L'île mystérieuse
- Автор: Verne Jules
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Biblioth
- Жанр: Прочая древняя литература
Электронная книга - «L'île mystérieuse». Краткое содержание книги:
Renoncer à ce travail, qui l’agaçait outre mesure ; mais quand il se fut agi de coudre, il n’eut pas son égal. Personne n’ignore, en effet, que les marins ont une aptitude remarquable pour le métier de couturière.
Les toiles qui composaient l’enveloppe de l’aérostat furent ensuite dégraissées au moyen de soude et de potasse obtenues par incinération de plantes, de telle sorte que le coton, débarrassé du vernis, reprit sa souplesse et son élasticité naturelles ; puis, soumis à l’action décolorante de l’atmosphère, il acquit une blancheur parfaite. Quelques douzaines de chemises et de chaussettes – celles-ci non tricotées, bien entendu, mais faites de toiles cousues – furent ainsi préparées. Quelle jouissance ce fut pour les colons de revêtir enfin du linge blanc – linge très rude sans doute, mais ils n’en étaient pas à s’inquiéter de si peu – et de se coucher entre des draps, qui firent des couchettes de Granite-House des lits tout à fait sérieux.
Ce fut aussi vers cette époque que l’on confectionna des chaussures en cuir de phoque, qui vinrent remplacer à propos les souliers et les bottes apportés d’Amérique. On peut affirmer que ces nouvelles chaussures furent larges et longues et ne gênèrent jamais le pied des marcheurs !
Avec le début de l’année 1866, les chaleurs furent persistantes, mais la chasse sous bois ne chôma point. Agoutis, pécaris, cabiais, kangourous, gibiers de poil et de plume fourmillaient véritablement, et Gédéon Spilett et Harbert étaient trop bons tireurs pour perdre désormais un seul coup de fusil.
Cyrus Smith leur recommandait toujours de ménager les munitions, et il prit des mesures pour remplacer la poudre et le plomb qui avaient été trouvés dans la caisse, et qu’il voulait réserver pour l’avenir.
Savait-il, en effet, où le hasard pourrait jeter un jour, lui et les siens, dans le cas où ils quitteraient leur domaine ? Il fallait donc parer à toutes les nécessités de l’inconnu, et ménager les munitions, en leur substituant d’autres substances aisément renouvelables.
Pour remplacer le plomb, dont Cyrus Smith n’avait rencontré aucune trace dans l’île, il employa sans trop de désavantage de la grenaille de fer, qui était facile à fabriquer. Ces grains n’ayant pas la pesanteur des grains de plomb, il dut les faire plus gros, et chaque charge en contint moins, mais l’adresse des chasseurs suppléa à ce défaut. Quant à la poudre, Cyrus Smith aurait pu en faire, car il avait à sa disposition du salpêtre, du soufre et du charbon ; mais cette préparation demande des soins extrêmes, et, sans un outillage spécial, il est difficile de la produire en bonne qualité.
Cyrus Smith préféra donc fabriquer du pyroxyle, c’est-à-dire du fulmi-coton, substance dans laquelle le coton n’est pas indispensable, car il n’y entre que comme cellulose. Or, la cellulose n’est autre chose que le tissu élémentaire des végétaux, et elle se trouve à peu près à l’état de pureté, non seulement dans le coton, mais dans les fibres textiles du chanvre et du lin, dans le papier, le vieux linge, la moelle de sureau, etc. Or, précisément, les sureaux abondaient dans l’île, vers l’embouchure du Creek-Rouge, et les colons employaient déjà en guise de café les baies de ces arbrisseaux, qui appartiennent à la famille des caprifoliacées.
Ainsi donc, cette moelle de sureau, c’est-à-dire la cellulose, il suffisait de la récolter, et, quant à l’autre substance nécessaire à la fabrication du pyroxyle, ce n’était que de l’acide azotique fumant.
Or, Cyrus Smith, ayant de l’acide sulfurique à sa disposition, avait déjà pu facilement produire de l’acide azotique, en attaquant le salpêtre que lui fournissait la nature.
Il résolut donc de fabriquer et d’employer du pyroxyle, tout en lui reconnaissant d’assez graves inconvénients, c’est-à-dire une grande inégalité d’effet, une excessive inflammabilité, puisqu’il s’enflamme à cent soixante-dix degrés au lieu de deux cent quarante, et enfin une déflagration trop instantanée qui peut dégrader les armes à feu. En revanche, les avantages du pyroxyle consistaient en ceci, qu’il ne s’altérait pas par l’humidité, qu’il n’encrassait pas le canon des fusils, et que sa force propulsive était quadruple de celle de la poudre ordinaire.
Pour faire le pyroxyle, il suffit de plonger pendant un quart d’heure de la cellulose dans de l’acide azotique fumant, puis de laver à grande eau et de faire sécher. On le voit, rien n’est plus simple.
Cyrus Smith n’avait à sa disposition que de l’acide azotique ordinaire, et non de l’acide azotique fumant ou monohydraté, c’est-à-dire de l’acide qui émet des vapeurs blanchâtres au contact de l’air humide ; mais en substituant à ce dernier de l’acide azotique ordinaire, mélangé dans la proportion de trois volumes à cinq volumes d’acide sulfurique concentré, l’ingénieur devait obtenir le même résultat, et il l’obtint. Les chasseurs de l’île eurent donc bientôt à leur disposition une substance parfaitement préparée, et qui, employée avec discrétion, donna d’excellents résultats.
Vers cette époque, les colons défrichèrent trois acres du plateau de Grande-vue, et le reste fut conservé à l’état de prairies pour l’entretien des onaggas. Plusieurs excursions furent faites dans les forêts du Jacamar et du Far-West, et l’on rapporta une véritable récolte de végétaux sauvages, épinards, cresson, raifort, raves, qu’une culture intelligente devait bientôt modifier, et qui allaient tempérer le régime d’alimentation azotée auquel avaient été jusque-là soumis les colons de l’île Lincoln. On véhicula également de notables quantités de bois et de charbon. Chaque excursion était, en même temps, un moyen d’améliorer les routes, dont la chaussée se tassait peu à peu sous les roues du chariot.
La garenne fournissait toujours son contingent de lapins aux offices de Granite-House. Comme elle était située un peu au dehors du point où s’annonçait le Creek-Glycérine, ses hôtes ne pouvaient pénétrer sur le plateau réservé, ni ravager, par conséquent, les plantations nouvellement faites. Quant à l’huîtrière, disposée au milieu des rocs de la plage et dont les produits étaient fréquemment renouvelés, elle donnait quotidiennement d’excellents mollusques. En outre, la pêche, soit dans les eaux du lac, soit dans le courant de la Mercy, ne tarda pas à être fructueuse, car Pencroff avait installé des lignes de fond, armées d’hameçons de fer, auxquels se prenaient fréquemment de belles truites et certains poissons, extrêmement savoureux, dont les flancs argentés étaient semés de petites taches jaunâtres. Aussi maître Nab, chargé des soins culinaires, pouvait-il varier agréablement le menu de chaque repas. Seul, le pain manquait encore à la table des colons, et, on l’a dit, c’était une privation à laquelle ils étaient vraiment sensibles.
On fit aussi, vers cette époque, la chasse aux tortues marines, qui fréquentaient les plages du cap Mandibule. En cet endroit, la grève était hérissée de petites boursouflures, renfermant des œufs parfaitement sphériques, à coque blanche et dure, et dont l’albumine a la propriété de ne point se coaguler comme celle des œufs d’oiseaux. C’était le soleil qui se chargeait de les faire éclore, et leur nombre était naturellement très considérable, puisque chaque tortue peut en pondre annuellement jusqu’à deux cent cinquante.
« Un véritable champ d’œufs, fit observer Gédéon Spilett, et il n’y a qu’à les récolter. »
Mais on ne se contenta pas des produits, on fit aussi la chasse aux producteurs, chasse qui permit de rapporter à Granite-House une douzaine de ces chéloniens, véritablement très estimables au point de vue alimentaire. Le bouillon de tortue, relevé d’herbes aromatiques et agrémenté de quelques crucifères, attira souvent des éloges mérités à maître Nab, son préparateur.