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Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]

Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]». Краткое содержание книги:

Depuis sa publication en 1954-1955, le récit des aventures de Frodo et de ses compagnons, traversant la Terre du Milieu au péril de leur vie pour détruire l’Anneau forgé par Sauron, a enchanté des dizaines de millions de lecteurs, de tous les âges. Chef-d’œuvre de la fantasy, découverte d’un monde imaginaire, de sa géographie, de son histoire et de ses langues, mais aussi réflexion sur le pouvoir et la mort, Le Seigneur des Anneaux est sans équivalent par sa puissance d’évocation, son souffle et son ampleur. Cette nouvelle traduction prend en compte la dernière version du texte anglais, les indications laissées par Tolkien à l’intention des traducteurs et les découvertes permises par les publications posthumes proposées par Christopher Tolkien. Ce volume contient 18 illustrations d’Alan Lee, entièrement re-numérisées, d’une qualité inégalée, ainsi que deux cartes (en couleur) de la Terre du Milieu et du Comté.
Version 104826 - 2014-09-30 14:40:02 +0200
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« Je sais pas ce que c’est, dit-il, mais j’ai eu soudain très peur. J’oserais pas sortir d’ici pour rien au monde ; j’ai senti quelque chose monter en catimini le long de la pente. »

« As-tu vu quelque chose ? » demanda Frodo, sautant sur ses pieds.

« Non, m’sieur. J’ai rien vu, mais je me suis pas arrêté pour regarder. »

« J’ai vu quelque chose, dit Merry, ou j’ai cru le voir : là-bas vers l’ouest, juste après l’ombre des collines où la lune illuminait les plaines, j’ai cru voir deux ou trois formes noires. Elles semblaient venir de ce côté. »

« Restez près du feu et tournez-vous vers l’extérieur ! cria l’Arpenteur. Prenez quelques longs tisons et tenez-les prêts ! »

Ils restèrent assis là quelque temps, silencieux et attentifs, retenant leur souffle, tournant le dos au feu et scrutant les ombres qui les encerclaient. Rien ne se produisit. Aucun son ou mouvement ne venait troubler la nuit. Frodo remua, se sentant le besoin de rompre le silence : il avait envie de crier.

« Chut ! » fit l’Arpenteur.

« Qu’est-ce que c’est que ça ? » souffla Pippin au même moment.

En bordure du petit vallon, du côté opposé à la colline, ils sentirent plutôt qu’ils ne virent une ombre monter : une ombre, ou plusieurs. Ils plissèrent les yeux, et les ombres parurent grandir. Bientôt, il n’y eut plus aucun doute : trois ou quatre grandes silhouettes noires se tenaient là et les regardaient d’en haut. Elles étaient si obscures qu’on eût dit des trous noirs parmi les ombres derrière eux. Frodo crut entendre un faible sifflement, comme un souffle venimeux, et il eut la sensation d’un froid effilé et pénétrant. Puis les formes avancèrent lentement.

La terreur eut raison de Pippin et Merry, et ils se jetèrent face contre terre. Sam se recroquevilla près de son maître. Frodo n’était guère moins terrifié que ses compagnons : il tremblait, comme saisi par un froid glacial ; mais sa terreur fut engloutie par une soudaine tentation de mettre l’Anneau. Ce désir le subjugua entièrement, et il ne put songer à autre chose. Il n’oubliait pas le Tertre, ni le message de Gandalf ; mais on eût dit que quelque chose le pressait d’agir au mépris de tous les avertissements, et il avait fort envie de céder. Non dans l’espoir de s’échapper ou de faire quoi que ce soit de bien ou de mal : il sentait simplement qu’il devait prendre l’Anneau et le mettre à son doigt. Il ne pouvait parler. Il sentait que Sam le regardait (comme s’il percevait un grand trouble chez son maître), mais il lui était impossible se tourner vers lui. Il ferma les yeux et lutta quelques instants ; mais toute résistance finit par devenir insupportable, et il tira lentement sur la chaîne pour enfin passer l’Anneau à l’index de sa main gauche.

Instantanément, bien que le reste demeurât comme avant, sombre et indistinct, les formes lui apparurent avec une terrible netteté. Il pouvait voir sous leurs enveloppes noires. Il y avait cinq formes de taille imposante : deux se tenaient en bordure du vallon, trois avançaient. Dans leurs visages blancs brûlaient des yeux perçants et sans merci ; sous leurs capes se voyaient de longues robes grises ; sur leurs cheveux gris étaient des heaumes d’argent ; dans leurs mains morbides se dressaient des épées d’acier. Leurs regards tombèrent sur Frodo et le transpercèrent, tandis qu’ils se ruaient sur lui. Désespéré, il tira sa propre épée : elle lui parut luire d’un éclat rouge et tremblotant, tel un brandon. Deux des spectres s’arrêtèrent. Le troisième était plus grand que les deux autres : ses cheveux étaient longs et luisants, et une couronne était posée sur son heaume. Il tenait dans une main une épée longue, dans l’autre un poignard ; et une pâle lumière émanait, tant du poignard que la main qui le tenait. Il s’élança et fonça sur Frodo.

À cet instant, Frodo se jeta en avant sur le sol, et il s’entendit crier d’une voix forte : Ô Elbereth ! Gilthoniel ! Au même moment, il porta un coup aux pieds de son adversaire. Un cri strident retentit dans la nuit ; et il sentit une douleur, comme si un glaçon empoisonné lui perçait l’épaule gauche. À l’instant même de défaillir, il vit, comme dans un tourbillon de brume, l’Arpenteur surgir hors des ténèbres, un tison enflammé dans chaque main. Dans un ultime effort, Frodo laissa tomber son épée et, retirant l’Anneau de son doigt, le serra au creux de sa main droite.

12Fuite vers le Gué

Quand Frodo revint à lui, il serrait encore l’Anneau de toutes ses forces. Il était étendu près du feu, lequel flambait vivement sur une haute pile de bûches. Ses trois compagnons étaient penchés sur lui.

« Que s’est-il passé ? Où est le roi pâle ? » demanda-t-il avec agitation.

Ils furent si ravis de l’entendre parler qu’ils négligèrent un moment de lui répondre ; d’ailleurs, ils ne comprirent pas sa question. Du récit de Sam, Frodo finit par déduire qu’ils n’avaient rien vu, hormis les formes sombres et indécises avançant vers eux. Soudain, Sam avait constaté avec horreur que son maître avait disparu ; et à ce moment, une ombre noire s’était précipitée et l’avait fait tomber. Il avait entendu la voix de Frodo, mais elle semblait venir de très loin ou sortir de terre, criant des mots étranges. Ils n’avaient vu rien d’autre, avant de trébucher sur le corps de Frodo étendu dans l’herbe à plat ventre, comme mort, son épée sous lui. L’Arpenteur leur avait demandé de l’allonger près du feu ; puis il s’était volatilisé, il y avait un bon moment de cela.

Sam, à l’évidence, recommençait à avoir des doutes à son sujet ; mais l’Arpenteur revint pendant qu’ils discutaient, surgissant soudain de l’ombre. Les hobbits sursautèrent ; Sam tira son épée et se tint au-dessus de Frodo, mais l’Arpenteur s’agenouilla prestement à ses côtés.

« Je ne suis pas un Cavalier Noir, Sam, dit-il doucement, ni un de leurs alliés. J’ai cherché quelque signe qui m’aurait renseigné sur leurs allées et venues, mais je n’ai rien trouvé. Je ne comprends pas pour quelle raison ils sont partis, ni pourquoi ils ne reviennent pas à la charge. Mais je n’ai senti leur présence nulle part dans les environs. »

Lorsqu’il entendit le récit de Frodo, il parut gravement inquiet ; et il soupira, secouant la tête. Puis il dit à Pippin et Merry de faire chauffer toute l’eau que pouvaient contenir leurs petites bouilloires, afin de laver la blessure. « Ne laissez pas le feu descendre, et gardez Frodo au chaud ! » dit-il. Puis, se levant, il s’éloigna et appela Sam auprès de lui. « Maintenant, je comprends un peu mieux les choses, dit-il à voix basse. Il semble que seulement cinq de nos adversaires aient été présents. J’ignore pourquoi ils n’étaient pas tous là ; à mon avis, ils s’attendaient à ne rencontrer aucune résistance. Ils se sont retirés pour l’instant, mais je crains qu’ils ne soient pas bien loin. Ils reviendront une autre nuit, si nous ne pouvons nous échapper. Ils se contentent d’attendre, car ils se croient tout près du but et considèrent que l’Anneau ne pourra fuir beaucoup plus longtemps. Sam, dit-il enfin, j’ai peur qu’ils ne croient votre maître affligé d’une blessure mortelle, une blessure qui le soumettra à leur volonté. Nous verrons bien ! »

Sam fut étranglé de sanglots. « Ne désespérez pas ! dit l’Arpenteur. Vous devez me faire confiance, à présent. Votre Frodo est d’une plus forte trempe que je ne l’avais supposé, bien que Gandalf ait laissé entendre qu’il pourrait en être ainsi. Il n’est pas mort, et je pense qu’il saura résister au pouvoir maléfique de la blessure plus longtemps que ses ennemis ne le croient. Je ferai tout mon possible pour l’aider et pour le guérir. Gardez-le bien pendant mon absence ! » Il partit en hâte et se fondit de nouveau dans les ténèbres.

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