Les Pardaillan - Livre V - Pardaillan Et Fausta
- Автор: Зевако Мишель
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Les Pardaillan - Livre V - Pardaillan Et Fausta». Краткое содержание книги:
Don César, lui, avait été élevé, comme il était d’usage, en fervent pratiquant. Et bien qu’avec l’âge, le raisonnement, les lectures et la fréquentation de savants et de lettrés, ses sentiments religieux se fussent atténués au point de devenir quantité négligeable, il ne lui était cependant pas possible de se soustraire complètement aux idées de l’époque. Il répondit donc gravement:
– Ne dites pas cela, Giralda. C’est beaucoup au contraire. Vous échappez de ce fait à la menace d’hérésie suspendue sur votre tête. Vous n’avez plus à craindre l’horrible supplice dont vous étiez sans cesse menacée. Mais ne m’avez-vous pas dit que vous avez été enlevée sur l’ordre de cette princesse inconnue?
– Pas tout à fait. Quand je me suis vue aux mains de Centurion et de ses hommes, je fus prise d’un désespoir affreux. C’est que je pensai qu’on allait me livrer à l’horrible Barba-Roja. Jugez de ma surprise et de ma joie lorsque je me vis en présence d’une grande dame que je n’avais jamais vue, laquelle, avec des paroles de douceur, me rassura, me jura que je ne courais aucun danger et, mieux, que j’étais libre de me retirer à l’instant si je le désirais.
– Vous êtes restée pourtant! Pourquoi? Pourquoi cette princesse vous a-t-elle fait enlever? De quoi se mêle-t-elle et qu’avez-vous à faire avec elle? Elle vous connaissait donc? D’où? Comment?
Don César avait égrené le chapelet de ses questions avec une nervosité croissante. La Giralda, qui devinait ses pensées jalouses et qu’il souffrait, répondit avec une grande douceur:
– Que de questions, monseigneur! Oui, la princesse me connaissait. D’où? Comment? Celle qu’on a appelée la Giralda, un peu parce qu’elle a vécu ses premières années à l’ombre de la tour de ce nom, un peu à cause de la facilité avec laquelle elle tournait longtemps en dansant sur les places publiques, celle-là n’est-elle pas connue de tout Séville?
– C’est vrai, murmura don César, dépité.
– À proprement parler, la princesse ne m’a pas fait enlever. Elle m’a plutôt délivrée. Voici: vous savez que Centurion me guettait depuis longtemps. Sans l’intervention de M. de Pardaillan, il m’aurait même arrêtée tout récemment. Or, je ne sais pourquoi ni comment – car on ne me l’a pas dit – il se trouve que Centurion est employé aussi par la princesse et qu’il est sous sa dépendance beaucoup plus qu’il n’est sous celle de Barba-Roja. Centurion a dû dire à la princesse qu’il avait ordre de m’enlever et celle-ci lui a, à son tour, donné l’ordre de me conduire directement à elle. Ce qu’il a été contraint de faire.
– Pourquoi? Pourquoi cette princesse que vous ne connaissiez pas s’intéresse-t-elle ainsi à vous?
– Pur hasard! La princesse m’a vue. Elle a été frappée – c’est elle qui parle – de la grâce de mes danses et s’est informée de moi, sans que j’en aie jamais rien su. Riche et puissante comme elle est, elle a eu tôt fait de découvrir en quelques jours ce que je n’avais pu trouver en des années de recherches. Intéressée, elle a désiré me connaître de près; elle a profité de la première occasion qui s’est présentée à elle, avec d’autant plus d’empressement et de joie que, ce faisant, elle me tirait d’un grand danger.
– En sorte, dit El Torero en hochant la tête, que je lui suis redevable d’un grand service.
– Plus que vous ne croyez, César, dit gravement la Giralda. Enfin, pourquoi je suis restée quand j’étais libre de me retirer? Parce que la princesse m’a affirmé qu’il y avait danger de mort, pour quelqu’un que vous connaissez, à me rencontrer pendant une période de deux fois vingt-quatre heures. Parce que j’aime ce quelqu’un plus que ma propre vie et que dès l’instant où ma présence pouvait lui être mortelle je me serais plutôt ensevelie vive. Parce que la princesse enfin m’avait assuré que lorsque tout danger serait conjuré, ce quelqu’un serait avisé par ses soins et viendrait me chercher lui-même. Faut-il aussi vous nommer ce quelqu’un, don César? ajouta la Giralda avec un sourire malicieux.
Autant El Torero s’était montré inquiet, autant il était maintenant radieux.
Aussi accabla-t-il sa fiancée de remerciements et de protestations qui la firent rougir de plaisir.
Mais son humeur jalouse dissipée par les franches explications de la Giralda, ses transports un peu calmés, les paroles de sa fiancée ne laissèrent pas que de l’étonner grandement, et il s’écria:
– Cette princesse me connaît donc aussi? En quoi le pauvre diable que je suis peut-il l’intéresser? Et quel danger pouvait bien me menacer? Savez-vous que tout cela est fort étrange?
– Pas tant que vous le supposez. Je vous ai dit que la princesse est aussi bonne que belle: ce serait une raison suffisante pour expliquer l’intérêt qu’elle vous porte. Mais il y a mieux: elle sait qui vous êtes, elle connaît votre famille.
– Elle sait qui je suis? Elle connaît le nom de mon père?
– Oui, César, dit la Giralda, gravement.
– Elle vous a dit ce nom?
– Non! Ceci elle ne le dira qu’à vous.
– Elle vous a dit qu’elle me révélerait le mystère de ma naissance? demanda El Torero, frémissant d’espoir.
– Oui, seigneur, quand il vous plaira de le lui demander.
– Ah! s’écria El Torero, il me tarde d’être à demain pour aller voir cette princesse et l’interroger. Oh! savoir! savoir enfin qui je suis et ce qu’étaient les miens! reprit-il avec exaltation.
Pendant que les deux amoureux échangeaient leurs confidences sans prêter attention à lui, Cervantès se disait:
«Ouais! Qu’est-ce que cette princesse qui connaît tant de gens et possède tant de secrets? Et de quoi se mêle-t-elle d’aller révéler qui il est à ce malheureux prince? Elle ne se doute donc pas qu’une pareille révélation le condamne sûrement à mort! Comment empêcher cette inconnue de parler?»
Cependant ils arrivèrent à l’auberge de La Tour sans qu’il leur fût survenu rien de fâcheux.
Il était environ une heure et demie du matin. L’auberge, par conséquent, était silencieuse et obscure. Tous ses habitants étaient certainement plongés dans un sommeil réparateur.
El Chico, qui paraissait en proie à une morne tristesse, frappa à la porte extérieure du patio d’une manière spéciale, connue seulement d’intimes de la maison.
Contrairement à son attente, comme s’ils eussent été attendus, la porte s’ouvrit aussitôt et la petite Juana, la jolie fille de l’hôtelier Manuel, montra dans l’encadrement son fin visage à la fois inquiet et curieux.
En apercevant la jeune fille, El Chico devint très pâle. Il faut croire pourtant que le petit homme savait se maîtriser avec une énergie extraordinaire chez un être aussi débile; il faut croire qu’il savait dissimuler soigneusement ses impressions et ses sentiments, car, à part la teinte terreuse qui se répandit brusquement sur son visage bronzé, rien, dans son attitude, ne trahit l’émotion intense qui s’était emparée de lui.
Il redressa fièrement sa petite taille et adressa à la jeune fille ce sourire amical qu’on a pour les amis de longue date. Évidemment, Juana et El Chico se connaissaient depuis leur enfance.
Cependant, malgré sa fierté native, un observateur attentif eût démêlé dans l’attitude du nain, surtout dans le sourire comme résigné, dans l’expression tendre, comme voilée d’angoisse, cette pointe d’admiration à la fois humble et ardente que l’on a pour les êtres considérés comme d’une essence supérieure. Bref, dans les moments où il ne se croyait pas observé, El Chico avait devant la jeune fille l’attitude d’un dévot fervent adorant la Vierge.