Le Seigneur des anneaux [- Tome 2 - Les deux tours]
- Автор: Толкин Джон Рональд Руэл
- Год: 2015
- Язык: французский
- Год: Christian Bourgois éditeur
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [- Tome 2 - Les deux tours]». Краткое содержание книги:
Puis Gandalf rit. Le fantasme disparut tout à coup en fumée.
« Saruman, Saruman… ! dit Gandalf sans s’arrêter de rire. Saruman, tu as manqué ta vocation. Tu aurais dû être le fou du roi, et gagner ton pain, et sans doute quelques coups de fouet, en imitant ses conseillers. Ah, ma parole ! fit-il, s’arrêtant pour mieux contenir son hilarité. Nous comprendre l’un l’autre ? J’ai bien peur d’être au-delà de ta compréhension. Mais toi, Saruman, je ne te cerne que trop bien, à présent. J’ai meilleure souvenance de tes dires, et de tes actes, que tu ne le supposes. La dernière fois que je t’ai rendu visite, tu étais le geôlier du Mordor, et tu te proposais de m’y envoyer. Nenni, l’hôte qui s’est échappé par le toit y pensera à deux fois avant de repasser la porte. Non, je ne crois pas que je vais monter. Mais écoute-moi, Saruman, pour la dernière fois ! Ne veux-tu pas descendre ? Les murs d’Isengard n’ont pas démontré toute la force que ton espoir et ton imagination leur prêtaient. Il en va peut-être de même pour ces choses en lesquelles tu as encore confiance. Ne serait-il pas bon de t’en éloigner pour quelque temps ? De te tourner ailleurs, peut-être ? Réfléchis bien, Saruman ! Ne veux-tu pas descendre ? »
Une ombre passa sur le visage de Saruman ; puis il devint pâle comme la mort. Avant qu’il n’ait pu s’en cacher, ils virent poindre derrière le masque l’angoisse d’un esprit en proie au doute, craignant de quitter son refuge, mais révulsé à l’idée d’y rester. Il hésita une seconde, et tous retinrent leur souffle. Puis il parla, d’une voix stridente et glaciale. L’orgueil et la haine avaient raison de lui.
« Si je veux descendre ? railla-t-il. Un homme sans défense descend-il parler à des voleurs qui l’attendent dans la rue ? Je vous entends très bien d’ici. Je ne suis pas un sot, et je ne te fais nullement confiance, Gandalf. Ils n’encombrent pas ouvertement mon escalier, mais je sais où se terrent les sauvages démons du bois, attendant tes ordres. »
« Les traîtres sont toujours des êtres méfiants, répondit Gandalf avec lassitude. Mais tu n’as pas à craindre pour ta peau. Je ne désire pas te tuer, ni te faire de mal, comme tu ne manquerais pas de le savoir si tu me comprenais vraiment. Et j’ai le pouvoir de te protéger. Je veux te donner une dernière chance. Tu peux quitter Orthanc, libre… si tu le décides. »
« N’est-ce pas beau ? fit Saruman avec moquerie. Tout à fait dans la manière de Gandalf le Gris : si condescendant, mais ô combien aimable. Je ne doute pas qu’Orthanc te serait agréable, et mon départ commode. Mais pour quelle raison voudrais-je partir ? Et qu’entends-tu par “libre” ? Il y a des conditions, je présume ? »
« Des raisons, il y en a, et tu les vois de tes fenêtres, répondit Gandalf. D’autres se présenteront à ton esprit. Tes serviteurs sont dispersés ou réduits à néant ; tu t’es mis à dos tes voisins ; et tu as trompé ton nouveau maître, ou du moins as-tu essayé. Quand il tournera son œil de ce côté, ce sera l’œil rouge du courroux. Mais quand je dis “libre”, je veux dire “libre” : libre d’entrave, par les chaînes ou par la sujétion – libre d’aller où tu l’entends, même… même au Mordor, Saruman, si tu le désires. Mais tu dois d’abord me remettre la Clef d’Orthanc, et ton bâton. Ces objets, gages de ta bonne conduite, te seront rendus plus tard, si tu les mérites. »
Saruman blêmit, son visage se tordit de rage, et une lueur rouge s’alluma dans son regard. Il eut un rire dément. « Plus tard ! s’exclama-t-il, et sa voix s’éleva en un cri aigu. Plus tard ! Oui, quand tu auras aussi les Clefs de Barad-dûr même, je suppose ; et les couronnes de sept rois, et les bâtons des Cinq Magiciens, et que tu te seras acheté une nouvelle paire de bottes, beaucoup plus grandes que celles que tu portes en ce moment. Un plan des plus raisonnables. Et qui ne nécessite guère mon apport ! J’ai autre chose à faire. Ne fais pas l’imbécile. Si tu désires traiter avec moi, va-t’en d’ici, et reviens quand tu seras dégrisé ! Et laisse là-bas ces coupe-jarrets et cette petite vermine toujours pendue à tes basques ! Bonne journée ! » Il tourna les talons et quitta le balcon.
« Reviens, Saruman ! » dit Gandalf d’une voix autoritaire. À la stupéfaction des autres, Saruman se retourna et, comme entraîné malgré lui, il revint lentement à la balustrade de fer, s’appuyant contre celle-ci et soufflant bruyamment. Son visage flétri était creusé de rides. Sa main agrippait son lourd bâton noir comme une serre.
« Je ne t’ai pas donné la permission de partir, dit Gandalf avec sévérité. Je n’ai pas terminé. Tu es devenu un fou, Saruman, mais un fou dont on peut avoir pitié. Il était encore temps de tourner le dos à la folie et au mal, et de rendre service. Mais tu as choisi de rester, et de ronger les bouts de tes vieilles intrigues. Reste donc ! Mais je t’avertis, tu ne ressortiras pas facilement d’ici. À moins que l’Est n’étende ses mains noires pour te saisir. Saruman ! cria-t-il, et sa voix gagna en puissance et en autorité. Vois, je ne suis pas Gandalf le Gris, que tu as trahi. Je suis Gandalf le Blanc, qui est revenu de la mort. Tu n’as plus de couleur, désormais, et je te bannis de l’ordre et du Conseil. »
Levant une main, il parla lentement, d’une voix claire et froide. « Saruman, ton bâton est brisé. » Il y eut un craquement ; le bâton vola en éclats dans la main de Saruman, et la tête vint choir aux pieds de Gandalf. « Va-t’en ! » dit Gandalf. Saruman recula avec un cri et s’éloigna en se traînant. À cet instant, un objet lourd et luisant tomba brusquement d’en haut. Il ricocha sur la balustrade juste au moment où Saruman s’en éloignait, et, frôlant la tête de Gandalf, vint s’abattre sur la marche où le mage se tenait. La balustrade résonna et se rompit. La marche se fendit, faisant jaillir de brillantes étincelles. Mais la boule était intacte ; elle roula dans l’escalier, tel un globe de cristal d’aspect sombre avec en son cœur un rougeoiement de feu. Comme elle s’en allait en roulant vers une mare, Pippin courut après et la ramassa.
« Canaille d’assassin ! » s’écria Éomer. Mais Gandalf resta impassible. « Non, cet objet n’a pas été lancé par Saruman, dit-il ; ni même à sa demande, je crois bien. Il venait d’une fenêtre loin au-dessus. Une dernière petite attention de maître Langue de Serpent, j’imagine, quoique mal dirigée. »
« Si le lancer manquait de précision, c’est peut-être qu’il n’arrivait pas à décider lequel des deux il détestait le plus, vous ou Saruman », dit Aragorn.
« Peut-être bien, dit Gandalf. Ces deux larrons ne trouveront pas grand réconfort dans leur compagnonnage : ils vont s’entre-dévorer de mots. Mais ce châtiment est juste. Si Langue de Serpent ressort un jour d’Orthanc avec la vie sauve, ce sera déjà mieux que ce qu’il méritait.
« C’est bon, mon garçon, je vais le prendre ! Je ne vous ai pas demandé d’y toucher », s’écria-t-il en se retournant, voyant Pippin gravir lentement les marches, comme s’il portait un grand poids. Descendant à sa rencontre, il prit rapidement le globe sombre des mains du hobbit et l’enveloppa dans un pan de sa cape. « Je vais m’occuper de cela, dit-il. Ce n’est pas quelque chose que Saruman aurait choisi de jeter, je pense. »
« Mais il pourrait avoir autre chose à jeter, dit Gimli. Si le débat est terminé, mettons-nous au moins hors de portée des pierres ! »