Maupassant
- Автор: Де Мопассан Ги
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Editions Neuchateloises
- ISBN: ASIN: B005HFL90I
- Жанр: Другая драматургия
Электронная книга - «Maupassant». Краткое содержание книги:
Au-delà d’une simple compilation, « Maupassant : Œuvres complètes » constitue également un formidable outil de recherche, facile et agréable à utiliser pour quiconque s’intéresse à l’œuvre de Guy de Maupassant. Pour le simple lecteur, il est une source de plaisir et de curiosité quasiment inépuisable.
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Donc il avait détaché l’or des uniformes prussiens, le cuivre des casques, les boutons, etc., et jeté le tout dans sa « profonde » qui était pleine à déborder.
Chaque jour, il précipitait là-dedans tout objet luisant qui lui tombait sous les yeux, morceaux d’étain ou pièces d’argent, ce qui lui donnait parfois une tournure infiniment drôle.
Il comptait remporter cela au pays des autruches, dont il semblait bien le frère, ce fils de roi torturé par le besoin d’engloutir les corps brillants. S’il n’avait pas eu sa profonde, qu’aurait-il fait ? Il les aurait sans doute avalés.
Chaque matin sa poche était vide. Il avait donc un magasin général où s’entassaient ses richesses. Mais où ? Je ne l’ai pu découvrir.
Le général, prévenu du haut fait de Tombouctou, fit bien vite enterrer les corps demeurés au village voisin, pour qu’on ne découvrît point qu’ils avaient été décapités. Les Prussiens y revinrent le lendemain. Le maire et sept habitants notables furent fusillés sur-le-champ, par représailles, comme ayant dénoncé la présence des Allemands.
L’hiver était venu. Nous étions harassés et désespérés. On se battait maintenant tous les jours. Les hommes affamés ne marchaient plus. Seuls les huit turcos (trois avaient été tués) demeuraient gras et luisants, vigoureux et toujours prêts à se battre. Tombouctou engraissait même. Il me dit un jour :
— Toi beaucoup faim, moi bon viande.
Et il m’apporta en effet un excellent filet. Mais de quoi ? Nous n’avions plus ni bœufs, ni moutons, ni chèvres, ni ânes, ni porcs. Il était impossible de se procurer du cheval. Je réfléchis à tout cela après avoir dévoré ma viande. Alors une pensée horrible me vint. Ces nègres étaient nés bien près du pays où l’on mange des hommes ! Et chaque jour tant de soldats tombaient autour de la ville ! J’interrogeai Tombouctou. Il ne voulut pas répondre. Je n’insistai point, mais je refusai désormais ses présents.
Il m’adorait. Une nuit, la neige nous surprit aux avant-postes. Nous étions assis par terre. Je regardais avec pitié les pauvres nègres grelottant sous cette poussière blanche et glacée. Comme j’avais grand froid, je me mis à tousser. Je sentis aussitôt quelque chose s’abattre sur moi, comme une grande et chaude couverture. C’était le manteau de Tombouctou qu’il me jetait sur les épaules.
Je me levai et, lui rendant son vêtement :
— Garde ça, mon garçon ; tu en as plus besoin que moi.
Il répondit :
— Non, mon lieutenant, pou toi, moi pas besoin, moi chaud, chaud.
Et il me contemplait avec des yeux suppliants.
Je repris :
— Allons, obéis, garde ton manteau, je le veux.
Le nègre alors se leva, tira son sabre qu’il savait rendre coupant comme une faulx, et tenant de l’autre main sa large capote que je refusais :
— Si toi pas gardé manteau, moi coupé ; pésonne manteau.
Il l’aurait fait. Je cédai.
Huit jours plus tard, nous avions capitulé. Quelques-uns d’entre nous avaient pu s’enfuir. Les autres allaient sortir de la ville et se rendre aux vainqueurs.
Je me dirigeais vers la place d’Armes où nous devions nous réunir, quand je demeurai stupide d’étonnement devant un nègre géant vêtu de coutil blanc et coiffé d’un chapeau de paille. C’était Tombouctou. Il semblait radieux et se promenait, les mains dans ses poches, devant une petite boutique où l’on voyait en montre deux assiettes et deux verres.
Je lui dis :
— Qu’est-ce que tu fais ?
Il répondit :
— Moi pas pati, moi bon cuisinié, moi fait mangé colonel, Algéie ; moi mangé Pussiens, beaucoup volé, beaucoup.
Il gelait à dix degrés. Je grelottais devant ce nègre en coutil. Alors il me prit par le bras et me fit entrer. J’aperçus une enseigne démesurée qu’il allait pendre devant sa porte sitôt que nous serions partis, car il avait quelque pudeur.
Et je lus, tracé par la main de quelque complice, cet appel :
Malgré le désespoir qui me rongeait le cœur, je ne pus m’empêcher de rire, et je laissai mon nègre à son nouveau commerce.
Cela ne valait-il pas mieux que de le faire emmener prisonnier ?
Vous venez de voir qu’il a réussi, le gaillard.
Bézières, aujourd’hui, appartient à l’Allemagne. Le restaurant Tombouctou est un commencement de revanche.
HISTOIRE VRAIE
Un grand vent soufflait au dehors, un vent d’automne mugissant et galopant, un de ces vents qui tuent les dernières feuilles et les emportent jusqu’aux nuages.
Les chasseurs achevaient leur dîner, encore bottés, rouges, animés, allumés. C’étaient de ces demi-seigneurs normands, mi-hobereaux, mi-paysans, riches et vigoureux, taillés pour casser les cornes des bœufs lorsqu’ils les arrêtent dans les foires.
Ils avaient chassé tout le jour sur les terres de maître Blondel, le maire d’Éparville, et ils mangeaient maintenant autour de la grande table, dans l’espèce de ferme-château dont était propriétaire leur hôte.
Ils parlaient comme on hurle, riaient comme rugissent les fauves, et buvaient comme des citernes, les jambes allongées, les coudes sur la nappe, les yeux luisants sous la flamme des lampes, chauffés par un foyer formidable qui jetait au plafond des lueurs sanglantes ; ils causaient de chasse et de chiens. Mais ils étaient, à l’heure où d’autres idées viennent aux hommes, à moitié gris, et tous suivaient de l’œil une forte fille aux joues rebondies qui portait au bout de ses poings rouges les larges plats chargés de nourritures.
Soudain un grand diable qui était devenu vétérinaire après avoir étudié pour être prêtre, et qui soignait toutes les bêtes de l’arrondissement, M. Séjour, s’écria :
— Crébleu, maît’ Blondel, vous avez là une bobonne qui n’est pas piquée des vers.
Et un rire retentissant éclata. Alors un vieux noble déclassé, tombé dans l’alcool, M. de Varnetot, éleva la voix.
— C’est moi qui ai eu jadis une drôle d’histoire avec une fillette comme ça ! Tenez, il faut que je vous la raconte. Toutes les fois que j’y pense, ça me rappelle Mirza, ma chienne, que j’avais vendue au comte d’Haussonnel et qui revenait tous les jours, dès qu’on la lâchait, tant elle ne pouvait me quitter. À la fin je m’suis fâché et j’ai prié l’comte de la tenir à la chaîne. Savez-vous c’qu’elle a fait c’te bête ? Elle est morte de chagrin.
Mais, pour en revenir à ma bonne, v’là l’histoire :
— J’avais alors vingt-cinq ans et je vivais en garçon, dans mon château de Villebon. Vous savez, quand on est jeune, et qu’on a des rentes, et qu’on s’embête tous les soirs après dîner, on a l’œil de tous les côtés.
Bientôt je découvris une jeunesse qui était en service chez Déboultot, de Cauville. Vous avez bien connu Déboultot, vous, Blondel ! Bref, elle, m’enjôla si bien, la gredine, que j’allai un jour trouver son maître et je lui proposai une affaire. Il me céderait sa servante et je lui vendrais ma jument noire, Cocote, dont il avait envie depuis bientôt deux ans. Il me tendit la main : « Topez-là, Monsieur de Varnetot. » C’était marché conclu ; la petite vint au château et je conduisis moi-même à Cauville ma jument, que je laissai pour trois cents écus.