe bien plus à présent, que l’envie de faire son mariage. – Serait-il possible? Où est-elle? m’est-il permis de la voir? – je ne sais. – Ah Dieu! Vous me flattez, Laure!» À ce mot, je n’ai pu me retenir, je suis venue par-derrière sur la pointe du pied, et je l’ai embrassé. Il m’a reconnue à ma main. «C’est ma sœur!» et il a porté cette main à sa bouche. J’ai été touchée au-delà de toute expression; je me suis jetée dans ses bras, fondante en larmes: «Jamais, jamais, me suis-je écriée, je ne donnerai le moindre chagrin à un si bon frère! qu’il parle; ses volontés seront des lois pour moi.» Edmond m’a serrée contre son cœur, sans pouvoir me répondre en ce premier moment; et lorsqu’il allait parler, le marquis est entré. Ça été une autre scène: mais comme elle m’intéresse moins, je ne la décrirai pas.

Depuis ce moment, je les ai vus tous deux à chaque instant, ou ensemble, ou au moins l’un d’entre eux. J’ai cru devoir prêter l’oreille aux propositions du marquis appuyé par mon frère… Ce n’est pas que je ne voie fort bien que l’honnêteté d’Edmond est la dupe du projet du marquis; mais je dois tant à ce cher frère, je vous dois tant à vous-même, que je me crois obligée de vous sacrifier une vaine délicatesse: les restes d’un Lagouache valent-ils la peine que je vous mécontente?

Il faut à présent vous dire un mot de la manière dont ce malheureux a cédé au marquis ce qui ne lui appartenait plus. De concert avec Laure, j’ai soigneusement caché les torts de ce vaurien afin de me donner un certain prix. Edmond m’en croyait encore amoureuse: cependant à la manière prompte avec laquelle j’ai consenti à l’épreuve proposée par le marquis, un Gaudet m’aurait devinée; mais mon frère est encore bonasse. Le marquis l’a fait venir chez Laure: nous nous sommes cachés, Edmond et moi. M. de*** lui a fait la proposition de m’épouser, pour me céder ensuite. Lagouache a consenti, sans la moindre difficulté, d’une manière si vile, si basse, que l’eussé-je encore adoré, je l’aurais pris en horreur. J’étais humiliée du peu de valeur qu’il me donnait. Ah Dieu! que j’ai méprisé toute cette espèce mercenaire! Les grands ont leurs défauts, mais que ces défauts sont aimables, en comparaison de ceux des gens sans éducation! J’ai fait à cette occasion la comparaison du marquis voulant m’enlever, employant la violence… Il était encore poli dans ses plus grands écarts; rien de mortifiant pour moi; ce n’étaient que des hommages; ses outrages marquaient l’excès de sa passion: du reste, que n’eût-il pas fait pour moi! quel bonheur à ses yeux, si j’avais daigné exprimer un désir! Que c’est avec justice qu’on méprise le peuple, et que vous avez raison quand vous dites qu’on pourrait justifier tous les préjugés, même ceux qui paraissent les plus odieux et les plus cruels!… Cédée, humiliée, je pleurais de rage, et j’ai laissé croire que c’était d’amour. Le marquis a envoyé Lagouache l’attendre à son hôtel, pour conclure, et il est venu essuyer mes larmes, auxquelles il supposait une source plus douce. Je ne l’ai pas détrompé: eh! le pouvais-je? mais je l’ai assuré que c’étaient les dernières. On dit que le vil Lagouache a été fort maltraité chez le marquis. Je sens que la pitié me parle encore pour lui; car j’en suis fâchée.

Pour terminer mon récit, je n’ai plus qu’à vous ajouter que j’ai accepté les propositions du marquis. Aux yeux d’Edmond, c’est un dédommagement qu’il me doit, et dont il s’acquitte; entre le marquis et moi, c’est une liaison, et il m’entretient. J’aurai soixante mille livres par an. Ce qui me flatte davantage, dans ce revenu considérable, c’est l’emploi que je me propose d’en faire. Venez bien vite ici; car Edmond est riche dès que je la suis, et donnez carrière à vos brillants projets.

Adieu, l’ami.

Toute à vous.

Lettre 98. Réponse.

[Le méchant ne veut pas le libertinage, mais une perversion raisonnée, pour procurer un avantage temporel à Edmond.].

20 janvier.

C’est à présent, belle Ursule, que vous avez besoin de conseils, et surtout de prudence pour vous conduire! Vous voilà au-dessus des préjugés: mais le pas est glissant! pour peu que vous incliniez à droite ou à gauche, vous tombez, ou dans le remords, ou dans le libertinage. Je vous demande pardon de l’expression je l’emploie dure, parce que vous ne la méritez pas, et qu’il est bon de vous parler net. Il faut donc, très chère fille, commencer à vous rendre compte à vous-même de vos principes, si vous voulez éviter le malheur, et jouir au sein de la volupté, de toutes les douceurs de la vertu, unies à tous les avantages du vice (que ce mot ne vous effraie pas; ce n’est qu’un mot). Vous êtes fille entretenue: je tranche au vif, et je parle vrai, vous vous donnez au marquis, qui vous adore. Cette action en elle-même est indifférente: elle peut être louable, ou digne de mépris, d’après les motifs. Quels sont les vôtres? je les connais, et je crois qu’ils sont les seuls. Vous avez un frère qui vous aime, qui est digne de toute votre affection, à qui vous devez une seconde existence, car sans lui que seriez-vous? Sûrement la femme d’un rustre, qui vous ferait des enfants, vous forcerait à les nourrir, à le servir, et à travailler par-dessus tout cela comme une négresse. Qu’êtes-vous aujourd’hui? Une femme charmante, adorée, fêtée, riche, qui pouvez, avec le temps, faire la fortune de votre frère et celle de toute votre famille. Vos motifs sont uniquement de servir Edmond. Cette disposition est noble, elle fait une vertu sociale d’une action indifférente. Mais, direz-vous, je suis au mari d’une autre! Vous savez que cette autre a un dédommagement, et qu’ainsi personne n’est lésé: car si quelqu’un l’était, votre conduite serait criminelle, et celle de votre frère aussi, qui aime la marquise, et qui en est aimé. C’est un échange: ils sont permis, dans la société, pour tous les autres biens; une sorte de décence l’interdit pour les femmes, chez les nations policées (car il en est parmi les sauvages, et même chez les Tartares où cet échange est autorisé), à l’exception de Sparte, dont les lois sont exaltées par tout le monde, comme les plus sages qui aient jamais été données aux hommes. Eh bien, prenez que vous vivez à Sparte, et pour ne pas être contrariée, gardez une réserve modeste devant le monde; qu’on ignore quelle loi vous suivez, et contentez-vous de jouir du repos d’une conscience pure, unie à l’estime de vos concitoyens les plus scrupuleux.

Pour cela, chère fille, vous voyez qu’il faut éviter tout ce qui serait capable de faire connaître votre conduite; que vous devez, sinon vous attacher au marquis, du moins le bien traiter, ne le tromper jamais; et si cela vous arrivait par hasard, ou par accident, faire en sorte qu’il ne s’en aperçût pas. À qui ne connaît pas un tort, ce tort devient nul. Je vous conseille de vous unir s’il est possible d’amitié avec la marquise: cela se pourra, si elle aime votre frère. Il en est des moyens: celui qui me rirait davantage, et que je regarderais comme le plus digne de vous, serait d’attirer quelques présents du marquis, pour les rendre à sa femme: mais il faudrait être bien sûre auparavant qu’elle ne s’en trouverait pas humiliée! C’est ce que l’étude de son caractère vous apprendra, soit par vous-même, soit par Edmond. Une chose que vous ne devez jamais perdre de vue, c’est que vous n’êtes qu’un, votre frère et vous; vos intérêts sont les mêmes; tout le bien qui arrive à l’un, rejaillit sur l’autre; tout le monde peut être étranger à votre égard, mais Edmond et vous ne pouvez jamais être séparés d’intérêts. Il faut penser tout haut ensemble, n’avoir qu’une même âme, les mêmes vues, les mêmes desseins; de l’instant où vous serez désunis, vous êtes perdus l’un ou l’autre, et peut-être tous les deux. Je vous donnerai de bouche un autre conseil, que je n’ose confier au papier.

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