Maupassant
- Автор: Де Мопассан Ги
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Editions Neuchateloises
- ISBN: ASIN: B005HFL90I
- Жанр: Другая драматургия
Электронная книга - «Maupassant». Краткое содержание книги:
Au-delà d’une simple compilation, « Maupassant : Œuvres complètes » constitue également un formidable outil de recherche, facile et agréable à utiliser pour quiconque s’intéresse à l’œuvre de Guy de Maupassant. Pour le simple lecteur, il est une source de plaisir et de curiosité quasiment inépuisable.
• Edition complétée d’une étude de l’éditeur.
• Edition enrichie de notes explicatives interactives.
Il s’était dressé, entre les deux gendarmes, et, brusquement, il imita le mouvement obscène du couple criminel enlacé devant lui.
Un rire tumultueux s’éleva dans la salle, puis s’arrêta net ; car le berger, les yeux hagards, remuant sa mâchoire et sa grande barbe comme s’il eût mordu quelque chose, les bras tendus, la tête en avant, répétait l’action terrible du meurtrier qui étrangle un être.
Et il hurlait affreusement, tellement affolé de colère qu’il croyait la tenir encore et que les gendarmes furent obligés de le saisir et de l’asseoir de force pour le calmer.
Un grand frisson d’angoisse courut dans l’assistance. Alors maître Picot, posant la main sur l’épaule de son serviteur, dit simplement : « Il a de l’honneur, cet homme-là. »
Et le berger fut acquitté.
Quant à moi, ma chère amie, j’écoutais, fort ému, la fin de cette aventure que je vous ai racontée en termes bien grossiers, pour ne rien changer au récit du fermier, quand un coup de fusil éclata au milieu du bois ; et la voix formidable de Gaspard gronda dans le vent comme un coup de canon.
— Bécasse. Elle y est.
Et voilà comment j’emploie mon temps à guetter des bécasses qui passent tandis que vous allez aussi voir passer au bois les premières toilettes d’hiver.
EN WAGON
Le soleil allait disparaître derrière la grande chaîne dont le puy de Dôme est le géant, et l’ombre des cimes s’étendait dans la profonde vallée de Royat.
Quelques personnes se promenaient dans le parc, autour du kiosque de la musique. D’autres demeuraient encore assises, par groupes, malgré la fraîcheur du soir.
Dans un de ces groupes on causait avec animation, car il était question d’une grave affaire qui tourmentait beaucoup Mesdames de Sarcagnes, de Vaulacelles et de Bridoie. Dans quelques jours allaient commencer les vacances, et il s’agissait de faire venir leurs fils élevés chez les Jésuites et chez les Dominicains.
Or ces dames n’avaient point envie d’entreprendre elles-mêmes le voyage pour ramener leurs descendants, et elles ne connaissaient justement personne qu’elles pussent charger de ce soin délicat. On touchait aux derniers jours de juillet. Paris était vide. Elles cherchaient, sans trouver, un nom qui leur offrît les garanties désirées.
Leur embarras s’augmentait de ce qu’une vilaine affaire de mœurs avait eu lieu quelques jours auparavant dans un wagon. Et ces dames demeuraient persuadées que toutes les filles de la capitale passaient leur existence dans les rapides, entre l’Auvergne et la gare de Lyon. Les échos de Gil Blas, d’ailleurs, au dire M. de Bridoie, signalaient la présence à Vichy, au Mont-Dore et à la Bourboule, de toutes les horizontales connues et inconnues. Pour y être, elles avaient dû y venir en wagon ; et elles s’en retournaient indubitablement encore en wagon ; elles devaient même s’en retourner sans cesse pour revenir tous les jours. C’était donc un va-et-vient continu d’impures sur cette maudite ligne. Ces dames se désolaient que l’accès des gares ne fût pas interdit aux femmes suspectes.
Or, Roger de Sarcagnes avait quinze ans, Gontran de Vaulacelles treize ans et Roland de Bridoie onze ans. Que faire ? Elles ne pouvaient pas, cependant, exposer leurs chers enfants au contact de pareilles créatures. Que pouvaient-ils entendre, que pouvaient-ils voir, que pouvaient-ils apprendre, s’ils passaient une journée entière, ou une nuit, dans un compartiment qui enfermerait, peut-être, une ou deux de ces drôlesses avec un ou deux de leurs compagnons ?
La situation semblait sans issue, quand Madame de Martinsec vint à passer. Elle s’arrêta pour dire bonjour à ses amies qui lui racontèrent leurs angoisses.
— Mais c’est bien simple, s’écria-t-elle, je vais vous prêter l’abbé. Je peux très bien m’en passer pendant quarante-huit heures. L’éducation de Rodolphe ne sera pas compromise pour si peu. Il ira chercher vos enfants et vous les ramènera.
Il fut donc convenu que l’abbé Lecuir, un jeune prêtre, fort instruit, précepteur de Rodolphe de Martinsec, irait à Paris, la semaine suivante, chercher les trois jeunes gens.
L’abbé partit donc le vendredi ; et il se trouvait à la gare de Lyon le dimanche matin pour prendre, avec ses trois gamins, le rapide de huit heures, le nouveau rapide-direct organisé depuis quelques jours seulement, sur la réclamation générale de tous les baigneurs de l’Auvergne.
Il se promenait sur le quai de départ, suivi de ses collégiens, comme une poule de ses poussins, et il cherchait un compartiment vide ou occupé par des gens d’aspect respectable, car il avait l’esprit hanté par toutes les recommandations minutieuses que lui avaient faites Mesdames de Sarcagnes, de Vaulacelles et de Bridoie.
Or il aperçut tout à coup devant une portière un vieux monsieur et une vieille dame à cheveux blancs qui causaient avec une autre dame installée dans l’intérieur du wagon. Le vieux monsieur était officier de la Légion d’honneur ; et ces gens avaient l’aspect le plus comme il faut. « Voici mon affaire », pensa l’abbé. Il fit monter les trois élèves et les suivit.
La vieille dame disait :
— Surtout soigne-toi bien, mon enfant.
La jeune répondit :
— Oh ! oui, maman, ne crains rien.
— Appelle le médecin aussitôt que tu te sentiras souffrante.
— Oui, oui, maman.
— Allons, adieu, ma fille.
— Adieu, maman.
Il y eut une longue embrassade, puis un employé ferma les portières et le train se mit en route.
Ils étaient seuls. L’abbé, ravi, se félicitait de son adresse, et il se mit à causer avec les jeunes gens qui lui étaient confiés. Il avait été convenu, le jour de son départ, que Madame de Martinsec l’autoriserait à donner des répétitions pendant toutes les vacances à ces trois garçons, et il voulait sonder un peu l’intelligence et le caractère de ses nouveaux élèves.
Roger de Sarcagnes, le plus grand, était un de ces hauts collégiens poussés trop vite, maigres et pâles, et dont les articulations ne semblent pas tout à fait soudées. Il parlait lentement, d’une façon naïve.
Gontran de Vaulacelles, au contraire, demeurait tout petit, trapu, et il était malin, sournois, mauvais et drôle. Il se moquait toujours de tout le monde, avait des mots de grande personne, des répliques à double sens qui inquiétaient ses parents.
Le plus jeune, Roland de Bridoie, ne paraissait montrer aucune aptitude pour rien : C’était une bonne petite bête qui ressemblerait à son papa.
L’abbé les avait prévenus qu’ils seraient sous ses ordres pendant ces deux mois d’été : et il leur fit un sermon bien senti sur leurs devoirs envers lui, sur la façon dont il entendait les gouverner, sur la méthode qu’il emploierait envers eux.
C’était un abbé d’âme droite et simple, un peu phraseur et plein de systèmes.
Son discours fut interrompu par un profond soupir que poussa leur voisine. Il tourna la tête vers elle. Elle demeurait assise dans son coin, les yeux fixes, les joues un peu pâles. L’abbé revint à ses disciples.
Le train roulait à toute vitesse, traversait des plaines, des bois, passait sous des ponts et sur des ponts, secouait de sa trépidation frémissante le chapelet de voyageurs enfermés dans les wagons.
Gontran de Vaulacelles, maintenant, interrogeait l’abbé Lecuir sur Royat, sur les amusements du pays. Y avait-il une rivière ? Pouvait-on pêcher ? Aurait-il un cheval, comme l’autre année ? etc.
La jeune femme, tout à coup, jeta une sorte de cri, un « ah ! » de souffrance vite réprimé.
Le prêtre, inquiet, lui demanda :
— Vous sentez-vous indisposée, Madame ?