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Le vicomte de Bragelonne Tome II

Электронная книга - «Le vicomte de Bragelonne Tome II». Краткое содержание книги:

Dernière page de l'histoire des quatre amis, d'Artagnan, Athos, Porthos et Aramis… Le règne de Louis XIV commence, chacun a vieilli et évolué, mais conserve sa personnalité d'autrefois. Dans ce livre, le héros est le vicomte de Bragelonne, qui n'est autre que le fils d'Athos, mais les anciens mousquetaires ne sont jamais loin quand il s'agit d'intrigues et d'aventures…
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La vague monta jusqu’à mi-corps, mais ne put l’ébranler.

Mais à peine eut-il fait dix pas qu’une seconde vague, accourant plus haute, plus menaçante, plus furieuse que la première, vint le frapper à la hauteur de la poitrine, le renversa, l’ensevelit.

Puis, le reflux l’emportant, elle laissa un instant à découvert le duc et de Wardes couchés sur le sable.

De Wardes était évanoui.

En ce moment quatre matelots du duc, qui comprirent le danger, se jetèrent à la mer et en une seconde furent près du duc.

Leur terreur fut grande lorsqu’ils virent leur maître se couvrir de sang à mesure que l’eau dont il était imprégné coulait vers les genoux et les pieds.

Ils voulurent l’emporter.

– Non, non! dit le duc; à terre! à terre, le marquis!

– À mort! à mort, le Français! crièrent sourdement les Anglais.

– Misérables drôles! s’écria le duc se dressant avec un geste superbe qui les arrosa de sang, obéissez. M. de Wardes à terre, M. de Wardes en sûreté avant toutes choses ou je vous fais pendre!

La barque s’était approchée pendant ce temps. Le secrétaire et l’intendant sautèrent à leur tour à la mer et s’approchèrent du marquis. Il ne donnait plus signe de vie.

– Je vous recommande cet homme sur votre tête, dit le duc. Au rivage! M. de Wardes au rivage!

On le prit à bras et on le porta jusqu’au sable sec.

Quelques curieux et cinq ou six pêcheurs s’étaient groupés sur le rivage, attirés par le singulier spectacle de deux hommes se battant avec de l’eau jusqu’aux genoux.

Les pêcheurs, voyant venir à eux un groupe d’hommes portant un blessé, entrèrent, de leur côté, jusqu’à mi-jambe dans la mer. Les Anglais leur remirent le blessé au moment où celui-ci commençait à rouvrir les yeux.

L’eau salée de la mer et le sable fin s’étaient introduits dans ses blessures et lui causaient d’inexprimables souffrances.

Le secrétaire du duc tira de sa poche une bourse pleine et la remit à celui qui paraissait le plus considérable d’entre les assistants.

– De la part de mon maître, milord duc de Buckingham, dit-il, pour que l’on prenne de M. le marquis de Wardes tous les soins imaginables.

Et il s’en retourna, suivi des siens, jusqu’au canot que Buckingham avait regagné à grand-peine, mais seulement lorsqu’il avait vu de Wardes hors de danger.

La mer était déjà haute; les habits brodés et les ceintures de soie furent noyés. Beaucoup de chapeaux furent enlevés par les lames.

Quant aux habits de milord duc et à ceux de de Wardes, le flux les avait portés vers le rivage.

On enveloppa de Wardes dans l’habit du duc, croyant que c’était le sien, et on le transporta à bras vers la ville.

Chapitre CIV – Triple amour

Depuis le départ de Buckingham, de Guiche se figurait que la terre lui appartenait sans partage.

Monsieur, qui n’avait plus le moindre sujet de jalousie et qui, d’ailleurs, se laissait accaparer par le chevalier de Lorraine, accordait dans sa maison autant de liberté que les plus exigeants pouvaient en souhaiter.

De son côté, le roi, qui avait pris goût à la société de Madame, imaginait plaisirs sur plaisirs pour égayer le séjour de Paris, en sorte qu’il ne se passait pas un jour sans une fête au Palais-Royal ou une réception chez Monsieur.

Le roi faisait disposer Fontainebleau pour y recevoir la cour, et tout le monde s’employait pour être du voyage. Madame menait la vie la plus occupée. Sa voix, sa plume ne s’arrêtaient pas un moment.

Les conversations avec de Guiche prenaient peu à peu l’intérêt auquel on ne peut méconnaître les préludes des grandes passions.

Lorsque les yeux languissent à propos d’une discussion sur des couleurs d’étoffes, lorsque l’on passe une heure à analyser les mérites et le parfum d’un sachet ou d’une fleur, il y a dans ce genre de conversation des mots que tout le monde peut entendre, mais il y a des gestes ou des soupirs que tout le monde ne peut voir.

Quand Madame avait bien causé avec M. de Guiche, elle causait avec le roi, qui lui rendait visite régulièrement chaque jour. On jouait, on faisait des vers, on choisissait des devises et des emblèmes; ce printemps n’était pas seulement le printemps de la nature, c’était la jeunesse de tout un peuple dont cette cour formait la tête.

Le roi était beau, jeune, galant plus que tout le monde. Il aimait amoureusement toutes les femmes, même la reine sa femme.

Seulement le grand roi était le plus timide ou le plus réservé de son royaume, tant qu’il ne s’était pas avoué à lui-même ses sentiments.

Cette timidité le retenait dans les limites de la simple politesse, et nulle femme ne pouvait se vanter d’avoir la préférence sur une autre.

On pouvait pressentir que le jour où il se déclarerait serait l’aurore d’une souveraineté nouvelle; mais il ne se déclarait pas. M. de Guiche en profitait pour être le roi de toute la cour amoureuse.

On l’avait dit au mieux avec Mlle de Montalais, on l’avait dit assidu près de Mlle de Châtillon; maintenant il n’était plus même civil avec aucune femme de la cour. Il n’avait d’yeux, d’oreilles que pour une seule.

Aussi prenait-il insensiblement sa place chez Monsieur, qui l’aimait et le retenait le plus possible dans sa maison.

Naturellement sauvage, il s’éloignait trop avant l’arrivée de Madame, une fois que Madame était arrivée, il ne s’éloignait plus assez.

Ce qui, remarqué de tout le monde, le fut particulièrement du mauvais génie de la maison, le chevalier de Lorraine, à qui Monsieur témoignait un vif attachement parce qu’il avait l’humeur joyeuse, même dans ses méchancetés, et qu’il ne manquait jamais d’idées pour employer le temps.

Le chevalier de Lorraine, disons-nous, voyant que de Guiche menaçait de le supplanter, eut recours au grand moyen. Il disparut, laissant Monsieur bien empêché.

Le premier jour de sa disparition, Monsieur ne le chercha presque pas, car de Guiche était là, et, sauf les entretiens avec Madame, il consacrait bravement les heures du jour et de la nuit au prince.

Mais le second jour, Monsieur, ne trouvant personne sous la main, demanda où était le chevalier.

Il lui fut répondu que l’on ne savait pas.

De Guiche, après avoir passé sa matinée à choisir des broderies et des franges avec Madame, vint consoler le prince. Mais, après le dîner, il y avait encore des tulipes et des améthystes à estimer; de Guiche retourna dans le cabinet de Madame.

Monsieur demeura seul; c’était l’heure de sa toilette: il se trouva le plus malheureux des hommes et demanda encore si l’on avait des nouvelles du chevalier.

– Nul ne sait où trouver M. le chevalier, fut la réponse que l’on rendit au prince.

Monsieur, ne sachant plus où porter son ennui, s’en alla en robe de chambre et coiffé chez Madame.

Il y avait là grand cercle de gens qui riaient et chuchotaient à tous les coins: ici un groupe de femmes autour d’un homme et des éclats étouffés; là Manicamp et Malicorne pillés par Montalais, Mlle de Tonnay-Charente et deux autres rieuses.

Plus loin, Madame, assise sur des coussins, et de Guiche éparpillant, à genoux près d’elle, une poignée de perles et de pierres dans lesquelles le doigt fin et blanc de la princesse désignait celles qui lui plaisaient le plus.

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