La Puce à l'oreille [Anthologie des expressions populaires avec leur origine]
- Автор: Duneton Claude
- Год: 2010
- Язык: французский
- Год: Éditions Livre de Poche
- ISBN: 978-2253027041
- Жанр: Лингвистика
Электронная книга - «La Puce à l'oreille [Anthologie des expressions populaires avec leur origine]». Краткое содержание книги:
Pourquoi dit-on lorsqu'on ne sent pas bien, qu'on n'est pas dans son assiette, ou au contraire qu'on reprend du poil de la bête si l'on va mieux ? Pourquoi passer l'arme à gauche veut-il dire « mourir » et mettre à gauche « faire des économies » ?…
Ce livre a pour objet de répondre à toutes ces questions. Ce n'est pas un dictionnaire mais un récit, écrit à la première personne par un écrivain fouineur, sensible à l'originalité du langage.
Un récit alerte, souvent drôle, qui mêle l'érudition au calembour, mené à la manière d'une enquête policière et qui aiguillonne à vif la curiosité du lecteur.
À force de répéter lavabo, etc., en s’essuyant les mains, les officiants appelèrent ainsi l’essuie-mains lui-même, puis le coin de l’autel où ils le rangeaient avec le vase. Ce mot de sacristie passa aux ablutions profanes, pour désigner un meuble de toilette avec cuvette et pot à eau, puis avec la modernisation le bassin de faïence que l’on connaît. C’est bien le comble de la déchéance pour un terme de liturgie que de finir, pour ainsi dire, au cabinet !
Devoir une fière chandelle
Si quelqu’un vous évite un désastre vous lui devez naturellement une fière chandelle — fier a ici le sens de fort, ou remarquable, comme dans « fier courage » ou « fier culot. » L’expression signifie que vous devez faire brûler un cierge à l’église la plus proche pour remercier Dieu et la personne en question de vous avoir sauvé du péril. L’habitude d’offrir un cierge à une divinité est assurément très ancienne, et la survivance d’offrandes et de sacrifices plus archaïque encore.
J’ai connu un garçon qui devait personnellement une chandelle, non seulement à saint Christophe, mais à chaque saint du paradis. Au cours d’un amusement qu’il n’avait nullement choisi — il descendait du ciel sur une base d’entraînement militaire — ses deux parachutes se sont, l’un après l’autre, mis en chandelle !… Il a dû ajouter un cierge à l’intention du chirurgien qui a habilement recollé les morceaux.
Être en odeur de sainteté
La sépulture des saints passe pour répandre une odeur agréable. Cet adage ne s’est pas démenti lorsqu’on ouvrit le cercueil de sainte Bernadette Soubirous à Nevers en 1933 : il s’en dégagea, paraît-il, une odeur de roses…
« Odeur, dit Furetière, se dit figurément aux choses morales, & signifie Bonne ou mauvaise réputation. Cet homme est mort en odeur de sainteté. Il s’est mis en bonne odeur dans le monde. »
L’ennui est que c’est toujours en mourant que ce parfum se dégage le mieux.
Attendre la Saint-Glinglin
Tous les saints n’ont pas la même réputation, ni le même culte. Saint Glinglin est un amuseur, forgé de toutes pièces par la fantaisie de la langue. Son histoire généralement admise est la suivante : il existait un vieux mot sein qui désignait les cloches — dérivé du latin signum, signe, signal (parce que les cloches émettent un signal) — lequel a donné également le seing, signature, resté dans blanc-seing, signature sur page blanche, et sous seing privé, signature effectuée entre soi, sans qu’un officier public soit présent.
Lorsque la dame de Yönec (lai de Marie de France) s’en revient du château prodigieux où elle a laissé son ami mourant, les cloches (les seins) lui apprennent qu’il est mort :