Maupassant
- Автор: Де Мопассан Ги
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Editions Neuchateloises
- ISBN: ASIN: B005HFL90I
- Жанр: Другая драматургия
Электронная книга - «Maupassant». Краткое содержание книги:
Au-delà d’une simple compilation, « Maupassant : Œuvres complètes » constitue également un formidable outil de recherche, facile et agréable à utiliser pour quiconque s’intéresse à l’œuvre de Guy de Maupassant. Pour le simple lecteur, il est une source de plaisir et de curiosité quasiment inépuisable.
• Edition complétée d’une étude de l’éditeur.
• Edition enrichie de notes explicatives interactives.
Elle répondit : — Non, non, Monsieur l’abbé, ce n’est rien, une légère douleur, ce n’est rien. Je suis un peu malade depuis quelque temps, et le mouvement du train me fatigue.
Sa figure était devenue livide, en effet.
Il insista : — Si je puis quelque chose pour vous, Madame ?…
— Oh ! non, rien du tout, Monsieur l’abbé. Je vous remercie.
Le prêtre reprit sa causerie avec ses élèves, les préparant à son enseignement et à sa direction.
Les heures passaient. Le convoi s’arrêtait de temps en temps, puis repartait. La jeune femme, maintenant, paraissait dormir et elle ne bougeait plus, enfoncée en son coin. Bien que le jour fût plus qu’à moitié écoulé, elle n’avait encore rien mangé. L’abbé pensait : « Cette personne doit être bien souffrante. »
Il ne restait plus que deux heures de route pour atteindre Clermont-Ferrand, quand la voyageuse se mit brusquement à gémir. Elle s’était laissée presque tomber de sa banquette et, appuyée sur les mains, les yeux hagards, les traits crispés, elle répétait : « Oh ! mon Dieu ! oh ! mon Dieu ! »
L’abbé s’élança :
— Madame… Madame… Madame, qu’avez-vous ?
Elle balbutia : — Je… je… crois que… que… que je vais accoucher. Et elle commença aussitôt à crier d’une effroyable façon. Elle poussait une longue clameur affolée qui semblait déchirer sa gorge au passage, une clameur aiguë, affreuse, dont l’intonation sinistre disait l’angoisse de son âme et la torture de son corps.
Le pauvre prêtre éperdu, debout devant elle, ne savait que faire, que dire, que tenter, et il murmurait : « Mon Dieu, si je savais… Mon Dieu, si je savais ! » Il était rouge jusqu’au blanc des yeux ; et ses trois élèves regardaient avec stupeur cette femme étendue qui criait.
Tout à coup, elle se tordit, élevant ses bras sur sa tête, et son flanc eut une secousse étrange, une convulsion qui la parcourut.
L’abbé pensa qu’elle allait mourir, mourir devant lui privée de secours et de soins, par sa faute. Alors il dit d’une voix résolue :
— Je vais vous aider, Madame. Je ne sais pas… mais je vous aiderai comme je pourrai. Je dois mon assistance à toute créature qui souffre.
Puis, s’étant retourné vers les trois gamins, il cria :
— Vous — vous allez passer vos têtes à la portière ; et si un de vous se retourne, il me copiera mille vers de Virgile.
Il abaissa lui-même les trois glaces, y plaça les trois têtes, ramena contre le cou les rideaux bleus, et il répéta :
— Si vous faites seulement un mouvement, vous serez privés d’excursions pendant toutes les vacances. Et n’oubliez point que je ne pardonne jamais, moi.
Et il revint vers la jeune femme, en relevant les manches de sa soutane.
Elle gémissait toujours, et, par moments, hurlait. L’abbé, la face cramoisie, l’assistait, l’exhortait, la réconfortait, et, sans cesse, il levait les yeux vers les trois gamins qui coulaient des regards furtifs, vite détournés, vers la mystérieuse besogne accomplie par leur nouveau précepteur.
— Monsieur de Vaulacelles, vous me copierez vingt fois le verbe « désobéir » ! — criait-il.
— Monsieur de Bridoie, vous serez privé de dessert pendant un mois.
Soudain la jeune femme cessa sa plainte persistante, et presque aussitôt un cri bizarre et léger qui ressemblait à un aboiement et à un miaulement fit retourner, d’un seul élan, les trois collégiens persuadés qu’ils venaient d’entendre un chien nouveau né.
L’abbé tenait dans ses mains un petit enfant tout nu. Il le regardait avec des yeux effarés ; il semblait content et désolé, prêt à rire et prêt à pleurer ; on l’aurait cru fou, tant sa figure exprimait de choses par le jeu rapide des yeux, des lèvres et des joues.
Il déclara, comme s’il eût annoncé à ses élèves une grande nouvelle :
— C’est un garçon.
Puis aussitôt il reprit :
— Monsieur de Sarcagnes, passez-moi la bouteille d’eau qui est dans le filet. — Bien. — Débouchez-la. — Très bien. — Versez-m’en quelques gouttes dans la main, seulement quelques gouttes. — Parfait.
Et il répandit cette eau sur le front nu du petit être qu’il portait, en prononçant :
« Je te baptise, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il. »
Le train entrait en gare de Clermont. La figure de Madame de Bridoie apparut à la portière. Alors l’abbé, perdant la tête, lui présenta la frêle bête humaine qu’il venait de cueillir, en murmurant : « C’est Madame qui vient d’avoir un petit accident en route. »
Il avait l’air d’avoir ramassé cet enfant dans un égout ; et, les cheveux mouillés de sueur, le rabat sur l’épaule, la robe maculée, il répétait : « Ils n’ont rien vu — rien du tout, — j’en réponds. — Ils regardaient tous trois par la portière. — J’en réponds, — ils n’ont rien vu. »
Et il descendit du compartiment avec quatre garçons au lieu de trois qu’il était allé chercher, tandis que Mesdames de Bridoie, de Vaulacelles et de Sarcagnes, livides, échangeaient des regards éperdus, sans trouver un seul mot à dire.
Le soir, les trois familles dînaient ensemble pour fêter l’arrivée des collégiens. Mais on ne parlait guère ; les pères, les mères et les enfants eux-mêmes semblaient préoccupés.
Tout à coup, le plus jeune, Roland de Bridoie, demanda :
— Dis, maman, où l’abbé l’a-t-il trouvé, ce petit garçon ?
La mère ne répondit pas directement.
— Allons, dîne, et laisse-nous tranquilles avec tes questions.
Il se tut quelques minutes, puis reprit :
— Il n’y avait personne que cette dame qui avait mal au ventre. C’est donc que l’abbé est prestidigitateur, comme Robert Houdin qui fait venir un bocal de poissons sous un tapis.
— Tais-toi, voyons. C’est le bon Dieu qui l’a envoyé.
— Mais où l’avait-il mis, le bon Dieu ? Je n’ai rien vu, moi. Est-il entré par la portière, dis ?
Madame de Bridoie, impatientée, répliqua : — Voyons, c’est fini, tais-toi. Il est venu sous un chou comme tous les petits enfants. Tu le sais bien.
— Mais il n’y avait pas de chou dans le wagon ?
Alors Gontran de Vaulacelles, qui écoutait avec un air sournois, sourit et dit :
— Si, il y avait un chou. Mais il n’y a que Monsieur l’abbé qui l’a vu.
ÇA IRA
J’étais descendu à Barviller uniquement parce que j’avais lu dans un guide (je ne sais plus lequel) : Beau musée, deux Rubens, un Téniers, un Ribera.
Donc je pensais : Allons voir ça. Je dînerai à l’hôtel de l’Europe, que le guide affirme excellent, et je repartirai le lendemain.
Le musée était fermé : on ne l’ouvre que sur la demande des voyageurs ; il fut donc ouvert à ma requête, et je pus contempler quelques croûtes attribuées par un conservateur fantaisiste aux premiers maîtres de la peinture.
Puis je me trouvai tout seul, et n’ayant absolument rien à faire, dans une longue rue de petite ville inconnue, bâtie au milieu de plaines interminables, je parcourus cette artère, j’examinai quelques pauvres magasins ; puis, comme il était quatre heures, je fus saisi par un de ces découragements qui rendent fous les plus énergiques.
Que faire ? Mon Dieu, que faire ? J’aurais payé cinq cents francs l’idée d’une distraction quelconque ! Me trouvant à sec d’inventions, je me décidai, tout simplement, à fumer un bon cigare et je cherchai le bureau de tabac. Je le reconnus bientôt à sa lanterne rouge, j’entrai. La marchande me tendit plusieurs boîtes au choix ; ayant regardé les cigares, que je jugeai détestables, je considérai, par hasard, la patronne.