Les Pardaillan - Livre V - Pardaillan Et Fausta
- Автор: Зевако Мишель
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Les Pardaillan - Livre V - Pardaillan Et Fausta». Краткое содержание книги:
Il est probable qu’ils seraient restés indéfiniment à se parler le langage muet des amoureux, si Cervantès n’avait été là. Il n’était pas amoureux, lui, et après avoir, en artiste qu’il était, accordé un coup d’œil admiratif au couple ravissant qu’il avait sous les yeux, il revint vite au sentiment de la réalité qui n’avait pas cessé d’être menaçante. Sans se soucier autrement de troubler l’extase des jeunes gens, il s’écria donc, sans façon:
– Et M. de Pardaillan! Il ne faudrait pourtant pas l’oublier!
Ramené brutalement à terre par cette exclamation, le prince se redressa aussitôt, honteux d’avoir oublié un moment l’ami sous la caresse des yeux de l’amante.
– Où est donc M. de Pardaillan? dit-il à son tour.
Cette question s’adressait à la Giralda, qui ouvrit de grands yeux étonnés.
– M. de Pardaillan, dit-elle, mais je ne l’ai pas vu!
– Comment! s’écria le Torero troublé. Ce n’est donc pas lui qui vous a délivrée?
– Mais, mon cher seigneur, fit la Giralda de plus en plus étonnée, je n’avais pas à être délivrée!… J’étais parfaitement libre.
Cette fois ce fut au tour de don César et de Cervantès d’être stupéfaits.
– Vous étiez libre! Mais alors, comment se fait-il que je vous ai trouvée ici, endormie?
– Je vous attendais.
– Vous saviez donc que je devais venir?
– Sans doute!
La Giralda, le Torero et Cervantès étaient plongés dans un étonnement qui allait sans cesse grandissant. Il était évident qu’ils ne comprenaient rien à la situation. Les questions du Torero paraissaient incompréhensibles à la Giralda, et les réponses de celle-ci ne faisaient qu’embrouiller les choses au lieu de les élucider. Ils étaient debout tous les trois et se regardaient mutuellement avec des yeux effarés.
Seul le nain, spectateur muet de cette scène, gardait un calme inaltérable. Il paraissait, d’ailleurs, se désintéresser complètement de ce qui se passait autour de lui, et, les yeux perdus dans le vague, il pensait à des choses que lui seul savait.
Cependant Torero s’exclamait:
– Ah! par exemple! ceci est trop fort! Qui vous avait dit que je viendrais ici?
– La princesse.
– Quelle princesse?
– Je ne sais pas, dit naïvement la Giralda. Elle ne m’a pas dit son nom. Je sais qu’elle est aussi bonne que belle. Je sais qu’elle m’avait promis de vous aviser du moment où vous pourriez venir me chercher sans danger. Je sais qu’elle a tenu parole… puisque vous voilà. C’est tout ce que je sais.
– Voilà qui est étrange! murmura don César d’un air rêveur.
– Oui, plutôt! dit Cervantès. Mais il me semble, don César, que le mieux serait de vous mettre incontinent à la recherche du chevalier. Nous pourrons aussi bien interroger la Giralda en fouillant la maison.
– Pardieu! vous avez raison. Nous perdons un temps précieux. Mais emmener Giralda avec nous ne me paraît guère prudent, surtout s’il faut en découdre. La laisser seule ici ne me semble guère plus prudent. Qui sait ce qui peut advenir quand nous serons occupés à visiter la maison!
– Mais, seigneur, fit la Giralda très simplement, pourquoi fouiller cette maison? Il n’y a plus personne ici.
– Comment savez-vous cela, Giralda?
– C’est la princesse qui me l’a dit. N’avez-vous pas trouvé toutes les portes ouvertes? N’avez-vous pas trouvé les pièces éclairées?
– C’est vrai, corps du Christ! dit Cervantès.
– Et cette fameuse princesse, où est-elle pour l’heure? reprit doucement le Torero.
– Elle est retournée à sa maison de la ville, escortée de ses gens… Du moins me l’a-t-elle assuré.
El Torero interrogea Cervantès du regard.
– Visitons toujours la maison, trancha celui-ci.
Don César considéra la jeune fille avec un reste d’incertitude.
– Je vous assure, cher seigneur, dit la Giralda avec assurance, que je peux aller sans crainte avec vous. Il n’y a plus personne ici. La princesse l’a assuré et j’ai bien vu à son air que cette femme ne connaît pas le mensonge.
– Allons! décida brusquement El Torero.
Sans mot dire El Chico prit un flambeau allumé sur une petite table et se disposa à éclairer la petite troupe.
La visite commença. D’abord avec prudence, ensuite plus ouvertement, sans nulle précaution, au fur et à mesure qu’ils s’apercevaient que la maison mystérieuse était en effet vide de tout habitant.
Des caves, où ils descendirent, au grenier, ils ne trouvèrent pas une porte fermée à clé. Ils pénétrèrent partout, fouillèrent tout.
Nulle part ils ne trouvèrent la trace de Pardaillan.
Le chevalier ayant sauté seul dans cette sorte de boudoir d’où ils avaient vu un homme emporter la Giralda endormie, don César revenait obstinément à cette pièce, pensant, avec raison, que là il trouverait l’explication de cette inquiétante disparition. Ils étaient donc encore un coup réunis tous les quatre dans cette pièce, déplaçant les quelques meubles que Fausta y avait laissés, sondant les murs et le plancher, ne laissant pas un pouce inexploré.
Et toujours rien.
Et cependant, sans qu’ils s’en doutassent, là, sous leurs pieds, celui qu’ils cherchaient avec tant d’acharnement, Pardaillan, dormait, peut-être, de l’éternel sommeil.
Les deux amis, et Giralda mise au courant, s’énervaient à ces recherches infructueuses, et avec l’énervement, l’inquiétude allait croissant.
Seul le nain les suivait passivement, avec une indifférence absolue. Il aurait pu se retirer depuis longtemps s’il avait voulu. Cervantès, qui avait conservé quelques soupçons à son égard, revenu de ses présomptions, ne le surveillait plus et, tout comme Giralda et don César, paraissait avoir oublié sa présence. Cependant le petit homme restait. Malgré son indifférence apparente, on eût dit qu’un intérêt puissant l’obligeait à rester. Parfois, lorsque le nom de Pardaillan était prononcé, une lueur s’allumait dans l’œil du petit homme, un rictus sarcastique plissait ses lèvres. Celui qui l’eût observé à ce moment eût juré qu’il était heureux de la mésaventure du chevalier.
Devant le résultat négatif de leurs recherches, Cervantès et don César décidèrent d’accompagner la Giralda chez elle, de rentrer chacun chez soi et de revenir au grand jour s’informer auprès de la mystérieuse princesse qui sans doute serait de retour dans sa somptueuse maison de campagne.
Ceci bien décidé, ils traversèrent le jardin et parvinrent à la porte que Giralda assurait devoir être ouverte. En effet, elle n’était pas fermée à clé et les verrous n’étaient pas poussés.
– C’était bien la peine d’escalader le mur, remarqua Cervantès, nous n’avions qu’à entrer tranquillement.