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Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]

Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]». Краткое содержание книги:

Depuis sa publication en 1954-1955, le récit des aventures de Frodo et de ses compagnons, traversant la Terre du Milieu au péril de leur vie pour détruire l’Anneau forgé par Sauron, a enchanté des dizaines de millions de lecteurs, de tous les âges. Chef-d’œuvre de la fantasy, découverte d’un monde imaginaire, de sa géographie, de son histoire et de ses langues, mais aussi réflexion sur le pouvoir et la mort, Le Seigneur des Anneaux est sans équivalent par sa puissance d’évocation, son souffle et son ampleur. Cette nouvelle traduction prend en compte la dernière version du texte anglais, les indications laissées par Tolkien à l’intention des traducteurs et les découvertes permises par les publications posthumes proposées par Christopher Tolkien. Ce volume contient 18 illustrations d’Alan Lee, entièrement re-numérisées, d’une qualité inégalée, ainsi que deux cartes (en couleur) de la Terre du Milieu et du Comté.
Version 104826 - 2014-09-30 14:40:02 +0200
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« On ferait pas mieux de déguerpir, monsieur l’Arpenteur ? demanda-t-il avec impatience. Il commence à se faire tard, et ce trou ne me dit rien de bon : il me donne le cafard, me demandez pas pourquoi. »

« Oui, nous devons certainement décider que faire sans plus attendre, répondit l’Arpenteur, levant les yeux, et considérant l’heure qu’il était et le temps qu’il faisait. Eh bien, Sam, dit-il enfin, je n’aime pas cet endroit non plus ; mais je n’en vois pas de meilleur que nous puissions gagner avant la nuit. Nous sommes au moins hors de vue pour le moment, alors que si nous nous déplaçons, nous devenons beaucoup plus faciles à repérer pour des espions. La seule possibilité qui s’offre à nous serait de nous écarter de notre route en remontant vers le nord, de ce côté-ci des collines, où le terrain est partout semblable à celui-ci. La Route est surveillée, mais il nous faudrait la traverser si nous voulions nous mettre à couvert dans les fourrés qui se trouvent au sud. Du côté nord de la Route, passé les collines, le pays est plat et dénudé sur bien des milles. »

« Les Cavaliers peuvent-ils voir ? demanda Merry. Je veux dire, ils semblent se servir surtout de leur nez, non de leurs yeux, comme pour nous flairer, si flairer est le mot juste, à tout le moins le jour. Mais vous nous avez fait mettre à plat ventre quand vous les avez vus en bas ; et maintenant, vous dites que nous risquons d’être vus si nous nous déplaçons. »

« J’ai manqué de prudence au sommet, répondit l’Arpenteur. J’étais anxieux de découvrir quelque signe de Gandalf ; mais c’était une erreur de monter là-haut à trois et d’y rester aussi longtemps. Car les chevaux noirs peuvent voir, et les Cavaliers peuvent employer des espions chez les hommes et les autres créatures, comme nous l’avons vu à Brie. Eux-mêmes ne voient pas le monde de lumière tel que nous le percevons, mais nos silhouettes jettent des ombres dans leur esprit que seul le soleil de midi parvient à détruire ; et dans le noir, ils distinguent beaucoup de signes et de formes qui se dérobent à nos regards : c’est alors qu’ils sont le plus à craindre. Et ils sentent à tout moment le sang des êtres vivants, le désirant et le haïssant. D’ailleurs, il est d’autres sens que l’odorat et la vue. Nous pouvons sentir leur présence : elle a troublé nos cœurs sitôt que nous sommes arrivés ici, avant que nous les ayons vus ; ils sentent la nôtre encore plus nettement. Et qui plus est, ajouta-t-il, et sa voix se réduisit à un murmure, l’Anneau les attire. »

« N’y a-t-il aucune chance de s’échapper ? dit Frodo, jetant autour de lui des regards éperdus. Si je bouge, je serai vu et pourchassé ! Si je reste, je les attirerai à moi ! »

L’Arpenteur posa la main sur son épaule. « Il y a encore de l’espoir, dit-il. Vous n’êtes pas seul. Prenons ce bois déjà prêt pour le feu comme un signe. Cet endroit n’a guère à offrir en manière d’abri ou de défense, mais le feu sera pour nous l’un et l’autre. Sauron peut mettre le feu au service de ses mauvaises œuvres, comme il use de toutes autres choses ; mais ces Cavaliers ne l’aiment aucunement, et ils craignent tous ceux qui le manient. Le feu est notre ami dans les terres sauvages. »

« Peut-être bien, marmonna Sam. C’est aussi, à ce qu’il me semble, la meilleure façon de dire “nous voilà”, à part de crier. »

Tout au fond du vallon et à l’endroit le plus abrité, ils allumèrent un feu et préparèrent un repas. Les ombres du soir commencèrent à descendre et il se mit à faire froid. Ils prirent soudain conscience d’avoir très faim, car ils n’avaient rien mangé depuis le petit déjeuner ; mais ils n’osèrent préparer autre chose qu’un souper frugal. Les régions où ils se rendaient étaient vides de tout habitant, sauf les oiseaux et les bêtes, contrées inhospitalières désertées de toutes les races du monde.

Des Coureurs se rendaient parfois au-delà les collines, mais ils étaient peu nombreux à le faire et ne restaient jamais longtemps. Les autres vagabonds étaient rares, et de la pire espèce : il arrivait que des trolls s’aventurent par là, descendant des vallées du nord des Montagnes de Brume. Seule la Route voyait passer des voyageurs, le plus souvent des nains, absorbés par leurs propres affaires, sans secours pour les étrangers et presque aussi avares de mots.

« Je ne vois pas comment nous parviendrons à faire durer ces vivres, dit Frodo. Nous avons fait assez attention ces derniers jours, et ce souper n’a rien d’un festin ; mais nous en avons consommé plus que de raison, s’il nous faut encore tenir deux semaines, et peut-être même plus. »

« Il y a de quoi se nourrir dans la nature, dit l’Arpenteur : baies, racines et herbes peuvent être cueillies ; et je m’entends un peu à la chasse, si besoin est. Il n’y a pas matière à craindre la faim avant la venue de l’hiver. Mais la chasse et la cueillette sont de longs labeurs, et le temps presse. Serrez-vous donc la ceinture, et songez avec espoir aux tables de la maison d’Elrond ! »

Le froid s’intensifia à mesure que les ténèbres tombaient. Se glissant en bordure du vallon pour observer les environs, ils ne virent que des terres grises disparaissant rapidement dans les ombres. Au-dessus d’eux, le ciel s’était de nouveau éclairci, et il se remplit peu à peu d’étoiles scintillantes. Frodo et ses compagnons se blottirent autour du feu, emmitouflés dans tous les vêtements et couvertures qu’ils avaient emportés ; mais l’Arpenteur, assis un peu à l’écart, se contenta d’une simple cape, tirant pensivement sur sa pipe.

Alors que la nuit tombait et que la lueur du feu devenait plus éclatante, il se mit à leur conter des histoires afin de les préserver de la peur. Il connaissait bien des récits historiques et des légendes d’autrefois, concernant les Elfes et les Hommes, et les hauts faits et forfaits des Jours Anciens. Ils se demandèrent quel âge il avait, et où il avait appris toutes ces choses.

« Parlez-nous de Gil-galad, dit soudain Merry, alors que l’Arpenteur terminait une histoire sur les Royaumes elfes. Connaissez-vous la suite de ce vieux lai dont vous parliez ? »

« Oui, certainement, répondit l’Arpenteur. Et Frodo la connaît aussi, car elle nous concerne de près. » Merry et Pippin se tournèrent vers Frodo, le regard plongé dans les flammes.

« Je sais seulement le peu que Gandalf m’en a raconté, dit Frodo avec lenteur. Gil-galad fut le dernier des grands Rois elfes de la Terre du Milieu. Son nom signifie Lumière d’Étoile dans leur langue. En compagnie d’Elendil, l’Ami des Elfes, il est allé au pays de… »

« Non ! dit soudain l’Arpenteur. Je crois qu’il vaut mieux taire cette histoire, alors que les serviteurs de l’Ennemi sont tout proches. Si nous parvenons à la maison d’Elrond, il vous sera donné de l’entendre en entier, si vous le désirez. »

« Alors racontez-nous une autre histoire de l’ancien temps, le supplia Sam ; une histoire des Elfes avant le temps de l’évanescence. J’aimerais tellement que vous nous parliez encore des Elfes ; le noir nous serre de si près. »

« Je vais vous raconter le conte de Tinúviel, dit l’Arpenteur, en bref – car c’est un long récit dont la fin n’est pas connue ; et il n’est plus aujourd’hui personne, sauf Elrond, qui s’en souvienne correctement, tel qu’on le contait jadis. C’est un beau conte, quoique triste, comme le sont tous les contes de la Terre du Milieu, encore qu’il puisse vous redonner cœur. » Il resta un moment silencieux, puis il se mit non point à parler, mais à chanter doucement :

L’herbe était longue et le bois vert,

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