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Maupassant

Электронная книга - «Maupassant». Краткое содержание книги:

Ce livre des œuvres complètes de Guy de Maupassant est exhaustif. Il réunit ses huit romans (dont deux inachevés), ses quelques 350 nouvelles réunies en 24 recueils, ses sept pièces de théâtre (dont deux inachevées), toutes ses poésies (réunies en deux volumes), ses carnets de voyages ainsi que les centaines d’articles qu’il écrivit pour la presse entre 1876 et 1891 (classées par dates de publication et par recueils annuels). Une introduction de l’éditeur explique le parcours et l’œuvre de Guy de Maupassant. Ce livre est le fruit d'une somme de travail considérable. Les quelques milliers de pages de « Maupassant : Œuvres complètes » sont réparties en 57 volumes, ayant chacun un sommaire interactif propre. Aussi, un sommaire général permet d’accéder instantanément à n'importe lequel de ses volumes, ou, au choix, à un de ses chapitres, nouvelles, contes fantastiques, poésies, articles de presse, etc. Toutes ces œuvres ont été relues, corrigées lorsque cela était nécessaire, et mises en page avec soin pour en rendre leur lecture aussi agréable que possible.
Au-delà d’une simple compilation, « Maupassant : Œuvres complètes » constitue également un formidable outil de recherche, facile et agréable à utiliser pour quiconque s’intéresse à l’œuvre de Guy de Maupassant. Pour le simple lecteur, il est une source de plaisir et de curiosité quasiment inépuisable.
• Edition complétée d’une étude de l’éditeur.
• Edition enrichie de notes explicatives interactives.
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Et M. Séjour, le vétérinaire, conclut gravement en portant à sa bouche un verre d’eau-de-vie :

— Tout ce que vous voudrez, mais des femmes comme ça, il n’en faut pas !

ADIEU

Les deux amis achevaient de dîner. De la fenêtre du café ils voyaient le boulevard couvert de monde. Ils sentaient passer ces souffles tièdes qui courent dans Paris par les douces nuits d’été, et font lever la tête aux passants et donnent envie de partir, d’aller là-bas, on ne sait où, sous des feuilles, et font rêver de rivières éclairées par la lune, de vers luisants et de rossignols.

L’un d’eux, Henri Simon, prononça, en soupirant profondément :

— Ah ! Je vieillis. C’est triste. Autrefois, par des soirs pareils, je me sentais le diable au corps. Aujourd’hui je ne me sens plus que des regrets. Ça va vite, la vie !

Il était un peu gros déjà, vieux de quarante-cinq ans peut-être et très chauve.

L’autre, Pierre Carnier, un rien plus âgé, mais plus maigre et plus vivant, reprit :

— Moi, mon cher, j’ai vieilli sans m’en apercevoir le moins du monde. J’étais toujours gai, gaillard, vigoureux et le reste. Or, comme on se regarde chaque jour dans son miroir, on ne voit pas le travail de l’âge s’accomplir, car il est lent, régulier, et il modifie le visage si doucement que les transitions sont insensibles. C’est uniquement pour cela que nous ne mourons pas de chagrin après deux ou trois ans seulement de ravages. Car nous ne les pouvons apprécier. Il faudrait, pour s’en rendre compte, rester six mois sans regarder sa figure — oh ! Alors quel coup ?

Et les femmes, mon cher, comme je les plains, les pauvres êtres. Tout leur bonheur, toute leur puissance, toute leur vie sont dans leur beauté qui dure dix ans.

Donc, moi, j’ai vieilli sans m’en douter, je me croyais presque un adolescent alors que j’avais près de cinquante ans. Ne me sentant aucune infirmité d’aucune sorte, j’allais, heureux et tranquille.

La révélation de ma décadence m’est venue d’une façon simple et terrible qui m’a atterré pendant près de six mois… puis j’en ai pris mon parti.

J’ai été souvent amoureux, comme tous les hommes, mais principalement une fois.

Je l’avais rencontrée au bord de la mer, à Étretat, voici douze ans environ, un peu après la guerre. Rien de gentil comme cette plage, le matin, à l’heure des bains. Elle est petite, arrondie en fer à cheval, encadrée par ces hautes falaises blanches percées de ces trous singuliers qu’on nomme les Portes, l’une énorme, allongeant dans la mer sa jambe de géante, l’autre en face, accroupie et ronde ; la foule des femmes se rassemble, se masse sur l’étroite langue de galets qu’elle couvre d’un éclatant jardin de toilettes claires, dans ce cadre de hauts rochers. Le soleil tombe en plein sur les côtes, sur les ombrelles de toute nuance, sur la mer d’un bleu verdâtre ; et tout cela est gai, charmant, sourit aux yeux. On va s’asseoir tout contre l’eau, et on regarde les baigneuses. Elles descendent, drapées dans un peignoir de flanelle qu’elles rejettent d’un joli mouvement en atteignant la frange d’écume des courtes vagues ; et elles entrent dans la mer, d’un petit pas rapide qu’arrête parfois un frisson de froid délicieux, une courte suffocation.

Bien peu résistent à cette épreuve du bain. C’est là qu’on les juge, depuis le mollet jusqu’à la gorge. La sortie surtout révèle les faibles, bien que l’eau de mer soit d’un puissant secours aux chairs amollies.

La première fois que je vis ainsi cette jeune femme, je fus ravi et séduit. Elle tenait bon, elle tenait ferme. Puis il y a des figures dont le charme entre en nous brusquement, nous envahit tout d’un coup. Il semble qu’on trouve la femme qu’on était né pour aimer. J’ai eu cette sensation et cette secousse.

Je me fis présenter et je fus bientôt pincé comme je ne l’avais jamais été. Elle me ravageait le cœur. C’est une chose effroyable et délicieuse que de subir ainsi la domination d’une femme. C’est presque un supplice et, en même temps, un incroyable bonheur. Son regard, son sourire, les cheveux de sa nuque quand la brise les soulevait, toutes les plus petites lignes de son visage, les moindres mouvements de ses traits, me ravissaient, me bouleversaient, m’affolaient. Elle me possédait par toute ma personne, par ses gestes, par ses attitudes, même par les choses qu’elle portait qui devenaient ensorcelantes. Je m’attendrissais à voir sa voilette sur un meuble, ses gants jetés sur un fauteuil. Ses toilettes me semblaient inimitables. Personne n’avait des chapeaux pareils aux siens.

Elle était mariée, mais l’époux venait tous les samedis pour repartir les lundis. Il me laissait d’ailleurs indifférent. Je n’en étais point jaloux, je ne sais pourquoi, jamais un être ne me parut avoir aussi peu d’importance dans la vie, n’attira moins mon attention que cet homme.

Comme je l’aimais, elle ! Et comme elle était belle, gracieuse et jeune ! C’était la jeunesse, l’élégance et la fraîcheur même. Jamais je n’avais senti de cette façon comme la femme est un être joli, fin, distingué, délicat, fait de charme et de grâce. Jamais je n’avais compris ce qu’il y a de beauté séduisante dans la courbe d’une joue, dans le mouvement d’une lèvre, dans les plis ronds d’une petite oreille, dans la forme de ce sot organe qu’on nomme le nez.

Cela dura trois mois, puis je partis pour l’Amérique, le cœur broyé de désespoir. Mais sa pensée demeura en moi, persistante, triomphante. Elle me possédait de loin comme elle m’avait possédé de près. Des années passèrent. Je ne l’oubliais point. Son image charmante restait devant mes yeux et dans mon cœur. Et ma tendresse lui demeurait fidèle, une tendresse tranquille, maintenant, quelque chose comme le souvenir aimé de ce que j’avais rencontré de plus beau et de plus séduisant dans la vie.

* * *

Douze ans sont si peu de chose dans l’existence d’un homme ! On ne les sent point passer ! Elles vont l’une après l’autre, les années, doucement et vite, lentes et pressées, chacune est longue et si tôt finie ! Et elles s’additionnent si promptement, elles laissent si peu de trace derrière elles, elles s’évanouissent si complètement qu’en se retournant pour voir le temps parcouru on n’aperçoit plus rien, et on ne comprend pas comment il se fait qu’on soit vieux.

Il me semblait vraiment que quelques mois à peine me séparaient de cette saison charmante sur le galet d’Étretat.

J’allais au printemps dernier dîner à Maisons-Laffitte, chez des amis.

Au moment où le train partait, une grosse dame monta dans mon wagon, escortée de quatre petites filles. Je jetai à peine un coup d’œil sur cette mère poule très large, très ronde, avec une face de pleine lune qu’encadrait un chapeau enrubanné.

Elle respirait fortement, essoufflée d’avoir marché vite. Et les enfants se mirent à babiller. J’ouvris mon journal et je commençai à lire.

Nous venions de passer Asnières, quand ma voisine me dit tout à coup :

— Pardon, Monsieur, n’êtes-vous pas Monsieur Carnier ?

— Oui, Madame.

Alors elle se mit à rire, d’un rire content de brave femme, et un peu triste pourtant.

— Vous ne me reconnaissez pas ?

J’hésitais. Je croyais bien en effet avoir vu quelque part ce visage ; mais où ? Mais quand ? Je répondis :

— Oui… et non… Je vous connais certainement, sans retrouver votre nom.

Elle rougit un peu.

— Madame Julie Lefèvre.

Jamais je ne reçus un pareil coup. Il me sembla en une seconde que tout était fini pour moi ! Je sentais seulement qu’un voile s’était déchiré devant mes yeux et que j’allais découvrir des choses affreuses et navrantes.

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