Pot-bouille
- Автор: Золя Эмиль
- Серия: les rougon-macquart #10
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «Pot-bouille». Краткое содержание книги:
A midi moins un quart, l'ouvriere parut, avec son visage de cire, sa tristesse continuelle, son morne abandon. Elle pouvait a peine marcher. M. Gourd trembla, tant qu'elle ne fut pas dans la rue. Au moment ou elle lui remit la clef, Duveyrier justement debouchait du vestibule, si brulant de sa nuit, que les taches rouges de son front saignaient. Il affecta un air rogue, une severite d'implacable morale, lorsque le ventre de cette creature passa devant lui. Elle avait baisse la tete, honteuse, resignee; et elle suivit la petite voiture, elle s'en alla, du pas desespere dont elle etait venue, le jour ou elle s'etait engouffree dans les draps noirs des Pompes funebres.
Alors, seulement, M. Gourd triompha. Comme si ce ventre emportait le malaise de la maison, les choses deshonnetes dont frissonnaient les murs, il cria au proprietaire:
-Un bon debarras, monsieur!... On va donc respirer, car ca devenait repugnant, ma parole d'honneur! J'ai cent livres de moins sur la poitrine.... Non, voyez-vous, monsieur, dans une maison qui se respecte, il ne faut pas de femmes, et surtout pas de ces femmes qui travaillent!
XIV
Le mardi suivant, Berthe manqua de parole a Octave. Cette fois, elle l'avait averti de ne pas l'attendre, dans une breve explication, le soir, apres la fermeture du magasin; et elle sanglotait, elle etait allee se confesser la veille, reprise d'un besoin de religion, toute suffoquee encore par les exhortations douloureuses de l'abbe Mauduit. Depuis son mariage, elle ne pratiquait plus; mais, a la suite des gros mots dont les bonnes l'avaient eclaboussee, elle venait de se sentir si triste, si abandonnee, si malpropre, qu'elle s'etait rejetee pour une heure dans ses croyances d'enfant, enflammee d'un espoir de purification et de salut. Au retour, le pretre ayant pleure avec elle, sa faute lui faisait horreur. Octave, impuissant, furieux, haussa les epaules.
Puis, trois jours plus tard, elle promit de nouveau pour le mardi suivant. Dans un rendez-vous donne a son amant, passage des Panoramas, elle avait vu des chales de chantilly; et elle en parlait sans cesse, avec des yeux mourants de desir. Aussi, le lundi matin, le jeune homme lui dit-il en riant, pour adoucir la brutalite du marche, que, si elle tenait sa parole enfin, elle trouverait chez lui une petite surprise. Elle comprit, elle se mit une fois encore a pleurer. Non! non! maintenant, elle n'irait pas, il lui gatait le bonheur de leur rendez-vous. Elle avait parle de ce chale en l'air, elle n'en voulait plus, elle le jetterait au feu, s'il lui en faisait cadeau. Pourtant, le lendemain, ils convinrent de tout: minuit et demi, elle frapperait trois coups legers.
Ce jour-la, quand Auguste partit pour Lyon, il parut singulier a Berthe. Elle l'avait surpris parlant bas avec Rachel, derriere la porte de la cuisine; en outre, il etait jaune, grelottant, l'oeil ferme; mais, comme il se plaignait de sa migraine, elle le crut malade et lui assura que le voyage lui ferait du bien. Des qu'elle fut seule, elle retourna dans la cuisine, tacha de sonder la bonne, par un reste d'inquietude. Cette fille continuait a se montrer discrete, respectueuse, dans son attitude raide des premiers jours. La jeune femme, pourtant, la sentait vaguement mecontente; et elle pensait qu'elle avait eu grand tort de lui donner vingt francs et une robe, puis de couper court a ses liberalites, forcement, car elle courait toujours apres cent sous.
-Ma pauvre fille, lui dit-elle, je suis bien peu genereuse, n'est-ce pas?... Allez, ce n'est pas de ma faute. Je songe a vous, je vous recompenserai.
Rachel repondit de son air froid:
-Madame ne me doit rien.
Alors, Berthe alla chercher deux vieilles chemises a elle, voulant au moins lui prouver son bon coeur. Mais la bonne, en les prenant, declara qu'elle en ferait des linges pour la cuisine.
-Merci, madame, la percale me donne des boutons, je ne porte que de la toile.
Berthe, cependant, la trouvait si polie, qu'elle se rassura. Elle se montra familiere, lui avoua qu'elle decoucherait, la pria meme de laisser une lampe allumee, a tout hasard. On fermerait au verrou la porte du grand escalier, et elle sortirait par la porte de la cuisine, dont elle emporterait la clef. La bonne prenait tranquillement ces ordres, comme s'il se fut agi de mettre au feu un boeuf a la mode, pour le lendemain.
Le soir, par un raffinement de tactique, pendant que Berthe devait diner chez ses parents, Octave avait accepte une invitation chez les Campardon. Il comptait rester la jusqu'a dix heures, puis aller s'enfermer dans sa chambre et y attendre minuit et demi, avec le plus de patience possible.
Chez les Campardon, le diner fut patriarcal. L'architecte, entre sa femme et la cousine, s'appesantissait sur les plats, des plats de menage, abondants et sains, comme il les qualifiait. Il y avait, ce soir-la, une poule au riz, une piece de boeuf et des pommes de terre sautees. Depuis que la cousine s'occupait de tout, la maison vivait dans une indigestion continue, tant elle savait bien acheter, payant moins cher et rapportant deux fois plus de viande que les autres. Aussi Campardon revint-il trois fois a la poule, pendant que Rose se bourrait de riz. Angele se reserva pour le boeuf; elle aimait le sang, Lisa lui en fourrait en cachette de grandes cuillerees. Et, seule, Gasparine touchait a peine aux plats, ayant l'estomac retreci, disait-elle.
-Mangez donc, criait l'architecte a Octave, vous ne savez pas qui vous mangera.
Madame Campardon, penchee a l'oreille du jeune homme, s'applaudissait une fois encore du bonheur apporte par la cousine dans la maison: une economie de cent pour cent au moins, les domestiques reduites au respect, Angele surveillee et recevant le bon exemple.
-Enfin, murmura-t-elle, Achille continue a etre heureux comme le poisson dans l'eau, et moi je n'ai plus rien a faire, absolument rien.... Tenez! elle me debarbouille, maintenant.... Je puis vivre sans remuer les bras ni les jambes, elle a pris toutes les fatigues du menage.
Ensuite, l'architecte raconta comment "il avait roule ces cocos de l'Instruction publique".
-Imaginez-vous, mon cher, qu'ils m'ont cherche des ennuis a n'en plus finir, pour mes travaux d'Evreux.... Moi, n'est-ce pas? j'ai voulu avant tout faire plaisir a monseigneur. Seulement, le fourneau des nouvelles cuisines et le calorifere ont depasse vingt mille francs. Aucun credit n'etait vote, et vingt mille francs ne sont pas faciles a prendre sur les maigres frais d'entretien. D'autre part, la chaire pour laquelle j'avais trois mille francs, est montee a pres de dix mille: encore sept mille francs qu'il fallait dissimuler.... Aussi m'ont-ils appele ce matin au ministere, ou un grand sec m'a d'abord fichu un galop. Ah! mais non! je n'aime pas ca! Alors, moi, je lui ai flanque carrement monseigneur a la tete, en le menacant d'appeler monseigneur a Paris, pour expliquer l'affaire. Et, tout de suite, il est devenu poli, oh! d'une politesse! tenez, j'en ris encore! Vous savez qu'ils ont une peur de chien des eveques, en ce moment. Quand j'ai un eveque avec moi, je demolirais et je rebatirais Notre-Dame, je me moque pas mal du gouvernement!
Tous s'egayaient autour de la table, sans respect pour le ministre, dont ils parlaient avec dedain, la bouche pleine de riz. Rose declara qu'il valait mieux etre avec la religion. Depuis les travaux de Saint-Roch, Achille etait accable de besogne: les plus grandes familles se le disputaient, il n'y suffisait plus, il devait passer les nuits. Dieu leur voulait du bien, decidement, et la famille le benissait, matin et soir.
On etait au dessert, lorsque Campardon s'ecria:
-A propos, mon cher, vous savez que Duveyrier a retrouve....