Le Seigneur des anneaux [- Tome 2 - Les deux tours]
- Автор: Толкин Джон Рональд Руэл
- Год: 2015
- Язык: французский
- Год: Christian Bourgois éditeur
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [- Tome 2 - Les deux tours]». Краткое содержание книги:
« Fiez-vous aux Ents ! dit Barbebois. Nous fouillerons la vallée de fond en comble, et nous retournerons chaque caillou. Les arbres reviennent vivre ici, de vieux arbres sauvages. Nous appellerons cela le Bois-de-Guet. Pas un écureuil n’y mettra les pattes sans que je sois au courant. Fiez-vous aux Ents ! Jamais nous ne nous lasserons de le surveiller, que ne se soient écoulées sept fois les années pendant lesquelles il nous a tourmentés. »
11Le palantír
Le soleil sombrait derrière le long bras occidental des montagnes quand Gandalf et ses compagnons, avec le roi et ses Cavaliers, repartirent d’Isengard. Aragorn fit monter Pippin derrière lui, et Gandalf prit Merry. Deux des hommes du roi partirent en avant à toute bride, et ils ne tardèrent pas à disparaître au creux de la vallée. Les autres suivirent d’un pas modéré.
Des Ents se tenaient solennellement aux portes, alignés comme des statues, leurs longs bras levés, mais sans faire le moindre bruit. Ayant parcouru quelque distance sur le chemin sinueux, Merry et Pippin se retournèrent. Le soleil brillait encore dans le ciel, mais de longues ombres s’étendaient sur Isengard, ruines grises englouties par les ténèbres. Barbebois s’y tenait seul à présent, tel un vieux tronc d’arbre dans le lointain ; les hobbits se rappelèrent alors leur première rencontre, sur la corniche ensoleillée aux lisières de Fangorn.
Ils parvinrent à la colonne de la Main Blanche. Elle était encore debout, mais la main sculptée avait été renversée et brisée en menus morceaux. Le long index gisait au beau milieu du chemin, blanc dans le crépuscule, l’ongle rouge virant au noir.
« Les Ents font attention au moindre détail ! » dit Gandalf.
Ils poursuivirent leur route, et le soir tomba dans la vallée.
« Irons-nous loin cette nuit, Gandalf ? demanda Merry au bout d’un moment. Je ne sais pas ce que ça vous fait d’avoir cette petite vermine toujours pendue à vos basques ; mais la vermine est fatiguée, et elle ne demande qu’à vous lâcher et à s’étendre un peu. »
« Vous avez entendu cela, hein ? dit Gandalf. N’y faites pas attention ! Estimez-vous heureux qu’il ne vous ait adressé de plus longues phrases. Il vous lorgnait du coin de l’œil. Si cela peut conforter votre amour-propre, je vous dirai que, en ce moment, il pense davantage à vous et à Pippin qu’à aucun autre de nous. Qui vous êtes ; comment vous êtes arrivés là, et pourquoi ; ce que vous savez ; si vous avez été capturés, et dans ce cas, comment il se fait que vous vous soyez échappés alors que tous les Orques ont péri : voilà les petites énigmes qui préoccupent le grand esprit de Saruman. Une moquerie de sa part est un compliment, Meriadoc, si vous tirez honneur de son inquiétude. »
« Merci ! dit Merry. Mais c’est un plus grand honneur d’être pendu à vos basques, Gandalf. Tout d’abord, cette position permet de mieux répéter une question. Irons-nous loin cette nuit ? »
Gandalf rit. « Un hobbit tout à fait indémontable ! Tous les Magiciens devraient avoir soin d’un ou deux hobbits – pour leur rappeler le sens du mot soin, et pour les corriger. Je vous demande pardon. Mais je n’ai pas manqué de réfléchir non plus à ces choses simples. Nous chevaucherons quelques heures, sans forcer, jusqu’à ce que nous arrivions aux confins de la vallée. Demain, il faudra aller plus vite.
« À l’aller, notre intention était de nous en retourner directement à la demeure du roi, à Edoras, en traversant les plaines – une chevauchée de quelques jours. Mais nous avons réfléchi et modifié nos plans. Des messagers ont été dépêchés à la Gorge de Helm pour y annoncer que le roi doit rentrer demain. De là, il partira pour Dunhart avec de nombreux hommes par des chemins de montagne. Pas plus de deux ou trois, dorénavant, ne devront aller ensemble en pays découvert, de jour comme de nuit, chaque fois qu’il sera possible de l’éviter. »
« Avec vous, c’est tout ou rien ! dit Merry. Je ne pensais pas plus loin que mon lit de cette nuit, j’en ai peur. Où et que sont la Gorge de Helm et tout le reste ? Je ne connais rien de ce pays. »
« Vous feriez mieux d’en apprendre quelque chose, dans ce cas, si vous souhaitez comprendre ce qui s’y passe. Mais pas maintenant, et pas de moi : il y a trop de choses pressantes auxquelles je dois réfléchir. »
« Très bien, je vais me rabattre sur l’Arpenteur quand nous serons autour du feu de camp : il est moins soupe au lait. Mais pourquoi tant de discrétion ? Je croyais qu’on avait gagné la bataille ! »
« Oui, nous l’avons gagnée, mais ce n’est qu’une première victoire, et notre danger s’en trouve augmenté. Il y avait un lien entre Isengard et le Mordor, un lien que je n’ai pas encore découvert. Je ne sais pas comment ils échangeaient des nouvelles, mais ils le faisaient. L’Œil de Barad-dûr regardera bientôt impatiemment vers le Val du Magicien, je pense ; et vers le Rohan. Moins il en verra, mieux nous nous porterons. »
La route défila lentement, serpentant à travers la vallée. L’Isen coulait dans son lit pierreux, tantôt s’approchant, tantôt s’éloignant. La nuit descendit des montagnes. Toutes les brumes avaient disparu. Un vent froid soufflait. La lune, bientôt pleine, versait une pâle et froide lueur dans le ciel de l’est. Sur leur droite, les épaulements de la montagne s’abaissèrent pour laisser place à une bande de collines dénudées. Les vastes plaines s’ouvrirent, grises, devant eux.
Enfin, ils s’arrêtèrent. Partant de côté, ils quittèrent la grand-route et regagnèrent l’herbe fraîche sur les hauteurs. À environ un mille à l’ouest, ils arrivèrent à un vallon. Il s’ouvrait sur le sud, adossé au flanc de Dol Baran, une colline ronde aux pieds verts, couronnée de bruyères, la dernière de la chaîne septentrionale. Les flancs de la combe étaient couverts des fougères de l’année passée, parmi lesquelles pointaient tout juste, dans la terre odoriférante, les frondes printanières encore repliées. Des buissons épineux poussaient en abondance sur les talus d’en bas, et ils dressèrent leur campement dans l’ombre de ceux-ci, environ deux heures avant le mitan de la nuit. Ils allumèrent un feu dans un creux, parmi les racines d’une aubépine très étendue, grande comme un arbre, tordue par l’âge, mais vigoureuse dans tous ses membres. Des bourgeons se renflaient au bout de chaque brindille.
On posta des sentinelles, deux par tour de garde. Les autres, après avoir soupé, s’enveloppèrent dans leur cape doublée d’une couverture et dormirent. Les hobbits s’allongèrent dans un coin à part, sur un tas de fougères séchées. Merry avait sommeil, mais tout à coup, Pippin semblait curieusement agité. Il ne cessait de se tourner de côté et d’autre, et les fougères bruissaient et craquaient.
« Que se passe-t-il donc ? demanda Merry. Es-tu couché sur une fourmilière ? »
« Non, dit Pippin, mais je ne sais plus comment me placer. Je me demande depuis combien de temps je n’ai plus dormi dans un lit ! »
Merry bâilla. « Compte sur tes doigts ! dit-il. Mais tu dois bien savoir depuis combien de temps nous avons quitté la Lórien. »
« Oh, ça ! dit Pippin. Je parle d’un vrai lit, dans une chambre à coucher. »
« Eh bien, Fendeval, dans ce cas, dit Merry. Mais cette nuit, je pourrais dormir n’importe où. »
« Tu es chanceux, Merry, murmura Pippin après un silence. Toi au moins, tu étais avec Gandalf. »
« Oui, et puis ? »
« As-tu pu lui soutirer des nouvelles, des informations ? »
« Oui, pas mal. Plus que d’habitude. Mais tu as tout entendu, ou à peu près ; tu n’étais pas bien loin, et nous ne disions rien de secret. Tu pourras aller avec lui demain, si tu penses être capable de lui tirer les vers du nez – et s’il veut bien de toi. »