Moby Dick
- Автор: Мелвилл Герман
- Язык: французский
- Жанр: Морские приключения
Электронная книга - «Moby Dick». Краткое содержание книги:
Faut-il présenter ce livre mythique, magnifique aventure, suspense prenant qui nous amène peu à peu à l'apocalypse finale, parabole chargée de thèmes universels et nouvelle Bible aux accents prophétiques.
En 1825, Bernard Germain, comte de Lacépède, un grand naturaliste, a publié un ouvrage scientifique dans lequel il propose une nomenclature des baleines, où l’on trouve plusieurs représentations des différentes espèces de léviathans. Non seulement elles sont incorrectes mais encore, de la Mysticetus ou Baleine du Groenland (c’est-à-dire la baleine franche), Scoresby lui-même, qui avait une grande expérience de celle-ci, déclare qu’elle ne ressemble en rien à celles qu’il a vues.
La palme de la maladresse revient à Frédéric Cuvier, homme de science et frère du fameux Baron. En 1836, il a publié une Histoire Naturelle des Cétacés, dans laquelle il donne ce qu’il appelle une image du cachalot. Avant de la montrer à Nantucket, tenez-vous prêt à en déguerpir. En un mot, le cachalot de Cuvier n’est pas un cachalot, c’est une courge. Bien sûr, il n’a pas eu la chance de faire une expédition baleinière, de tels hommes ont rarement cette chance, mais nul ne sait ce qui lui a inspiré ce dessin, peut-être qu’à l’instar de son prédécesseur dans ce domaine, Desmaret, il a puisé ce monstre à la source des dessins chinois. Des tasses et sous-tasses suffisent à nous prouver la verve imaginative de ces Chinois lorsqu’ils ont un pinceau entre les mains.
Quant aux enseignes qui se balancent dans les rues devant les portes des marchands d’huile, qu’en dire? Les baleines y ressemblent à Richard III, sont bossues comme des dromadaires, ont un air féroce, et déjeunent d’une tarte de matelots, c’est-à-dire d’une baleinière avec tout son équipage, croquent deux ou trois hommes et, difformes, barbotent dans des mers de sang et de peinture bleue.
Mais toutes ces erreurs ne sont pas étonnantes, après tout. Pensez-y! La plupart de ces dessins ont été faits d’après des poissons échoués, ce qui équivaut à représenter un navire d’après une épave. Comment dès lors, l’échiné brisée, le noble animal aurait-il la fringante fierté de sa coque et de sa mâture? Si les éléphants ont posé en pied, jusqu’à ce jour, le léviathan n’est pas encore sorti de l’eau pour faire faire son portrait. La baleine vivante, dans toute sa majesté et dans toute sa signification, ne peut être vue que dans les profondeurs insondables. Lorsqu’elle vient en surface, sa quille énorme demeure invisible comme celle d’un vaisseau de ligne dès qu’il a été lancé et, hors de cet élément il sera à jamais impossible à l’homme mortel de la hisser en l’air tout en lui conservant ses courbes puissantes et son rythme onduleux. Je ne parle pas de la différence de forme qui existe sans aucun doute entre un baleineau à la mamelle et un léviathan adulte et idéal; d’ailleurs même lorsqu’un de ces nourrissons a été halé sur le pont d’un navire, sa forme est tellement insolite, souple et changeante que le diable lui-même ne saurait la définir.
On pourrait penser que d’après le squelette d’un cétacé échoué, sa forme exacte pourrait être évoquée avec justesse, il n’en est rien. Car c’est l’une des caractéristiques les plus curieuses du léviathan que son squelette ne donne qu’une faible idée de son aspect général. Si le squelette de Jérémie Bentham, qui fait office de candélabre dans la bibliothèque de l’un de ses exécuteurs testamentaires, donne une idée juste d’un vieux monsieur au front solide nourrissant des idées utilitaires, ainsi que toutes les caractéristiques marquantes dudit Jérémie, les articulations d’aucun léviathan ne sont susceptibles de pareilles révélations. En fait, comme le dit le grand Hunter, le seul squelette de la baleine a autant de rapport avec l’animal bien en chair que l’insecte avec la chrysalide ronde qui l’emmaillote. La tête le démontrera particulièrement bien comme nous le verrons incidemment au cours de ce récit. Ces nageoires pectorales en sont aussi une illustration intéressante, leurs os correspondant presque exactement à ceux de la main humaine, pouce en moins. Une nageoire pectorale a quatre doigts osseux, l’index, le majeur, l’annulaire et l’auriculaire, mais ils sont enfouis dans leur vêtement de chair comme les doigts des hommes dans des moufles. Comme le disait un jour Stubb, l’humoriste: «Si cavalièrement que la baleine nous traite parfois, on ne pourra pourtant jamais dire qu’elle n’y met pas de gants.»
Pour toutes ces raisons, sous quelque angle que vous envisagiez la question, vous êtes obligé d’arriver à cette conclusion que le grand léviathan est l’unique créature au monde dont personne ne fera jamais le portrait. Il est vrai qu’un portrait peut être plus ressemblant qu’un autre, mais aucun ne peut prétendre à une exactitude parfaite, de sorte qu’il n’y a aucun moyen de découvrir de quoi a réellement l’air une baleine. La seule manière de vous faire une idée convenable de sa forme vivante, c’est d’aller vous-même à la pêche, et, ce faisant, vous ne risquez pas peu d’être défoncé et envoyé par le fond par ses soins. Il me semble dès lors qu’il vaudrait mieux pour vous de n’avoir point une curiosité trop pointilleuse au sujet du léviathan.
CHAPITRE LVI Représentations moins fausses de baleines et tableaux véridiques de scènes de pêche à la baleine
À propos des représentations monstrueuses des cétacés, je suis bien tenté d’aborder ici les histoires encore plus aberrantes, qu’on peut trouver à leur sujet dans des livres anciens et modernes, en particulier dans Pline, Purchas, Hackluyt, Harris, Cuvier, etc. Mais laissons.
Je ne connais que quatre dessins du grand cachalot qui aient été publiés, ceux de Colnett, Huggins, Frédéric Cuvier et Beale. Nous avons parlé dans le précédent chapitre de ceux de Colnett et de Cuvier. Celui d’Huggins est bien meilleur que les leurs, mais celui de Beale est de loin supérieur. Tous les dessins de ce cétacé par Beale sont bons, sauf la figure centrale de trois d’entre eux, en diverses attitudes en tête de son second chapitre. Son frontispice, des baleinières à l’assaut de cachalots, bien que visant sans doute à éveiller un scepticisme poli dans les salons est parfaitement exact et donne le sentiment de la réalité. Quelques-uns des dessins du cachalot de J. Ross Browne sont joliment corrects mais misérablement gravés. Il n’en peut mais toutefois.
Scoresby a donné les meilleurs dessins de la baleine franche mais ils sont à une trop petite échelle pour produire l’impression souhaitable. Triste lacune, il ne montre qu’une scène de chasse, or ce sont de telles figurations seules qui, si elles sont à peu près bien faites, peuvent donner quelque idée juste du cétacé vivant tel que le voient ses vivants chasseurs.
Mais, à tout prendre, et bien que certains détails laissent à désirer, les représentations de baleines et de scènes de chasse de loin les mieux réussies sont celles qu’en donnent deux grandes estampes françaises fort bien reproduites d’après les toiles d’un certain Garneray. L’une illustre l’attaque livrée à un cachalot, l’autre à une baleine franche. La première montre un cachalot dans toute la majesté de sa puissance déployée, émergeant des profondeurs de l’Océan juste sous la pirogue et soulevant dans les airs l’épave terrifiante de l’embarcation brisée; la proue presque intacte se balance sur l’échine du monstre et, debout à cette étrave, pour cet unique et incalculable instant, un rameur à demi voilé par le bouillonnement furieux du souffle s’apprête à plonger comme du haut d’une falaise. L’action est admirablement rendue dans sa vérité. La baille à ligne flotte à demi vide sur les flots blanchis, les manches des harpons répandus se dressent sur l’eau, les visages des hommes nageant autour de la baleine expriment la terreur cependant que dans le lointain orageux et sombre s’avance le navire. On pourrait relever des fautes de détails anatomiques dans ce cachalot, mais passons-les sous silence car, de ma vie, je n’en pourrais dessiner un aussi bien.