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Julian [Julian Comstock: A Story of 22-nd Century America - fr]

Электронная книга - «Julian [Julian Comstock: A Story of 22-nd Century America - fr]». Краткое содержание книги:

Apostat. Fugitif. Conquérant.
Il s’appelle Julian Comstock ; il est le neveu du président des États-Unis.
Son père, le général Bryce Comstock, a été pendu pour trahison (on murmure qu’il était innocent de ce crime).
Julian est né dans une Amérique à jamais privée de pétrole, une Amérique étendue à soixante états, tenue de main de maître par l’Église du Dominion. Un pays en ruine, exsangue, en guerre au Labrador contre les forces mitteleuropéennes. Un combat acharné pour exploiter les ultimes ressources naturelles nord-américaines.
On le connaît désormais sous le nom de Julian l’agnostique ou (comme son oncle) de Julian le Conquérant.
Ceci est l’histoire de ce qu’il a cru bon et juste, l’histoire de ses victoires et défaites, militaires et politiques.
Fresque post-apocalyptique, western du XXIIe siècle, fulgurant hommage à Mark Twain, Julian est le plus atypique des romans de Robert Charles Wilson. Une réussite majeure et une critique sans concession des politiques environnementales actuelles.
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— Tout à fait, a glissé M. Wieland. Prenez par exemple ce domestique que vous m’avez vu corriger plus tôt dans la soirée. “Ce n’est qu’une roue cassée”, pourriez-vous penser. Mais laissez faire, et demain il y aura deux roues cassées, ou une dizaine.

— Oui, ça fonctionne selon cette logique, a convenu Palumbo.

— Logique qui, poussée à son terme, a dit Calyxa, pourrait indiquer que les hommes qui travaillent à leur corps défendant ne font pas les ouvriers les plus efficaces.

— Madame Hazzard ! Mon Dieu ! s’est exclamé Palumbo. Si les sous-contrats sont maussades, c’est uniquement parce qu’ils n’arrivent pas à se rendre compte de la chance qu’ils ont. Avez-vous ce film populaire, Le Choix d’Eula ?

— Oui, mais je ne vois pas le rapport.

— Il explique très succinctement les origines du système des contrats. Un marché a été conclu vers la fin de la Fausse Affliction, les mêmes termes ont cours aujourd’hui.

— Croyez-vous en la théorie de la Dette Héritable, monsieur Palumbo ?

— “La Dette Héritable” est l’expression utilisée par les radicaux. Vous devriez vous montrer plus prudente dans vos lectures, madame Hazzard.

— C’est une question de possession, a coupé Wieland.

— Exactement, a dit Calyxa, car les sous-contrats n’en ont aucune… en réalité, ce sont des possessions.

— Pas du tout. Vous calomniez les personnes que vous entendez défendre. Bien entendu qu’ils ont des possessions : leur corps, leur savoir-faire, quand ils en ont, et leur capacité à travailler. S’ils n’ont pas l’air de posséder ces choses, c’est uniquement parce que la marchandise a déjà été vendue. Ça s’est passé comme dans le film mentionné par M. Palumbo. Les réfugiés de la Chute des Villes ont troqué les seuls biens qu’ils possédaient – leurs mains, leurs cœurs et leurs votes – contre de la nourriture et un abri en une époque difficile.

— Une personne ne devrait pas pouvoir se vendre elle-même, a estimé Calyxa, et encore moins vendre son vote.

— Si une personne se possède elle-même, alors elle doit pouvoir se vendre. Quel serait sinon le sens du mot possession ? Quant au vote, il n’en est pas privé, son droit de vote existe toujours, il l’a juste transmis à son employeur terrien, qui l’exerce pour lui.

— Oui, afin que les Propriétaires puissent contrôler cette chose lamentable qui nous sert de Sénat… »

C’était peut-être la parole de trop. Les têtes de certains des convives placés à proximité se sont tournées dans notre direction et Calyxa a rougi en baissant le ton. « Je veux dire, ce sont des opinions que j’ai lues. De toute manière, le marché que vous décrivez a été conclu il y a plus d’un siècle, s’il l’a vraiment été. De nos jours, les gens naissent déjà sous contrat.

— Une dette est une dette, madame Hazzard. L’obligation ne cesse pas simplement parce qu’un homme a eu la malchance de mourir. Si vos possessions passent de droit à ceux qui vous survivent, il en est de même pour vos obligations. Qu’avez-vous lu qui vous a laissée en proie à de tels malentendus ?

— Un certain… Parmentier, je crois, a indiqué Calyxa en feignant l’innocence.

— Parmentier ! Ce terroriste européen ! Dieu du Ciel, madame Hazzard, vous avez vraiment besoin qu’on vous guide dans vos études ! » Wieland m’a jeté un coup d’œil accusateur.

« J’ai recommandé les romans de M. Charles Curtis Easton, ai-je indiqué.

— L’extension de l’alphabétisation, voilà le problème, a estimé Palumbo. Oh, je suis tout à fait favorable à un degré raisonnable d’alphabétisation… Un journaliste de profession comme vous, monsieur Hazzard, partage sûrement cette opinion. Mais c’est une tendance contagieuse. Elle se répand, et le mécontentement avec elle. Laissez entrer un homme qui sait lire et écrire, il apprendra à le faire aux autres et ils ne liront pas les œuvres approuvées par le Dominion, mais de la pornographie, ou les publications bon marché de la pire espèce, ou encore des tracts politiques séditieux. Parmentier ! Eh bien, madame Hazzard, il y a tout juste une semaine, j’ai acheté à un planteur d’Utica un lot de trois cents hommes dont le prix semblait avantageux. Je les ai gardés un certain temps à l’écart du reste de mon cheptel, une espèce de période de quarantaine, et bien m’en a pris, car il s’est avéré que la lecture se propageait parmi eux et que des pamphlets parmentiéristes circulaient librement. Ce genre de chose peut ruiner une Propriété entière, si on la laisse se répandre sans y prendre garde. »

Calyxa n’a pas demandé ce que M. Palumbo avait fait pour empêcher que l’alphabétisation se répandît parmi son « cheptel », peut-être par crainte de la réponse. Son visage a toutefois trahi ses sentiments. Elle s’est tendue et j’ai redouté qu’elle fût sur le point de jeter une autre accusation sur son vis-à-vis, ou peut-être une fourchette. Par chance, on a alors débarrassé les assiettes à dessert.

Des boissons enivrantes ont circulé en abondance après le repas, dont de coûteuses abominations comme le Champagne et le Vin Rouge. J’ai gardé mes distances, même si les Eupatridiens s’en approchaient comme des chevaux d’un abreuvoir.

Deklan Comstock a fait une nouvelle apparition à un autre balcon d’intérieur – il préférait se placer à une hauteur de domination, d’après Julian – pour nous inviter à passer dans la salle de bal attenante, où l’orchestre jouerait des airs patriotiques. Nous avons obéi. La musique a commencé aussitôt et certains des Aristos, bien imbibés de liquides forts, ont commencé à danser. Je ne dansais pas, et Calyxa ne voulait pas, aussi avons-nous cherché une compagnie aimable, loin de MM. Wieland et Palumbo.

Nous avons trouvé de la compagnie – à moins qu’elle nous eût trouvés –, mais elle n’a rien eu d’agréable, en fin de compte.

« Monsieur Hazzard », a dit une voix retentissante.

En me retournant, j’ai découvert un homme en vêtements sacerdotaux.

J’ai supposé avoir affaire à un haut fonctionnaire du Dominion, car il portait un feutre à large rebord doublé d’argent, une sobre veste noire et une chemise de coton très soignée sur laquelle était brodée au fil d’or la mention Jean 3:16. Je n’ai pas reconnu son visage, rond et rougeaud. Il tenait un verre rempli à mi-hauteur d’un liquide ambre et son haleine m’a rappelé les alambics en cuivre que Ben Kreel découvrait et détruisait dans les quartiers des sous-contrats, à Williams Ford. Ses yeux brillaient à cause de la boisson ou de l’intrigue.

« Vous me connaissez, mais l’inverse n’est pas vrai, ai-je dit.

— Bien au contraire, je ne vous connais pas du tout, j’ai juste lu votre opuscule consacré à Julian Comstock et quelqu’un a eu l’amabilité de vous désigner à moi. » Il a tendu celle de ses mains qui ne tenait pas le verre. « Je m’appelle Simon Hollingshead, je suis diacre dans le diocèse de Colorado Springs. »

Il a annoncé cela comme on dit une banalité. Ce n’en était pas une. Ce titre simple donnait une fausse idée de son importante position dans la hiérarchie du Dominion. En réalité, les seuls ecclésiastiques placés au-dessus des diacres de Colorado Springs étaient les soixante-dix membres du Haut-Conseil du Dominion lui-même.

Le pasteur Hollingshead avait la main chaude et humide. Je l’ai lâchée dès que j’ai pu le faire sans offenser son propriétaire.

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