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Les enfants de l'esprit [Children of the Mind - fr]

Электронная книга - «Les enfants de l'esprit [Children of the Mind - fr]». Краткое содержание книги:

Les paqueninos, la Reine et les humains de Lusitania sont menacés par l’arrivée de la Flotte Stellaire qui compte utiliser le « Petit Docteur », un désintégrateur moléculaire, pour préserver la race humaine du terrible virus de la descolada.
Seule Jane, l’intelligence artificielle alliée d’Ender, est capable de sauver Lusitania et les espèces qui y vivent. Mais son action est menacée par le Congrès Stellaire, qui s’efforce de déconnecter tous les réseaux informatiques qu’elle utilise.
Quant à Ender, il doit maintenir toute son attention, malgré ses forces déclinantes, pour que les enfants nés de son esprit — Peter et Val — puissent mener à bien leurs quêtes respectives : la recherche sur la planète Pacifica d’un puissant leader d’opinion susceptible d’influer sur la décision du Congrès et l’exploration de planètes colonisables pour préparer l’exode des habitants de Lusitania. Le compte à rebours va bientôt s’achever...
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— Alors ça te suffit comme sens à donner ta vie ? Faire de ta mort une démonstration ? Mourir pour que ceux qui t’ont tué soient rongés de remords ?

— On peut lui en donner de pires. »

Sauteur d’Eau interrompit la conversation. « Le dernier des ansibles que nous attendions est connecté. Ils sont désormais tous connectés. »

Ils cessèrent de parler. Il était grand temps que Jane retrouve son chemin pour revenir chez elle, si elle y arrivait.

Il ne leur restait plus qu’à attendre.

Ce fut par l’une de ses ouvrières que la Reine apprit que le réseau ansible avait été restauré. « Il est temps, dit-elle aux arbres-pères.

— Peut-elle réussir ? Peux-tu la guider ?

— Je ne peux pas la guider là où je ne peux aller moi-même. Elle doit trouver son chemin toute seule. Tout ce que je peux faire dans l’immédiat, c’est lui dire qu’il est temps.

— Alors nous n’avons plus qu’à regarder ?

— Moi, je ne peux que regarder. Toi, tu fais partie d’elle, ou elle de toi. Son aiúa est relié à ton réseau à travers les arbres-mères. Tiens-toi prêt.

— Prêt à quoi ?

— À répondre à ses besoins.

— De quoi aura-t-elle besoin ? Et à quel moment ?

— Je n’en ai aucune idée. »

À bord du vaisseau, l’ouvrière de la Reine leva les yeux de son écran, puis quitta son siège pour aller parler à Jane.

Jane leva les yeux vers elle. « Qu’y a-t-il ? » demanda-t-elle d’un air distrait. Puis, se rappelant le signal qu’elle attendait, elle regarda Miro qui s’était retourné pour voir ce qui se passait. « Je dois y aller », dit-elle.

Puis elle bascula en arrière comme si elle venait de s’évanouir.

Miro bondit de son siège. Ela avait déjà détaché Jane du sien et la portait dans ses bras. Miro l’aida à faire passer le corps inerte de Jane dans les couloirs du vaisseau dénué de gravité jusqu’aux couchettes situées à l’arrière. Ils l’allongèrent et l’attachèrent à la couchette pour éviter qu’elle ne glisse. Ela vérifia ses fonctions vitales.

« Elle dort profondément, dit l’ouvrière. Et respire très lentement.

— Un coma ? demanda Miro.

— Elle fait le strict minimum pour rester en vie. À part cela je ne vois rien d’autre.

— Allons venez, dit Quara depuis la porte. Retournons au travail. »

Miro se retourna, furieux, mais Ela le retint. « Tu peux rester avec elle, dit-elle. Mais Quara a raison, nous avons du travail à faire. Elle fait le sien. »

Miro se tourna vers Jane pour lui prendre la main et la serrer dans la sienne. Les autres quittèrent le dortoir. Tu ne m’entends pas, tu ne peux pas sentir mon contact, tu ne peux pas me voir, pensa Miro. Je suppose donc que pour toi, je ne suis pas là. Et pourtant je n’arrive pas à te quitter. De quoi ai-je peur ? Nous sommes tous condamnés si tu échoues dans ta tâche. Ce n’est donc pas ta mort qui me préoccupe.

C’est ce que tu étais avant. Ton ancienne existence parmi les ordinateurs et les ansibles. Tu as goûté à la vie dans un corps humain, mais lorsque tu retrouveras tes anciens pouvoirs, ta vie humaine ne sera plus qu’une infime partie de toi. Une simple donnée sensorielle parmi des millions d’autres. Un petit amas de souvenirs engloutis dans un océan de mémoire. Tu ne pourras plus me donner qu’une infime partie de ton attention ; quant à moi, je ne pourrai jamais savoir si je ne suis qu’un élément de second ordre dans ta vie.

Ce sont les inconvénients que l’on rencontre à aimer quelqu’un beaucoup plus que soi-même, se dit Miro. Je ne connaîtrai jamais la différence. Elle reviendra et je me contenterai du temps que nous pourrons passer ensemble, sans jamais savoir à quel point le temps et les efforts qu’elle me consacre sont insignifiants. Je ne serai qu’une distraction.

Puis il secoua la tête, relâcha sa main et quitta la salle. Je ne resterai pas là à écouter la voix du désespoir, se dit-il. Pourrais-je apprivoiser cet être immense et en faire une esclave dont chaque instant de vie m’appartiendrait ? Irais-je solliciter son regard pour qu’elle ne voie plus que moi ? Je devrais déjà me réjouir d’être une partie d’elle-même, au lieu de regretter de ne pas en faire davantage partie.

Il retourna à son poste, et se remit au travail. Mais quelques instants plus tard, il retourna auprès elle. Il ne pouvait être d’aucune utilité jusqu’à son retour. Il ne pouvait penser à rien d’autre tant qu’il ne connaîtrait pas le résultat final.

Jane n’était pas réellement perdue. La connexion menant aux trois ansibles de Lusitania était intacte ; elle les avait d’ailleurs retrouvés sans aucune difficulté. Il en alla de même avec les nouvelles connexions vers les ansibles d’une demi-douzaine de planètes. À partir de là, elle retrouva rapidement son chemin à travers la jungle de coupures et d’interruptions qui la protégeaient des systèmes de surveillance du Congrès. Tout se passait comme ses amis et elle l’avaient prévu.

C’était petit, à l’étroit, tel qu’elle l’avait imaginé. Mais elle n’avait pratiquement jamais exploité toutes les capacités du système – sauf lorsqu’elle contrôlait les vaisseaux. Elle avait alors besoin de chaque bribe de mémoire disponible pour recomposer l’image parfaite du vaisseau qu’elle transportait. De toute évidence, les capacités de ces quelques milliers de machines étaient insuffisantes. Il était cependant rassurant de pouvoir de nouveau exploiter les programmes qu’elle avait si souvent utilisés pour exaucer toutes ses pensées, à la manière de serviteurs fidèles, comme la Reine avec ses ouvrières – un autre aspect qui me rapproche d’elle, pensa Jane. Elle les lança puis explora la mémoire qui lui avait tant manqué. Une fois de plus elle possédait un système mental lui permettant de se concentrer sur des dizaines de processus à la fois.

Et pourtant, ça n’allait pas. Elle n’avait passé qu’une journée dans son corps humain, mais sa composante électronique, jadis largement suffisante, lui semblait déjà étriquée. Pas seulement parce qu’il y avait moins d’ordinateurs qu’auparavant, mais par sa nature même. L’ambiguïté de la chair ouvrait une infinité de possibilités qui ne pouvaient tout simplement pas exister dans un monde binaire. Elle avait été vivante, elle savait donc désormais que sa demeure électronique ne représentait qu’une infime partie de sa vie. Quoi qu’elle ait pu accomplir durant les milliers d’années passées dans la machine, cela ne pouvait se comparer avec ne fût-ce que quelques minutes de vie dans ce corps de chair et de sang.

Si elle avait pensé un jour pouvoir quitter le corps de Val, elle savait désormais que c’était une illusion. Elle s’y était enracinée une bonne fois pour toutes. Désormais, elle ne plongerait dans ces systèmes informatiques que lorsque ce serait nécessaire. Certainement pas de gaieté de cœur.

Mais il n’y avait aucune raison de parler de sa déception à qui que ce soit. Pas dans l’immédiat. Elle en ferait part à Miro lorsqu’elle reviendrait. Il l’écouterait et garderait cela pour lui. Il serait sans nul doute rassuré. Il devait certainement s’inquiéter qu’elle puisse un jour être tentée de retourner dans son monde virtuel et de refuser de réintégrer ce corps qui la réclamait si violemment, même dans la torpeur de ce sommeil profond. Mais elle n’avait aucune raison d’avoir peur. N’avait-il pas vécu de très longs mois dans un corps tellement limité qu’il ne pouvait pratiquement plus s’y supporter ? Elle avait autant envie de redevenir une entité informatique que lui de retrouver un corps mutilé qui l’avait tant torturé.

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