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Les Sorciers de Majipoor [Sorcerers of Majipoor - fr]

Электронная книга - «Les Sorciers de Majipoor [Sorcerers of Majipoor - fr]». Краткое содержание книги:

Sur Majipoor, planète géante, le pouvoir est partagé entre le Coronal qui représente, le Pontife qui administre, et la Dame des Rêves qui inspire dans leur sommeil les milliards d’humains et de membres d’autre espèces.
A la mort d’un Pontife, le Coronal lui succède et nomme un nouveau Coronal. Jamais dans l’histoire multimillénaire de Majipoor, aucun n’a choisi son propre fils.
Or, mille ans avant le règne de Lord Valentin, tandis que le Pontife Prankipin agonise, les ambitions attisent les passions. Prestimion est le candidat idéal bien qu’il n’ait pas été encore désigné par le Coronal en titre, Lord Confalume.
Mais Confalume a un fils, Korsibar, d’autant de prestance que Prestimion. Et dont la soeur jumelle, la belle Thismet, est ambitieuse pour deux.
Sous le règne pacifique et prospère de Prankipin, adepte des sciences occultes, oracles, mages et sorciers ont conquis la faveur des grands, puis de tout le peuple, embrumant les esprits et répandant le désir de connaître et de maîtriser l’avenir.
La guerre qui s’annonce, dont personne ne veut, risque d’être aussi celle des ténèbres.
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— Un tour fort impressionnant, déclara Prestimion. Comment vous y prenez-vous ?

— Regardez de plus près, prince. Si vous voulez bien.

L’image s’était concentrée sur un fragment de la même scène. À l’horizon les collines étaient plus petites, plus éloignées. Le paysage désolé apparaissait avec plus de netteté : un sol rouge, des rochers épars, érodés, arrondis, évoquant les vestiges d’une cité en ruine, un arbre solitaire dont les branches nues et tordues s’écartaient du tronc en formant des angles bizarres, comme si elles y avaient été fixées au hasard. Un szambra. Les arbres de cette espèce, Prestimion le savait, poussaient presque uniquement dans le désert septentrional de Valmambra, un endroit où il ne pleuvait jamais ou presque.

Il se pencha pour regarder d’encore plus près et vit une silhouette minuscule avancer péniblement vers l’arbre solitaire au milieu du désert : un homme harassé, à en juger par son apparence, un homme au bord de l’épuisement, qui se forçait à aller de l’avant dans un suprême effort. Son visage n’était pas visible ; vu de dos, il paraissait assez court de stature, trapu et large d’épaules. Ses cheveux dorés étaient coupés court. Il était vêtu d’un pourpoint déchiré et de jambières de cuir lacérées ; il portait un sac sur le dos, près duquel était glissé un arc.

— Je crois connaître cet homme, fit Prestimion avec un sourire.

— Certainement, prince, répondit Galbifond.

— Et que fais-je seul dans le désert de Valmambra ? C’est un endroit inhospitalier pour se promener sans compagnie.

— À mon avis, glissa la princesse Therissa, tu ressembles à un fugitif. Ce désert est loin au nord, de l’autre côté du Mont du Château, et nul n’y entre de son plein gré. Tu fuis le danger, Prestimion.

Sur un côté du bol, il vit le ciel devenir rouge sang ; l’obscurité commença à tomber, de grands oiseaux à l’aspect funeste s’approchèrent et se mirent à planer au-dessus de lui. Le petit homme au centre de l’image, qui était lui-même, s’agenouilla contre un maigre buisson, comme pour s’installer pour la nuit. Une deuxième silhouette apparut, un point sur l’horizon, trop petite pour être aisément reconnue ; mais Prestimion eut l’impression, à en juger par la maigreur de son corps et ses membres grêles, que ce pouvait être Septach Melayn. La forme se rapprocha ; mais l’image devint noire et Prestimion n’eut plus rien à voir, rien qu’un bol de liquide bleu gris, cerclé du rouge terne d’un feu mourant. Le rouge disparut aussi et il n’y eut plus que du gris.

— C’est un tour fort astucieux, répéta Prestimion. Je vous repose la question : comment ces images sont-elles produites ?

— Je crois, prince, fit Galbifond en tapotant le bord du bol, que nous vous avons vu marcher dans la direction de Triggoin, au-delà du Valmambra. C’est dans cette cité que j’ai appris à faire apparaître des images dans ce bol ; il vous sera loisible de l’apprendre aussi, quand vous serez à Triggoin.

— Quand je serai à Triggoin, fit Prestimion avec un petit sourire, je suis également censé me renseigner sur la manière de retrouver ma couronne perdue. Mon ami Svor a reçu ce conseil en rêve, de chercher à en savoir plus dans la cité de Triggoin. Il semble donc, à en croire ces deux visions, que je ne pourrai pas éviter de m’y rendre.

— Comme un fugitif aux abois, fit la princesse. Au terme d’une sanglante bataille. Voilà l’avenir qui t’attend, si tu pars au Château maintenant. Une errance solitaire dans un désert sinistre.

— Et si je n’y vais pas ? demanda Prestimion. Que me réserve l’avenir, Galbifond ?

— Je ne puis vous montrer, prince, que ce qu’il est en mon pouvoir de montrer.

— Assurément. Voilà donc le seul avenir pour moi ? J’imagine, dans ces conditions, qu’il me faut suivre ma voie.

— Prestimion…

— Tout est réglé à l’avance pour moi, mère, à en croire les prophéties de ton propre mage. Je vais au-devant des ennuis, dirait-on. Quoi qu’il en soit, il semble au moins que je survivrai à ma visite à la cour de Korsibar, car je me suis vu bien au-delà du Mont, dans cette traversée du Valmambra. Le sort en est jeté ! Je me rends au Château, certain maintenant qu’il ne m’y arrivera pas de mal. Un souci de moins. Et après… après…

Il se tourna vers sa mère et lui sourit.

— Eh bien, après, c’est après, n’est-ce pas ? Chaque chose en son temps.

3

Les appartements privés de lady Thismet étaient proches de l’endroit où résidait son frère, quand il n’était encore qu’un prince : séparés du secteur central du Château par la Cour de Pinitor et dominant depuis les Balcons de Vildivar le long et étroit bassin réfléchissant construit sous lord Siminave. Au milieu de tous les objets de luxe réunis au long d’une vie de sybarite – tentures de velours, coussins et divans recouverts de fourrures rares, coffrets de bagues et de colliers incrustés de toutes les variétés de pierres précieuses, penderies renfermant les toilettes les plus coûteuses, robes, capes et bonnets – la princesse attendait le retour de lady Melithyrrh. Une heure auparavant, elle avait envoyé sa dame d’honneur chercher Sanibak-Thastimoon ; et Melithyrrh n’était pas encore revenue.

Quand elle arriva enfin, seule, ses joues habituellement si pâles étaient d’un rouge vif et ses yeux bleus étincelaient de colère.

— Il arrive bientôt, madame, annonça Melithyrrh.

— Bientôt ? J’attends depuis une heure et il arrive bientôt ?

— Je suis restée longtemps dans son antichambre. On m’a dit qu’il était en réunion, qu’il ne pouvait être dérangé. J’ai fait savoir que c’est la sœur du Coronal qui voulait le déranger et on m’a encore fait attendre une éternité. On m’a enfin informée que le mage était profondément désolé de causer du désagrément à la princesse Thismet, mais qu’il était retenu par une réunion des grands sorciers du royaume, que certaines conjurations en cours ne pouvaient souffrir une interruption et qu’il se rendrait auprès de vous dès qu’il serait disponible.

Un nouvel éclair de rage traversa les yeux de Melithyrrh et sa poitrine se souleva plus rapidement.

— Là-dessus, poursuivit-elle, je lui fis transmettre un dernier message dans lequel je me permis de dire qu’il n’était pas dans les habitudes de lady Thismet d’attendre et que, si cette attente devait se prolonger, elle en informerait le Coronal son frère sans mâcher ses mots.

— Tu as bien fait, dit Thismet.

— Je crois, cette fois, l’avoir alarmé. Quoi qu’il en soit, la personne qui faisait le va-et-vient entre nous est revenue me dire que je pouvais entrer et voir de mes propres yeux qu’une conjuration des plus sérieuses se déroulait. J’y suis donc allée.

— Et c’était une imposante cérémonie ? demanda Thismet.

— Je ne suis pas en mesure d’en juger, princesse. Mais il y avait assurément un grand concours de peuple. Cela se passait dans l’appartement de Sanibak-Thastimoon, où tous les appareils et le matériel nécessaires à ses activités sont entassés sur une hauteur de deux étages ; l’air y était si chargé de fumée bleue et de relents d’encens que j’ai cru périr étouffée et que tous les plis de ma robe en sont imprégnés. Et quelle foule ! Il y avait cinquante sorciers ou je ne sais plus compter ! Deux autres Su-Suheris, un groupe de Vroons, des humains aussi, ceux de Tidias, avec leur haute coiffure de cuivre, un homme gigantesque et velu, encore plus grand que le comte Farholt, et plus laid, et plusieurs autres, pas seulement les mages et les devins de la cour de lord Confalume, mais des nouveaux, que je n’avais jamais vus et que je ne veux jamais revoir, tous réunis autour de Sanibak-Thastimoon, qui psalmodiaient en se tenant par la main pour former un cercle et criaient d’une voix forte des mots étranges. « Bythois ! », « Remmer ! », d’autres encore qu’ils lançaient brusquement. Sanibak-Thastimoon me fit des signes, comme s’il avait voulu me dire : « Vous voyez, lady Melithyrrh, ce sont des affaires sérieuses dont nous nous occupons. » Sur ce, je suis repartie. Non sans lui avoir fait promettre de venir vous voir dès qu’il le pourrait.

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