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Les Sorciers de Majipoor [Sorcerers of Majipoor - fr]

Электронная книга - «Les Sorciers de Majipoor [Sorcerers of Majipoor - fr]». Краткое содержание книги:

Sur Majipoor, planète géante, le pouvoir est partagé entre le Coronal qui représente, le Pontife qui administre, et la Dame des Rêves qui inspire dans leur sommeil les milliards d’humains et de membres d’autre espèces.
A la mort d’un Pontife, le Coronal lui succède et nomme un nouveau Coronal. Jamais dans l’histoire multimillénaire de Majipoor, aucun n’a choisi son propre fils.
Or, mille ans avant le règne de Lord Valentin, tandis que le Pontife Prankipin agonise, les ambitions attisent les passions. Prestimion est le candidat idéal bien qu’il n’ait pas été encore désigné par le Coronal en titre, Lord Confalume.
Mais Confalume a un fils, Korsibar, d’autant de prestance que Prestimion. Et dont la soeur jumelle, la belle Thismet, est ambitieuse pour deux.
Sous le règne pacifique et prospère de Prankipin, adepte des sciences occultes, oracles, mages et sorciers ont conquis la faveur des grands, puis de tout le peuple, embrumant les esprits et répandant le désir de connaître et de maîtriser l’avenir.
La guerre qui s’annonce, dont personne ne veut, risque d’être aussi celle des ténèbres.
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Aucun représentant de l’administration de l’île du Sommeil n’accompagnait la Dame Roxivail. Elle n’était entourée que de ses dames d’honneur et de ses mages personnels. Elle n’avait pas eu le temps d’effectuer le voyage jusqu’à l’île pour prendre les rênes du pouvoir des mains de Kunigarda ni de désigner des hiérarques de l’entourage de la Dame pour se faire accompagner aux cérémonies du couronnement.

Il se murmurait sous le manteau que la Dame Kunigarda n’était guère disposée à lâcher de bonne grâce ces rênes qu’elle tenait depuis si longtemps. Marcatain, son envoyée au Labyrinthe pour les funérailles de Prankipin, avait regagné directement l’île au lendemain de la mort du Pontife, au lieu de se rendre au Château pour assister au couronnement du nouveau Coronal. D’aucuns y voyaient le signe que la Dame Kunigarda ne comptait pas reconnaître la souveraineté de Korsibar et ne céderait pas sa place à quelqu’un dont elle considérait la nomination illégitime. Mais aucune déclaration officielle n’avait été faite sur le sujet.

D’autres grands nobles du royaume et des intimes du nouveau Coronal occupaient des places de choix à proximité des Trois Puissances et de leur entourage immédiat : le duc Kanteverel de Bailemoona, le comte Kamba de Mazadone, le comte Iram de Normork, Dembitave de Tidias, Fisiolo de Stee, le prince Thaszthasz, gouverneur de la pluvieuse Kajith Kabulon, bien d’autres encore.

Parmi eux se trouvait la princesse Thismet dont le beau visage, au long des deux premières journées des festivités, avait conservé une expression particulièrement lugubre, ce qui n’avait pas échappé aux observateurs les plus perspicaces. Entourée de Melithyrrh, sa dame d’honneur, et de Thalnap Zelifor, le petit sorcier Vroon, à son service depuis peu, elle n’avait pratiquement pas ouvert la bouche, n’avait adressé à personne ni un sourire ni une parole affable, même quand lord Korsibar en personne s’était avancé vers elle, rayonnant de sa nouvelle gloire, pour lui offrir une coupe de vin doré aux reflets miroitants.

— À voir la mine renfrognée de Thismet, glissa Kanteverel de Bailemoona à Kamba de Mazadone, on croirait que Prestimion est devenu Coronal et non Korsibar !

— Elle rêvait peut-être d’un siège plus majestueux, répondit le comte Kamba. Elle voit son frère assis sur un grand trône, son père en a un aussi, même sa mère a le sien ; mais elle est noyée comme nous dans la masse des ducs et des princes.

— Les trois autres sont les Puissances du royaume, observa le duc Dembitave de Tidias. Où est-elle en comparaison ? Une princesse, rien d’autre, et seulement grâce au rang de son père.

— À mon sens, fit le comte Fisiolo de Stee, avec son irrévérence et son franc-parler coutumiers, ce serait plutôt l’apparence de sa mère qui lui donne ce visage chagrin. Personne n’avait revu Roxivail depuis… disons, vingt ans. Thismet devait s’imaginer retrouver une petite vieille toute ratatinée, certainement pas une rivale. Mais quand Roxivail reparaît, on dirait la sœur de Thismet plus que sa mère et elle porte une robe encore plus somptueuse que celle de Thismet.

Tout le monde éclata de rire ; la vanité de lady Thismet était de notoriété publique.

Un peu à l’écart de la zone centrale se trouvaient les sièges réservés aux premiers officiers municipaux. Les maires de la plupart des Cinquante Cités du Mont y avaient pris place, ainsi que ceux de certaines agglomérations plus lointaines, situées dans la vallée du Glayge et la péninsule de Stoienzar. Mais les villes d’Alhanroel les plus éloignées du Mont – Sefarad ou Alaisor, Michimang, Bizfern et toutes celles de l’autre versant du Mont Zygnor – n’étaient guère représentées et la colossale population des grandes métropoles de Zimroel ne l’était pas du tout : le couronnement avait été annoncé si vite qu’aucun envoyé du continent occidental n’aurait pu arriver au Château en temps voulu.

Au nombre des absents de marque figuraient Dantirya Sambail, en route pour Ni-moya et porteur de l’annonce officielle de la prise du pouvoir par un nouveau Coronal et le prince Prestimion de Muldemar, qui avait été invité, mais n’était pas encore arrivé. Au troisième jour des festivités, tandis que les épreuves du lancer du marteau et du saut de cerceau venaient de s’achever et qu’on préparait le terrain pour le tournoi, Farquanor s’avança vers le siège d’honneur du Coronal.

— Le voilà enfin, avec ses trois compères, annonça-t-il à Korsibar. Il est arrivé il y a une heure et s’est rendu directement dans ses anciens appartements.

— Sait-il que les jeux sont en cours.

— Oui, monseigneur. Il compte y assister bientôt.

— Qu’on lui envoie une escorte officielle, ordonna Korsibar. Garde d’honneur, oriflammes, tout l’apparat dû à un prince. Qu’on libère un siège, quatre sièges, à proximité du trône. Là, ajouta-t-il, en tournant la tête vers sa gauche. Ces sièges libres, juste derrière Venta et Mandrykarn. Qu’on les place là-bas.

— C’est le siège de Kanteverel, monseigneur, et celui de Thaszthasz, je pense.

— Qu’ils s’installent ailleurs aujourd’hui, s’ils viennent. Il faut traiter Prestimion avec ménagement. Comme un invité d’honneur. Avec tous les égards.

Farquanor salua et se retira. Peu après, un frémissement dans la foule signala l’arrivée du prince Prestimion, flanqué de Gialaurys et de Septach Melayn, le duc Svor légèrement en retrait. Tous quatre s’étaient manifestement habillés pour cette occasion exceptionnelle. Prestimion avait les mollets gainés de jambières dorées et une veste ivoire brodée de fils d’argent, sur laquelle il portait une grande cape de velours pourpre. Les trois autres étaient vêtus presque aussi somptueusement. Une escorte d’une douzaine de costauds de la garde du Coronal – cinq Skandars, les autres humains – formait autour d’eux un mur vivant tandis qu’ils s’avançaient vers les sièges que Farquanor leur avait réservés.

Korsibar se pencha en avant, légèrement sur le côté ; il adressa un sourire jovial et un signe de la main à Prestimion, en l’appelant son très cher ami, il déclara qu’il était ravi de le voir enfin et qu’il regrettait d’avoir été privé de sa compagnie les deux premiers jours des jeux.

Prestimion le remercia d’un sourire poli et de quelques mots de reconnaissance pour l’accueil qu’on lui avait réservé. Il ne fit pas le signe de la constellation.

Korsibar en prit note. Il remarqua aussi que sa sœur, de son siège, regardait Prestimion avec une étrange et terrible intensité, comme si le prince de Muldemar était un démon incarné qui venait de se matérialiser dans l’unique dessein de gâcher les fêtes du couronnement. Elle demeurait raide sur son siège, le regard fixe, les mâchoires serrées, la tête rentrée dans les épaules.

Trois assauts étaient au programme de l’après-midi : Kovac Derocha de Normork et Belditan de Gimkandale contre Yegan de Low Morpin et le fils cadet du duc Oljebbin, Alexiar de Stoien ; puis deux jeunes frères, des comtes de la lignée de Mavestoi, devaient affronter le vieux duc grisonnant de Sisivondal et son fils ; enfin, Lethmon Yearlock de Sterinmor et son redoutable frère borgne, Grayven, se mesuraient au fougueux vicomte Edgan de Guand et à son cousin Warghan Biais, le Maître des Douze Lacs. Kovac Derocha et Belditan avaient déjà fait leur entrée sur leur monture et allaient et venaient sur le terrain pour s’habituer aux animaux ; Yegan et Alexiar, encore dans l’enclos, s’apprêtaient à les suivre.

La silhouette massive du comte Farholt s’interposa entre Korsibar et le soleil.

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