La Puce à l'oreille [Anthologie des expressions populaires avec leur origine]
- Автор: Duneton Claude
- Год: 2010
- Язык: французский
- Год: Éditions Livre de Poche
- ISBN: 978-2253027041
- Жанр: Лингвистика
Электронная книга - «La Puce à l'oreille [Anthologie des expressions populaires avec leur origine]». Краткое содержание книги:
Pourquoi dit-on lorsqu'on ne sent pas bien, qu'on n'est pas dans son assiette, ou au contraire qu'on reprend du poil de la bête si l'on va mieux ? Pourquoi passer l'arme à gauche veut-il dire « mourir » et mettre à gauche « faire des économies » ?…
Ce livre a pour objet de répondre à toutes ces questions. Ce n'est pas un dictionnaire mais un récit, écrit à la première personne par un écrivain fouineur, sensible à l'originalité du langage.
Un récit alerte, souvent drôle, qui mêle l'érudition au calembour, mené à la manière d'une enquête policière et qui aiguillonne à vif la curiosité du lecteur.
Qu’on les coure ou qu’on les tire, les bordées finissent toujours par des beuveries qui mettent sérieusement du vent dans les voiles !
Prendre une bitture
Il est vrai que les matelots moulés dans leur bleu et blanc prennent, dès qu’ils sont descendus sur le « plancher des vaches », de fameuses bittures ! Le mot vient d’eux. (Et non du peuple des Bituriges installé en Gaule il y a vraiment trop longtemps ! La locution Hic bibitur — Ici on boit — que cite Rabelais est également hors de cause.)
Une bitte, du Scandinave biti : « poutre sur un navire », désigne cette sorte de billot fixé au pont sur lequel les cordes sont enroulées, particulièrement le câble qui retient l’ancre. (C’est, en passant, la racine du verbe débiter : découper en bittes, en tronçons, et de là vendre au détail.) La bitture est, d’une façon précise, la « portion de câble qu’on devait filer en mouillant, et qui était élonguée sur le pont, sur l’arrière des bittes […] Disposer ainsi le câble s’appelait prendre la bitture » (Larousse). Prendre une bonne bitture c’est « prendre une longueur de câble suffisante. »
Cette idée de « mesure », de « bonne dose », a fait qu’en langage de bord une biture est devenue vers le début du XIXe siècle la métaphore d’un « repas copieux », une ventrée en quelque sorte. C’est le seul sens que lui connaissait encore Delvau en 1866, à Paris et « dans l’argot des faubouriens. » Mais la valeur de forte dose « de liqueur et de spiritueux », s’est avancée à grands pas, avec toutes les conséquences de soûlerie afférentes. Prendre une bonne biture était passé dans la langue générale des buveurs dès les années 1880, elle n’a guère perdu de terrain depuis lors. « Au milieu de la nuit, en rentrant chez nous avec une biture au vin rouge, je flanquerais aussi bien une trempe à Octave. » (M. Aymé, Clérambard, 1950.)
Perdre la tramontane
Quel est donc cet objet curieux que perd Brassens, et aussi Jean-Jacques Rousseau dans ses Rêveries : « L’indignation, la fureur, le délire s’emparèrent de moi. Je perdis la tramontane. » On connaît les vents du Midi, le mistral et la tramontane, mais comment peut-on perdre le vent ?
En réalité tramontane veut dire « au-delà des montagnes » et avant d’être un souffle froid elle a été, et demeure, pour les Italiens qui ont les Alpes au nord, l’étoile Polaire, l’étoile d’au-delà les monts : tramontana sous-entendu Stella. Le nom de cette étoile, guide de tous les anciens voyages, particulièrement des marins de la Méditerranée, a été adopté en français, par l’intermédiaire de l’occitan de Provence dès le Moyen Âge. On trouve chez Jean de Meung (XIIIe) :
« Tramontane — commente Furetière — signifie aussi l’étoile du Nord qui sert à conduire les vaisseaux sur la mer : ce qui fait qu’on dit figurément qu’un homme a perdu la tramontane pour dire qu’il est déconcerté ; qu’il ne sait où il en est, ni ce qu’il fait ; qu’il a perdu le jugement & la raison. » En somme, autant dire qu’il a perdu la boussole, du moment que celle-ci a été inventée !
En vrac
Jusqu’au XVIIe siècle l’expression « en vrac » ne s’appliquait « qu’à des harengs non rangés dans la caque », c’est-à-dire la barrique spécialement prévue pour leur salaison — celle qui « sent toujours le hareng » ! Le mot vient du néerlandais wrac ou wraec, qui signifie « mal salé, mauvais. »
Le hareng, saur (soor, sec) ou autrement, étant traditionnellement une denrée bon marché et de consommation courante, a beaucoup laissé traîner son lexique dans la langue populaire… On a fini par dire « en vrac » pour tout ce qui est sans rangement ou emballage.
L'Église
Aboi de chien ne monte au ciel.