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Julian [Julian Comstock: A Story of 22-nd Century America - fr]

Электронная книга - «Julian [Julian Comstock: A Story of 22-nd Century America - fr]». Краткое содержание книги:

Apostat. Fugitif. Conquérant.
Il s’appelle Julian Comstock ; il est le neveu du président des États-Unis.
Son père, le général Bryce Comstock, a été pendu pour trahison (on murmure qu’il était innocent de ce crime).
Julian est né dans une Amérique à jamais privée de pétrole, une Amérique étendue à soixante états, tenue de main de maître par l’Église du Dominion. Un pays en ruine, exsangue, en guerre au Labrador contre les forces mitteleuropéennes. Un combat acharné pour exploiter les ultimes ressources naturelles nord-américaines.
On le connaît désormais sous le nom de Julian l’agnostique ou (comme son oncle) de Julian le Conquérant.
Ceci est l’histoire de ce qu’il a cru bon et juste, l’histoire de ses victoires et défaites, militaires et politiques.
Fresque post-apocalyptique, western du XXIIe siècle, fulgurant hommage à Mark Twain, Julian est le plus atypique des romans de Robert Charles Wilson. Une réussite majeure et une critique sans concession des politiques environnementales actuelles.
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Calyxa m’a aussi rappelé que je ne savais pas m’en servir. Il fallait un certain savoir-faire. Si je pouvais, pour chaque lettre, chercher puis enfoncer la touche correspondante, c’était une manière quelque peu laborieuse de parvenir à un résultat. Calyxa m’a indiqué avoir vu un manuel intitulé Apprenez vous-même à taper à la machine chez Grogan et je lui ai promis de m’en acheter un exemplaire, même s’il coûtait aussi cher qu’un roman de Charles Curtis Easton.

Bien qu’elle eût fait preuve de cynisme concernant la machine à écrire, elle a appris avec un ravissement sincère que j’avais signé un contrat pour mon roman et que les droits d’auteur de Dornwood sur Julian Commongold m’étaient attribués. En d’autres termes, nous aurions de l’argent à nous, avec la promesse d’en obtenir davantage à l’avenir.

« Inutile donc de nous enfuir à Buffalo, a-t-elle dit.

— Nous pouvons subvenir à nos besoins à New York. Tu peux chanter ou pas dans les cafés, comme il te plaira.

— À supposer que nous survivions à la fête de l’Indépendance au palais exécutif. »

J’aurais préféré qu’elle s’abstînt d’en parler. « Julian est presque certain qu’il ne nous y sera fait aucun mal.

— Presque certain… C’est presque rassurant. »

Il y a eu cette nuit-là dans la rue des bruits semblables à des coups de feu.

Je me suis levé pour aller voir à la fenêtre de la chambre, restée ouverte afin d’atténuer la chaleur dans les étages supérieurs de la demeure, en dépit de l’absence totale de vent.

J’ai glissé la tête à l’extérieur. Manhattan s’étalait silencieuse dans l’obscurité du milieu de la nuit. J’entendais le bruissement des drapeaux et le crissement des insectes. L’ossature des Gratte-Ciel découpait des silhouettes anguleuses sur fond d’étoiles, et ici ou là couvait la lueur fulgurante de fonderies au loin. En bas, dans les écuries annexes à la maison, un cheval insomniaque a reniflé et tapé du fer sur le sol.

D’autres explosions ont retenti, accompagnées d’un rire étouffé. Un groupe de cinq ou six garçons a surgi d’entre deux maisons, des mèches allumées dans les mains. Des voix outragées les ont hélés depuis d’autres fenêtres.

Ce que j’avais pris pour des coups de feu n’était que le bruit de pétards jetés par des petits polissons qui prenaient de l’avance sur le 4 Juillet. Julian et moi avions joué le même genre de tours à Williams Ford dans notre enfance. Les fermiers nous en avaient voulu, pour qui nos explosions asséchaient le pis de leurs vaches.

Je n’ai pu réussir à me mettre en colère.

L’odeur de poudre noire est entrée avec l’air nocturne. Calyxa s’est agitée et a demandé d’une voix endormie s’il y avait le feu quelque part. « Ça sent comme si toute la ville brûlait, a-t-elle murmuré.

— Simples sottises de gamins », l’ai-je rassurée.

J’ai frissonné, malgré la chaleur de la nuit, j’ai fermé la fenêtre et je suis retourné me coucher.

4

Durant les jours qui ont précédé la fête de l’Indépendance, j’ai rédigé une Introduction spéciale à l’édition revue et corrigée des Aventures du capitaine Commongold (Qu’on sait désormais être Julian Comstock), jeune héros du Saguenay, et remplacé toutes les virgules supprimées ou mal placées par M. Theodore Dornwood. En ce qui concerne cette Introduction, j’ai suivi les conseils de Sam Godwin, qui trouvait très important qu’elle n’insultât pas le Président en titre et lui tressât plutôt quelques lauriers.

Je n’en avais aucune envie. Après tout ce que Julian avait raconté sur son oncle, cela ressemblait à de l’hypocrisie. Comme je l’ai dit à Sam.

« C’est de l’hypocrisie. Et même un mensonge. Mais c’est pour le bien de Julian. Ça pourrait lui sauver la vie, ou du moins la prolonger. »

Je pouvais donc difficilement refuser, car il s’agissait du même document qui avait en premier lieu mis Julian en péril, et qu’il pût à présent servir à le protéger n’allait pas pour me déplaire. J’ai donc écrit que Julian s’était enrôlé dans l’armée des Laurentides sous un nom d’emprunt « afin de ne pas bénéficier du régime de faveur qu’on aurait pu accorder au neveu du Président, mais d’être traité comme un soldat du rang ordinaire ». Non que Deklan Comstock s’abaisserait jamais à influencer les militaires afin d’obtenir une meilleure position pour Julian : « Le Président estime sans nul doute, tout comme Julian, qu’un homme doit se distinguer par ses propres qualités et son propre comportement, plutôt que par ceux d’un autre. Julian craignait qu’un officier pût le favoriser pour essayer de s’insinuer dans les bonnes grâces des Comstock et il refusait par fierté comme par patriotisme tout privilège immérité. » Julian, ai-je écrit, voulait parvenir à l’héroïsme, s’il y parvenait, « de la même manière que Deklan le Conquérant : grâce à ses actes et sans aide extérieure ».

Quand il a lu ces lignes, Julian a grimacé et estimé que je devrais travailler pour le Dominion, vu mon aisance dans le mensonge flatteur, mais Sam l’a réprimandé en expliquant que j’avais inclus ce passage sur son insistance.

« J’ai passé du temps avec des officiers militaires en permission de l’armée des Laurentides, a indiqué Sam. Deklan Comstock suscite un fort mécontentement dans les rangs supérieurs, particulièrement dans l’entourage du général Galligasken. Le Président essaye de diriger l’armée comme un tyran, ordonne des attaques et stratégies bizarres de sa propre invention, et quand elles échouent, ce qui est presque inévitable, il punit un malchanceux général de division ou le remplace par un autre plus servile. Notre réussite à Chicoutimi n’est hélas pas représentative de l’évolution globale de la guerre. L’armée des Laurentides ne peut continuer à subir des pertes aussi importantes… Pour éviter un effondrement complet, le Président va devoir rappeler des anciens combattants, ou bien préparer une nouvelle conscription. Je vous le dis dans la plus stricte confidence : si nous pouvons apaiser Deklan le Conquérant, même temporairement, nous pourrions aussi lui survivre. »

C’était des nouvelles troublantes, malgré leur côté positif, mais je ne pouvais rien y faire. Julian les a accueillies d’un hochement de tête et d’un froncement de sourcils.

Plus tard dans la journée, j’ai demandé à Sam s’il avait eu des contacts avec les Juifs de New York, plutôt nombreux… J’en avais vu se rendre tout de noir vêtus à leurs offices du samedi, dans une enclave près du quartier égyptien[61].

« Je pouvais me permettre de telles fréquentations à Montréal, m’a-t-il répondu. En tant que Sam Godwin, je suis bien trop connu pour m’y risquer.

— Quel serait le risque ? Le judaïsme est légal dans cet État, il me semble ?

— Légal, mais à peine respectable. » Sam et moi flânions sur Broadway, non pour l’exercice, mais afin de converser sans craindre que notre conversation parvînt aux oreilles des domestiques. Le fracas des roues de chariots et des sabots des chevaux, auquel s’ajoutait le claquement des bannières de la fête de l’Indépendance, rendait impossible à quiconque d’entendre ce que nous disions… nous avions d’ailleurs nous-mêmes du mal à nous comprendre.

« Quelle importance, la respectabilité ? » En étant moi-même fort peu pourvu, je n’étais guère enclin à accorder de valeur à cette marchandise.

« Aucune pour moi personnellement, mais elle compte beaucoup pour certaines des personnes avec qui je traite. Les militaires, bien entendu. Le Dominion, ça va sans dire. Ce que j’ai fait au nom de Julian, je ne peux continuer à le faire si tout le monde finit par me connaître comme juif pratiquant. Et même dans ma vie privée…

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61

J’ai d’abord cru que les immigrés égyptiens étaient juifs aussi, puisque les uns comme les autres adoraient dans d’étranges temples, mais Sam m’a expliqué que je me fourvoyais.

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