L'île mystérieuse
- Автор: Verne Jules
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Biblioth
- Жанр: Прочая древняя литература
Электронная книга - «L'île mystérieuse». Краткое содержание книги:
Gédéon Spilett et Harbert allèrent prendre leur part du déjeuner, pendant que Top veillait sous les fenêtres. Puis, après avoir mangé, ils retournèrent à leur poste. Deux heures plus tard, la situation ne s’était encore aucunement modifiée. Les quadrumanes ne donnaient plus aucun signe d’existence, et c’était à croire qu’ils avaient disparu ; mais ce qui paraissait le plus probable, c’est qu’effrayés par la mort de l’un d’eux, épouvantés par les détonations des armes, ils se tenaient cois au fond des chambres de Granite-House, ou même dans le magasin. Et quand on songeait aux richesses que renfermait ce magasin, la patience, tant recommandée par l’ingénieur, finissait par dégénérer en violente irritation, et, franchement, il y avait de quoi.
« Décidément, c’est trop bête, dit enfin le reporter, et il n’y a vraiment pas de raison pour que cela finisse !
– Il faut pourtant faire déguerpir ces chenapans-là ! s’écria Pencroff. Nous en viendrions bien à bout, quand même ils seraient une vingtaine, mais, pour cela, il faut les combattre corps à corps ! Ah çà ! N’y a-t-il donc pas un moyen d’arriver jusqu’à eux ?
– Si, répondit alors l’ingénieur, dont une idée venait de traverser l’esprit.
– Un ? dit Pencroff. Eh bien, c’est le bon, puisqu’il n’y en a pas d’autres ! Et quel est-il ?
– Essayons de redescendre à Granite-House par l’ancien déversoir du lac, répondit l’ingénieur.
– Ah ! Mille et mille diables ! s’écria le marin. Et je n’ai pas pensé à cela ! »
C’était, en effet, le seul moyen de pénétrer dans Granite-House, afin d’y combattre la bande et de l’expulser. L’orifice du déversoir était, il est vrai, fermé par un mur de pierres cimentées, qu’il serait nécessaire de sacrifier, mais on en serait quitte pour le refaire. Heureusement, Cyrus Smith n’avait pas encore effectué son projet de dissimuler cet orifice en le noyant sous les eaux du lac, car alors l’opération eût demandé un certain temps.
Il était déjà plus de midi, quand les colons, bien armés et munis de pics et de pioches, quittèrent les Cheminées, passèrent sous les fenêtres de Granite-House, après avoir ordonné à Top de rester à son poste, et se disposèrent à remonter la rive gauche de la Mercy, afin de gagner le plateau de Grande-vue.
Mais ils n’avaient pas fait cinquante pas dans cette direction, qu’ils entendirent les aboiements furieux du chien. C’était comme un appel désespéré.
Ils s’arrêtèrent.
« Courons ! » dit Pencroff.
Et tous de redescendre la berge à toutes jambes.
Arrivés au tournant, ils virent que la situation avait changé. En effet, les singes, pris d’un effroi subit, provoqué par quelque cause inconnue, cherchaient à s’enfuir. Deux ou trois couraient et sautaient d’une fenêtre à l’autre avec une agilité de clowns. Ils ne cherchaient même pas à replacer l’échelle, par laquelle il leur eût été facile de descendre, et, dans leur épouvante, peut-être avaient-ils oublié ce moyen de déguerpir. Bientôt, cinq ou six furent en position d’être tirés, et les colons, les visant à l’aise, firent feu. Les uns, blessés ou tués, retombèrent au dedans des chambres, en poussant des cris aigus. Les autres, précipités au dehors, se brisèrent dans leur chute, et, quelques instants après, on pouvait supposer qu’il n’y avait plus un quadrumane vivant dans Granite-House.
« Hurrah ! s’écria Pencroff, hurrah ! Hurrah !
– Pas tant de hurrahs ! dit Gédéon Spilett.
– Pourquoi ? Ils sont tous tués, répondit le marin.
– D’accord, mais cela ne nous donne pas le moyen de rentrer chez nous.
– Allons au déversoir ! répliqua Pencroff.
– Sans doute, dit l’ingénieur. Cependant, il eût été préférable… »
En ce moment, et comme une réponse faite à l’observation de Cyrus Smith, on vit l’échelle glisser sur le seuil de la porte, puis se dérouler et retomber jusqu’au sol.
« Ah ! Mille pipes ! Voilà qui est fort ! s’écria le marin en regardant Cyrus Smith.
– Trop fort ! murmura l’ingénieur, qui s’élança le premier sur l’échelle.
– Prenez garde, Monsieur Cyrus ! s’écria Pencroff, s’il y a encore quelques-uns de ces sagouins…
– Nous verrons bien », répondit l’ingénieur sans s’arrêter.
Tous ses compagnons le suivirent, et, en une minute, ils étaient arrivés au seuil de la porte.
On chercha partout. Personne dans les chambres, ni dans le magasin qui avait été respecté par la bande des quadrumanes.
« Ah çà, et l’échelle ? s’écria le marin. Quel est donc le gentleman qui nous l’a renvoyée ? »
Mais, en ce moment, un cri se fit entendre, et un grand singe, qui s’était réfugié dans le couloir, se précipita dans la salle, poursuivi par Nab.
« Ah ! Le bandit ! » s’écria Pencroff.
Et la hache à la main, il allait fendre la tête de l’animal, lorsque Cyrus Smith l’arrêta et lui dit :
« Épargnez-le, Pencroff.
– Que je fasse grâce à ce moricaud ?
– Oui ! C’est lui qui nous a jeté l’échelle ! »
Et l’ingénieur dit cela d’une voix si singulière, qu’il eût été difficile de savoir s’il parlait sérieusement ou non.
Néanmoins, on se jeta sur le singe, qui, après s’être défendu vaillamment, fut terrassé et garrotté.
« Ouf ! s’écria Pencroff. Et qu’est-ce que nous en ferons maintenant ?
– Un domestique ! » répondit Harbert.
Et en parlant ainsi, le jeune garçon ne plaisantait pas tout à fait, car il savait le parti que l’on peut tirer de cette race intelligente des quadrumanes.
Les colons s’approchèrent alors du singe et le considérèrent attentivement. Il appartenait bien à cette espèce des anthropomorphes dont l’angle facial n’est pas sensiblement inférieur à celui des australiens et des hottentots. C’était un orang, et qui, comme tel, n’avait ni la férocité du babouin, ni l’irréflexion du macaque, ni la malpropreté du sagouin, ni les impatiences du magot, ni les mauvais instincts du cynocéphale. C’est à cette famille des anthropomorphes que se rapportent tant de traits qui indiquent chez ces animaux une intelligence quasi-humaine. Employés dans les maisons, ils peuvent servir à table, nettoyer les chambres, soigner les habits, cirer les souliers, manier adroitement le couteau, la cuiller et la fourchette, et même boire le vin… tout aussi bien que le meilleur domestique à deux pieds sans plumes. On sait que Buffon posséda un de ces singes, qui le servit longtemps comme un serviteur fidèle et zélé.
Celui qui était alors garrotté dans la salle de Granite-House était un grand diable, haut de six pieds, corps admirablement proportionné, poitrine large, tête de grosseur moyenne, angle facial atteignant soixante-cinq degrés, crâne arrondi, nez saillant, peau recouverte d’un poil poli, doux et luisant, – enfin un type accompli des anthropomorphes. Ses yeux, un peu plus petits que des yeux humains, brillaient d’une intelligente vivacité ; ses dents blanches resplendissaient sous sa moustache, et il portait une petite barbe frisée de couleur noisette.
« Un beau gars ! dit Pencroff. Si seulement on connaissait sa langue, on pourrait lui parler !
– Ainsi, dit Nab, c’est sérieux, mon maître ? Nous allons le prendre comme domestique ?
– Oui, Nab, répondit en souriant l’ingénieur. Mais ne sois pas jaloux !