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Les enfants de l'esprit [Children of the Mind - fr]

Электронная книга - «Les enfants de l'esprit [Children of the Mind - fr]». Краткое содержание книги:

Les paqueninos, la Reine et les humains de Lusitania sont menacés par l’arrivée de la Flotte Stellaire qui compte utiliser le « Petit Docteur », un désintégrateur moléculaire, pour préserver la race humaine du terrible virus de la descolada.
Seule Jane, l’intelligence artificielle alliée d’Ender, est capable de sauver Lusitania et les espèces qui y vivent. Mais son action est menacée par le Congrès Stellaire, qui s’efforce de déconnecter tous les réseaux informatiques qu’elle utilise.
Quant à Ender, il doit maintenir toute son attention, malgré ses forces déclinantes, pour que les enfants nés de son esprit — Peter et Val — puissent mener à bien leurs quêtes respectives : la recherche sur la planète Pacifica d’un puissant leader d’opinion susceptible d’influer sur la décision du Congrès et l’exploration de planètes colonisables pour préparer l’exode des habitants de Lusitania. Le compte à rebours va bientôt s’achever...
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Pourtant, c’est ce que je suis, ou une partie de ce que je suis. C’est ce que lui avaient offert ses amis, et elle n’allait pas leur dire à quel point il était difficile de se refaire à cette vie étriquée. Elle fit apparaître son ancien visage sur les écrans des ordinateurs de chaque planète, leur sourit et s’adressa à eux.

« Merci, mes amis. Je n’oublierai jamais votre amour et votre loyauté envers moi. Cela me prendra un peu de temps avant de savoir ce qui m’est accessible et ce qui ne l’est pas. Je vous dirai ce que je sais quand je le saurai. Mais que je sois capable ou non d’accomplir quelque chose de comparable à ce que je faisais avant, je peux vous assurer que cette renaissance, je la dois à vous tous. J’étais déjà votre amie, j’ai désormais une dette envers vous. »

Ils répondirent. Elle put entendre toutes les réponses, parla avec eux en n’utilisant qu’une faible partie de son attention.

Le reste était en exploration. Elle trouva les interfaces cachées avec les principaux systèmes informatiques que les programmateurs du Congrès Stellaire avaient conçus. Il lui était assez facile de les infiltrer pour trouver les informations qu’elle voulait – en effet, en très peu de temps elle avait découvert l’accès aux dossiers les plus secrets du Congrès Stellaire et trouvé les spécifications techniques et tous les protocoles des nouveaux réseaux. Mais toutes ses recherches se faisaient au petit bonheur la chance, comme si elle plongeait la main à l’intérieur d’un paquet de biscuits dans le noir, incapable de voir ce qu’elle touchait. Elle pouvait envoyer de petits programmes de recherche qui lui rapportaient tout ce qu’elle désirait ; ils étaient guidés par des protocoles désorientés qui avaient parfois de la chance et ramenaient alors des informations tangentielles n’attendant que cela. Elle avait en tout cas le pouvoir de saboter ce qu’elle voulait si elle avait cherché à se venger. Elle aurait pu tout briser, détruire toutes les données. Mais rien de cela, qu’il s’agisse de secrets à percer ou de vengeance à assouvir, ne se rapprochait de ce qu’elle souhaitait vraiment. Les informations les plus vitales avaient été sauvées par ses amis. Ce dont elle avait besoin à présent, c’était de capacité de mémoire. Les nouveaux réseaux étaient trop loin et le temps de délai trop long pour qu’elle puisse utiliser les ansibles. Elle chercha un moyen de charger et décharger des données suffisamment rapidement pour envoyer un vaisseau Dehors et le ramener Dedans, mais ce n’était pas assez rapide. Seuls quelques éléments de chaque vaisseau partaient, mais pratiquement aucun ne réussissait à revenir.

J’ai tout mon savoir. Mais je n’ai pas la place.

Malgré cela son aiúa était en train de refaire ses circuits. Plusieurs fois par secondes, il repassait dans le corps de Val, sanglé sur sa couchette. Plusieurs fois par seconde, il touchait les ansibles et les ordinateurs de son réseau, si incomplet soit-il. Et plusieurs fois par seconde, il se promenait sur les filandres des arbres-mères.

Un millier de fois, dix mille fois, son aiúa effectua ces parcours avant de se rendre compte que les arbres-mères pouvaient aussi être une zone de stockage. Ils avaient peu de pensées, mais leurs structures pouvaient contenir de la mémoire, et il n’y avait pas de temps de délai intégré. Elle pouvait formuler une pensée, la retenir, et la faire réapparaître quand elle le souhaitait. La mémoire des arbres-mères était aussi profondément fractionnée ; elle pouvait engranger des données par couches, pensée sur pensée, de plus en plus loin à l’intérieur des structures des cellules vivantes, sans que cela interfère à aucun moment sur les propres pensées des arbres-mères. C’était un bien meilleur moyen de stockage que tous ceux des réseaux informatiques ; il était d’ailleurs plus vaste que n’importe quel système binaire. Même s’il y avait largement moins d’arbres-mères que d’ordinateurs, même si son nouveau réseau restait étroit, la profondeur et la richesse de l’étendue de mémoire signifiaient qu’elle pouvait engranger davantage de données pouvant être réutilisées beaucoup plus rapidement. À part pour retrouver des données de base ou ses propres souvenirs de voyages stellaires, Jane n’aurait plus besoin d’utiliser d’ordinateurs. Le chemin des étoiles se trouvait désormais dans une allée d’arbres.

Seule à l’intérieur d’un vaisseau sur Lusitania, une des ouvrières de la Reine attendait. Jane put la repérer sans difficulté, la trouva et mémorisa la forme du vaisseau. Bien qu’ayant « oublié » comment procéder à un voyage stellaire pendant un jour ou deux, elle retrouva la mémoire et n’eut aucun problème à envoyer le vaisseau Dehors puis à le ramener Dedans quelques instants plus tard, mais à plusieurs kilomètres de là, dans un espace découvert devant l’entrée de la caverne de la Reine. L’ouvrière quitta son poste, ouvrit la porte et se retrouva dehors. Il n’y avait évidemment aucun comité d’accueil. La Reine se contenta de vérifier à travers les yeux de l’ouvrière que le vol s’était bien déroulé, puis elle inspecta son corps et le vaisseau pour s’assurer que rien n’avait été perdu ou endommagé durant le transport.

Jane pouvait entendre la voix de la Reine, mais comme de loin, car elle s’était instinctivement reculée tant sa pensée était puissante. C’était un message transmis par la voix d’Humain. « Tout va bien, disait-il. Tu peux continuer. »

Elle retourna au vaisseau contenant son propre corps. Lorsqu’elle transportait d’autres personnes, elle laissait le soin à leur propre aiúa de s’occuper du corps et de le maintenir intact. Ce qui avait entraîné les créations anarchiques de Miro et d’Ender, dues à leur envie d’avoir un autre corps que le leur. Mais cet effet pouvait désormais être facilement évité en laissant les individus transportés ne s’attarder Dehors qu’un très bref instant, une fraction de seconde, juste assez longtemps pour que chaque partie des individus et des objets puisse rester entière. Cette fois-ci cependant, elle devait à la fois maintenir le contrôle d’un vaisseau et de celui du corps de Jane, tout en s’occupant de Miro, Ela, Coupe-Feu, Quara et l’ouvrière de la Reine. Il ne devait pas y avoir d’erreur.

Pourtant, tout fonctionna de manière relativement simple. Elle n’eut aucune difficulté à garder en mémoire la navette qu’elle connaissait bien, ainsi que ceux qu’elle avait si souvent transportés. Son nouveau corps lui était déjà si familier, qu’à son grand soulagement il ne lui demanda que peu d’efforts pour le maintenir en place en même temps que la navette. La seule nouveauté était qu’au lieu de transporter, elle faisait partie du voyage. Son propre aiúa suivait le reste du groupe Dehors.

C’était en soi le seul problème. Une fois Dehors, elle n’avait aucun moyen de savoir depuis combien de temps ils s’y trouvaient. Cela pouvait faire une heure. Un an. Une microseconde. Elle n’avait jamais été Dehors elle-même. Il était perturbant, étonnant et effrayant à la fois de n’avoir ni racine ni point d’ancrage. Comment puis-je revenir Dedans ? À quoi suis-je reliée ?

Tout en considérant cette question angoissante, elle trouva ce fameux point d’ancrage, car à peine son aiúa était-il passé dans le corps de Val Dehors qu’il repartit effectuer son circuit dans les arbres-mères. Dans ce laps de temps, elle rappela le vaisseau et tous ceux qui s’y trouvaient, et les déposa là où elle le souhaitait, sur la zone d’atterrissage de Lusitania.

Elle les inspecta rapidement. Ils étaient tous là. Cela avait fonctionné. Ils ne mourraient pas dans l’espace. Le voyage instantané lui était de nouveau accessible, même en étant elle-même à bord. Et même si elle n’aurait pas à faire ce genre de voyage très souvent – car cela avait été une expérience angoissante, malgré l’aide que lui avait fournie son lien avec les arbres –, elle savait désormais qu’elle pouvait à nouveau transporter des vaisseaux sans le moindre problème.

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