Le Seigneur des anneaux [- Tome 2 - Les deux tours]
- Автор: Толкин Джон Рональд Руэл
- Год: 2015
- Язык: французский
- Год: Christian Bourgois éditeur
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [- Tome 2 - Les deux tours]». Краткое содержание книги:
Il prit la main de Pippin et se pencha sur son visage, écoutant sa respiration ; puis il posa la main sur son front. Le hobbit frémit. Ses paupières se fermèrent. Il cria et se redressa, promenant des yeux hagards sur tous les visages autour de lui, pâles dans le clair de lune.
« Il n’est pas pour vous, Saruman ! s’écria-t-il d’une voix stridente et curieusement atone, s’éloignant brusquement de Gandalf. Je l’envoie chercher sur-le-champ. Compris ? Dis seulement cela ! » Puis il voulut se lever et fuir, mais Gandalf le retint avec délicatesse et fermeté.
« Peregrin Touc ! s’exclama-t-il. Revenez ! »
Le hobbit se détendit et retomba en arrière, s’agrippant à la main du magicien. « Gandalf ! cria-t-il. Gandalf ! Pardonnez-moi ! »
« Vous pardonner ? dit le magicien. Dites-moi d’abord ce que vous avez fait ! »
« Je… j’ai pris la boule pour regarder dedans, balbutia Pippin ; et j’ai vu des choses qui m’ont effrayé. Et j’ai voulu me sauver, mais je ne pouvais pas. Puis il est venu pour m’interroger ; et il m’a regardé, et, et… c’est tout ce que je me rappelle. »
« C’est loin d’être suffisant, dit Gandalf d’un ton sévère. Qu’avez-vous vu, et qu’avez-vous dit ? »
Pippin ferma les yeux et frissonna, mais il resta muet. Tous le dévisageaient en silence, sauf Merry qui se détourna. Mais le visage de Gandalf demeurait ferme. « Parlez ! » intima-t-il.
D’une voix faible et hésitante, Pippin reprit, et peu à peu ses paroles se firent plus claires et plus fortes. « J’ai vu un ciel sombre, dit-il, et de hauts remparts. Et de minuscules étoiles. Cela semblait se passer très loin et il y a très longtemps, pourtant c’était d’une terrible netteté. Alors les étoiles ont commencé à clignoter : elles étaient éclipsées par des créatures ailées. Très grandes, je crois, à vrai dire ; mais dans le cristal, on aurait dit des chauves-souris tournoyant au-dessus de la tour. Je pense qu’il y en avait neuf. L’une d’elles s’est mise à voler droit sur moi, elle n’arrêtait pas de grossir. Elle avait une horrible… non, non ! je ne peux pas le dire.
« J’ai essayé de m’enfuir, parce que j’ai cru qu’elle allait sortir du globe ; mais quand elle l’a eu complètement recouvert, elle a disparu. Puis il est venu, lui. Il ne m’a pas parlé avec des mots que je pouvais entendre. Il me regardait, et je comprenais.
« “Ainsi, vous voilà revenu ? Pourquoi avoir négligé de rendre compte de vous-même pendant si longtemps ?”
« Je n’ai pas répondu. Il a dit : “Qui êtes-vous ?” Je ne répondais toujours pas, mais ça me faisait horriblement mal ; et il me pressait, alors j’ai dit : “Un hobbit.”
« Puis, tout à coup, on aurait dit qu’il me voyait, et il s’est mis à rire. C’était cruel. J’avais l’impression d’être transpercé de coups de couteau. Je me suis débattu. Mais il a dit : “Attends un peu ! Nous nous reverrons bientôt. Dis à Saruman que ce bibelot n’est pas pour lui. Je l’envoie chercher sur-le-champ. Compris ? Dis seulement cela !”
« Alors il m’a regardé avec une joie perverse. Je me suis senti tomber en morceaux. Non, non ! je ne peux rien dire de plus. C’est tout ce dont je me souviens. »
« Regardez-moi ! » dit Gandalf.
Pippin le regarda droit dans les yeux. Le magicien tint son regard pendant un instant, sans mot dire. Puis son visage s’adoucit, et l’ombre d’un sourire se dessina sur ses lèvres. Il posa doucement la main sur la tête de Pippin.
« C’est bon ! finit-il par dire. N’en dites pas plus ! Vous n’avez pris aucun mal. Il n’y a pas de mensonge dans vos yeux comme je le craignais. Mais il ne vous a pas parlé longtemps. Vous êtes un sot, mais un sot honnête, Peregrin Touc. D’autres, plus sages que vous, auraient pu faire pire en pareille circonstance. Mais retenez bien ceci ! Vous avez été sauvé, vous et tous vos amis, par ce qu’on appelle la fortune, d’abord et avant tout. Vous ne pouvez compter là-dessus une deuxième fois. S’il vous avait interrogé sans attendre, il est quasi certain que vous lui auriez dit tout ce que vous savez, pour notre ruine à tous. Mais son avidité lui a nui. Il ne voulait pas seulement de l’information : c’est vous qu’il voulait, rapidement, pour vous cuisiner dans la Tour Sombre, lentement. Ne frémissez pas ! Si vous vous mêlez aux affaires des Magiciens, il faut pouvoir envisager de pareilles choses. Mais allons ! Je vous pardonne. Rassurez-vous ! Les choses n’ont pas tourné aussi mal qu’on pourrait le craindre. »
Il souleva doucement Pippin et le porta jusqu’à son lit. Merry les suivit et s’assit auprès de son compagnon. « Allongez-vous là et reposez-vous, si possible, Pippin ! dit Gandalf. Faites-moi confiance. Si vos paumes vous démangent encore, parlez-m’en ! Ces choses se guérissent, vous savez. Mais de grâce, mon cher hobbit, ne déposez plus de gros cailloux sous mon coude ! À présent, je vais vous laisser quelque temps ensemble. »
Sur ce, Gandalf partit rejoindre les autres, toujours rassemblés autour de la Pierre d’Orthanc, profondément troublés. « Le péril surgit dans la nuit au moment où l’on s’y attend le moins, dit-il. Nous l’avons échappé belle ! »
« Comment se porte le hobbit, Pippin ? » demanda Aragorn.
« Tout ira bien, maintenant, je crois, répondit Gandalf. Il n’a pas été retenu longtemps, et les hobbits ont une étonnante faculté de guérison. Le souvenir, ou l’horreur qu’il cause, se dissipera probablement assez vite. Trop vite, peut-être. Aragorn, voulez-vous prendre la Pierre d’Orthanc et la garder ? C’est une dangereuse responsabilité. »
« Dangereuse, certes, mais pas pour tous, dit Aragorn. Il en est un à qui cette pierre revient de droit. Car à n’en pas douter, il s’agit là du palantír d’Orthanc provenant de la trésorerie d’Elendil, placé ici par les Rois du Gondor. Voici que mon heure approche. Je vais le prendre. »
Gandalf regarda Aragorn, puis, à la surprise des spectateurs, il ramassa la Pierre couverte et la lui présenta en s’inclinant.
« Recevez-la, seigneur ! dit-il : en garantie d’autres choses qui vous seront rendues. Mais si je puis vous conseiller dans l’usage de votre bien, ne vous en servez pas – pour le moment ! Soyez prudent ! »
« Quand donc ai-je fait preuve de hâte ou d’imprudence, moi qui ai vécu dans l’attente et la préparation pendant tant d’années ? » dit Aragorn.
« Jamais, jusqu’à présent. Ne trébuchez donc pas à la fin du parcours, répondit Gandalf. Mais tout au moins, gardez cette chose secrète. Vous, et tous ceux qui sont ici ! Le hobbit Peregrin, surtout, ne doit pas savoir en quelles mains elle fut remise. Le maléfice pourrait à nouveau s’emparer de lui. Car hélas ! il l’a manipulée, et il a regardé dedans, ce qui n’aurait jamais dû se produire. Il n’aurait jamais dû y toucher à Isengard, et j’aurais dû être plus rapide. Mais toute ma pensée était dirigée vers Saruman, et je n’ai pas perçu d’emblée la nature de la Pierre. Puis, fatigué, je me suis étendu pour y réfléchir, et le sommeil m’a pris. Maintenant, je suis fixé ! »
« Oui, cela ne fait pas le moindre doute, dit Aragorn. Nous savons enfin quel était le lien entre Isengard et le Mordor, et de quelle manière il fonctionnait. Cela explique bien des choses. »
« Nos ennemis ont d’étranges pouvoirs, et d’étranges faiblesses ! dit Théoden. Mais il y a longtemps qu’on dit : Le mauvais vouloir perdra les mauvais. »
« Cela se voit souvent, dit Gandalf. Mais cette fois, nous avons été singulièrement fortunés. Ce hobbit m’a peut-être sauvé d’une immense bévue. Je me demandais si j’allais moi-même sonder cette Pierre pour découvrir ses applications. Si je l’avais fait, je me serais tout bonnement révélé à lui. Je ne suis pas prêt pour une telle épreuve, à supposer que je le sois un jour. Mais même si je trouvais le pouvoir de me soustraire à lui, il serait catastrophique qu’il me voie, pour le moment – jusqu’au jour où le secret ne sera plus d’aucune utilité. »