L'île mystérieuse
- Автор: Verne Jules
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Biblioth
- Жанр: Прочая древняя литература
Электронная книга - «L'île mystérieuse». Краткое содержание книги:
« C’est une farce, disait-il, c’est une farce qu’on nous a faite ! Eh bien, je n’aime pas les farces, moi, et malheur au farceur, s’il tombe sous ma main ! »
Dès que les premières lueurs du jour s’élevèrent dans l’est, les colons, convenablement armés, se rendirent sur le rivage, à la lisière des récifs.
Granite-House, frappée directement par le soleil levant, ne devait pas tarder à s’éclairer des lumières de l’aube, et en effet, avant cinq heures, les fenêtres, dont les volets étaient clos, apparurent à travers leurs rideaux de feuillage. De ce côté, tout était en ordre, mais un cri s’échappa de la poitrine des colons, quand ils aperçurent toute grande ouverte la porte, qu’ils avaient fermée cependant avant leur départ. Quelqu’un s’était introduit dans Granite-House. Il n’y avait plus à en douter.
L’échelle supérieure, ordinairement tendue du palier à la porte, était à sa place ; mais l’échelle inférieure avait été retirée et relevée jusqu’au seuil. Il était plus qu’évident que les intrus avaient voulu se mettre à l’abri de toute surprise.
Quant à reconnaître leur espèce et leur nombre, ce n’était pas possible encore, puisqu’aucun d’eux ne se montrait.
Pencroff héla de nouveau.
Pas de réponse.
« Les gueux ! s’écria le marin. Voilà-t-il pas qu’ils dorment tranquillement, comme s’ils étaient chez eux ! Ohé ! Pirates, bandits, corsaires, fils de John Bull ! »
Quand Pencroff, en sa qualité d’américain, avait traité quelqu’un de « fils de John Bull », il s’était élevé jusqu’aux dernières limites de l’insulte.
En ce moment, le jour se fit complètement, et la façade de Granite-House s’illumina sous les rayons du soleil. Mais, à l’intérieur comme à l’extérieur, tout était muet et calme.
Les colons en étaient à se demander si Granite-House était occupée ou non, et, pourtant, la position de l’échelle le démontrait suffisamment, et il était même certain que les occupants, quels qu’ils fussent, n’avaient pu s’enfuir ! Mais comment arriver jusqu’à eux ?
Harbert eut alors l’idée d’attacher une corde à une flèche, et de lancer cette flèche de manière qu’elle vînt passer entre les premiers barreaux de l’échelle, qui pendaient au seuil de la porte. On pourrait alors, au moyen de la corde, dérouler l’échelle jusqu’à terre et rétablir la communication entre le sol et Granite-House.
Il n’y avait évidemment pas autre chose à faire, et, avec un peu d’adresse, le moyen devait réussir.
Très heureusement, arcs et flèches avaient été déposés dans un couloir des Cheminées, où se trouvaient aussi quelques vingtaines de brasses d’une légère corde d’hibiscus. Pencroff déroula cette corde, dont il fixa le bout à une flèche bien empennée. Puis, Harbert, après avoir placé la flèche sur son arc, visa avec un soin extrême l’extrémité pendante de l’échelle.
Cyrus Smith, Gédéon Spilett, Pencroff et Nab s’étaient retirés en arrière, de façon à observer ce qui se passerait aux fenêtres de Granite-House. Le reporter, la carabine à l’épaule, ajustait la porte.
L’arc se détendit, la flèche siffla, entraînant la corde, et vint passer entre les deux derniers échelons.
L’opération avait réussi. Aussitôt, Harbert saisit l’extrémité de la corde ; mais, au moment où il donnait une secousse pour faire retomber l’échelle, un bras, passant vivement entre le mur et la porte, la saisit et la ramena au dedans de Granite-House.
« Triple gueux ! s’écria le marin. Si une balle peut faire ton bonheur, tu n’attendras pas longtemps !
– Mais qui est-ce donc ? demanda Nab.
– Qui ? Tu n’as pas reconnu ?…
– Non.
– Mais c’est un singe, un macaque, un sapajou, une guenon, un orang, un babouin, un gorille, un sagouin ! Notre demeure a été envahie par des singes, qui ont grimpé par l’échelle pendant notre absence ! »
Et, en ce moment, comme pour donner raison au marin, trois ou quatre quadrumanes se montraient aux fenêtres, dont ils avaient repoussé les volets, et saluaient les véritables propriétaires du lieu de mille contorsions et grimaces.
« Je savais bien que ce n’était qu’une farce ! s’écria Pencroff, mais voilà un des farceurs qui payera pour les autres ! »
Le marin, épaulant son fusil, ajusta rapidement un des singes, et fit feu. Tous disparurent, sauf l’un d’eux, qui, mortellement frappé, fut précipité sur la grève.
Ce singe, de haute taille, appartenait au premier ordre des quadrumanes, on ne pouvait s’y tromper. Que ce fût un chimpanzé, un orang, un gorille ou un gibbon, il prenait rang parmi ces anthropomorphes, ainsi nommés à cause de leur ressemblance avec les individus de race humaine. D’ailleurs, Harbert déclara que c’était un orang-outang, et l’on sait que le jeune garçon se connaissait en zoologie.
« La magnifique bête ! s’écria Nab.
– Magnifique, tant que tu voudras ! répondit Pencroff, mais je ne vois pas encore comment nous pourrons rentrer chez nous !
– Harbert est bon tireur, dit le reporter, et son arc est là ! Qu’il recommence…
– Bon ! Ces singes-là sont malins ! s’écria Pencroff, et ils ne se remettront pas aux fenêtres, et nous ne pourrons pas les tuer, et quand je pense aux dégâts qu’ils peuvent commettre dans les chambres, dans le magasin…
– De la patience, répondit Cyrus Smith. Ces animaux ne peuvent nous tenir longtemps en échec !
– Je n’en serai sûr que quand ils seront à terre, répondit le marin. Et d’abord, savez-vous, Monsieur Smith, combien il y en a de douzaines, là-haut, de ces farceurs-là ? »
Il eût été difficile de répondre à Pencroff, et quant à recommencer la tentative du jeune garçon, c’était peu aisé, car l’extrémité inférieure de l’échelle avait été ramenée en dedans de la porte, et, quand on hala de nouveau sur la corde, la corde cassa et l’échelle ne retomba point.
Le cas était véritablement embarrassant. Pencroff rageait. La situation avait un certain côté comique, qu’il ne trouvait pas drôle du tout, pour sa part.
Il était évident que les colons finiraient par réintégrer leur domicile et en chasser les intrus, mais quand et comment ? Voilà ce qu’ils n’auraient pu dire. Deux heures se passèrent, pendant lesquelles les singes évitèrent de se montrer ; mais ils étaient toujours là, et trois ou quatre fois, un museau ou une patte se glissèrent par la porte ou les fenêtres, qui furent salués de coups de fusil.
« Dissimulons-nous, dit alors l’ingénieur. Peut-être les singes nous croiront-ils partis et se laisseront-ils voir de nouveau. Mais que Spilett et Harbert s’embusquent derrière les roches, et feu sur tout ce qui apparaîtra. »
Les ordres de l’ingénieur furent exécutés, et, pendant que le reporter et le jeune garçon, les deux plus adroits tireurs de la colonie, se postaient à bonne portée, mais hors de la vue des singes, Nab, Pencroff et Cyrus Smith gravissaient le plateau et gagnaient la forêt pour tuer quelque gibier, car l’heure du déjeuner était venue, et, en fait de vivres, il ne restait plus rien. Au bout d’une demi-heure, les chasseurs revinrent avec quelques pigeons de roche, que l’on fit rôtir tant bien que mal. Pas un singe n’avait reparu.