La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville
- Автор: Bretonne Nicolas-Edme Retif de la
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville». Краткое содержание книги:
Le conseiller est fort aimable: mais je t’avouerai que si le marquis en agissait comme il convient, et qu’il te fallût un sacrifice, je te le ferais, ou tout autre. Il me suffira toujours de savoir qu’une chose t’est réellement avantageuse pour que je me sacrifie. Je l’ai dit à notre ami commun, qui m’a sondée plus d’une fois à ce sujet, et qui loue fort mes dispositions à ton égard.
Adieu, mon cher Edmond: et crois que je me féliciterai toute ma vie de ce qu’a fait ton amitié, pour ta tendre sœur.
URSULE.
P.-S. – Renvoie-moi cette lettre, ou garde-la pour me la rendre, de peur d’accident.
Lettre 45. Réponse.
[Il enveloppe l’annonce de son duel, en répondant sur ce qu’Ursule lui a marqué.].
29 janvier.
Tout ce que tu m’écris, ma chère Ursule, est raisonnable: mais je suis dans une passe qui ne me permet pas d’y songer. Ainsi, abandonne ces chimères, pour ne t’occuper que de toi. J’ai mes desseins, dont rien ne peut me détourner: ma trame est ourdie; il faut que je suive ma destinée. Je ne saurais cependant m’empêcher de te marquer la satisfaction que m’a donnée un mot de ta lettre, au sujet du marquis. S’il t’épouse, c’est mon meilleur ami; j’oublie tout. Le mariage est le baptême du viol; il doit l’effacer. En effet, ce crime change alors de nature; au lieu d’être un coupable attentat, digne de tous les châtiments, ou de toutes les fureurs de la vengeance, parce qu’il a humilié une famille dans ce qu’elle a de plus délicat, l’honneur d’une fille, il ne devient plus que l’effet d’une passion insurmontable, obligeante, flatteuse: loin de blesser l’honneur de la fille, il élève au contraire un trophée à ses charmes. Le seul qui soit digne des tiens, ma sœur, c’est le mariage, avec le titre que le marquis seul peut te procurer: ta beauté est assez séduisante pour cela, et quoique ton frère, cent fois j’ai senti que tu ne pouvais causer des passions médiocres. Tu sauras dans peu ce qu’on a droit d’attendre du marquis; et alors, quoi qu’il en soit, je te recommande de partir, et de venir te présenter ici à la famille. Si tu as un fils, et que la chose ait tourné d’une certaine façon, elle pourra l’adopter. Si c’est le contraire, elle fera sans doute le mariage: mille raisons que je tais pourront l’y engager; et je prends dès aujourd’hui des précautions pour cela. J’ai des idées que j’ai mises par écrit, et qui seront rendues à Gaudet, pour qu’il agisse, lorsqu’il en sera temps. Ce papier est tout prêt, et cacheté, entre les mains de Laure qui ne doit le remettre que dans une circonstance que j’aurai soin de lui faire connaître. Adore pour moi ma véritable, ma seule épouse, mais en silence. Quant à la charmante Fanchette, que n’ai-je un second moi-même digne d’elle à lui donner! Que n’ai-je deux corps avec une seule âme, qui les animât en même temps! elle en aurait un. Adieu, chère sœur. Tu sauras dans peu combien je t’aime, à n’en pouvoir douter. Prie nos chers parents de m’aimer, et de se souvenir de leur fils.
EDMOND.
Lettre 46. Ursule, à Edmond.
[Elle flatte le penchant d’Edmond, et lui ouvre son cœur, déjà gâté, au sujet de l’adultère.].
Ier février.
En vérité, mon ami, tu es parvenu à me donner les plus cruelles inquiétudes, par la manière dont ta lettre est tournée! Mais avant de faire aucune démarche imprudente, songe, auparavant à tout le chagrin que tu donnerais aux personnes qui te sont les plus chères! Mme Parangon, déjà languissante, ne pourrait supporter un nouveau malheur; et si tu l’aimes, comme je n’en saurais douter, tu lui épargneras un surcroît de peines. Je la regarde avec plus d’attention, depuis que j’ai reçu ta lettre; et je vois qu’en effet, quand on l’aime, il est impossible de cesser de l’aimer. Ne parlons donc plus de Mlle Fanchette, mais de sa sœur. Conserve-toi pour elle. Que sait-on ce qui peut arriver? Son mari n’est pas immortel… J’oserais même dire quelque chose de plus, si cela pouvait aller dans la bouche d’une fille… Mais pourquoi non?… Je ne l’aurais pas dit il y a six mois; mais aujourd’hui, je puis parler, ce me semble, aussi librement qu’une femme. Je crois qu’il est certains maris, à qui leurs épouses ne doivent rien, ou très peu de chose. Je rassemble dans mon esprit tout ce qu’il faudrait être pour mériter certain traitement; ensuite, je trouve que M. Parangon est tout cela au plus haut degré… J’ai résolu de te servir auprès de mon amie. Cela te convient-il? Parle? Je ferai tout ce qui pourra t’obliger. M. Gaudet me paraît dans le même dessein; il m’en a touché quelque chose, mais comme en craignant de s’ouvrir à une bégueule, telle qu’il me croit encore. Envisage donc l’avenir qui t’attend, comme l’amitié te le prépare, cher ami, et calme-toi, par reconnaissance pour tant de personnes qui vont travailler à ton bonheur. Je te préviens qu’on veut chez nous que je reste maîtresse absolue de mon revenu: c’est dire que tu en seras le maître. Adieu. Je voudrais déjà que cette lettre fût entre tes mains; et tu sens de quelle conséquence il est qu’elle me revienne!