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Les Sorciers de Majipoor [Sorcerers of Majipoor - fr]

Электронная книга - «Les Sorciers de Majipoor [Sorcerers of Majipoor - fr]». Краткое содержание книги:

Sur Majipoor, planète géante, le pouvoir est partagé entre le Coronal qui représente, le Pontife qui administre, et la Dame des Rêves qui inspire dans leur sommeil les milliards d’humains et de membres d’autre espèces.
A la mort d’un Pontife, le Coronal lui succède et nomme un nouveau Coronal. Jamais dans l’histoire multimillénaire de Majipoor, aucun n’a choisi son propre fils.
Or, mille ans avant le règne de Lord Valentin, tandis que le Pontife Prankipin agonise, les ambitions attisent les passions. Prestimion est le candidat idéal bien qu’il n’ait pas été encore désigné par le Coronal en titre, Lord Confalume.
Mais Confalume a un fils, Korsibar, d’autant de prestance que Prestimion. Et dont la soeur jumelle, la belle Thismet, est ambitieuse pour deux.
Sous le règne pacifique et prospère de Prankipin, adepte des sciences occultes, oracles, mages et sorciers ont conquis la faveur des grands, puis de tout le peuple, embrumant les esprits et répandant le désir de connaître et de maîtriser l’avenir.
La guerre qui s’annonce, dont personne ne veut, risque d’être aussi celle des ténèbres.
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Il était bel et bien le Coronal. Il n’y avait pas à en douter. Un peu d’étonnement, peut-être, subsistait au fond de son âme ; lui qui n’avait été, depuis sa venue au monde, que le prince Korsibar, sans espoir de s’élever un jour encore plus haut, était devenu d’un seul coup lord Korsibar. Il n’arrivait pas à se faire à la soudaineté et à la nouveauté de la situation. Mais ces signes d’allégeance, ces yeux baissés étaient là pour le lui prouver. Il était vraiment le Coronal.

Il se retint malgré tout de gravir les marches du trône les quatre premiers jours.

Les tâches ne manquaient pas ailleurs. Superviser, par exemple, le transfert de ses appartements privés, sur l’arrière de la Cour de Pinitor, à la somptueuse résidence du Coronal, un véritable palais dans l’enceinte du Château, dans l’aile baptisée Tour de lord Thraym.

Korsibar avait naturellement parcouru en maintes occasions ces salles de toute beauté, mais, à l’époque, elles étaient remplies d’innombrables objets rares et bizarres que son père conservait : les petites sculptures en ivoire de dragon qu’il aimait tant, les statuettes chatoyantes de verre filé, les collections d’objets préhistoriques et d’insectes, brillants comme des pierres précieuses dans le cadre où ils étaient épinglés, les énormes volumes d’écrits ésotériques et le reste, les porcelaines fines, les incomparables tissus de Makroposopos et le cabinet contenant des pièces d’argent à l’effigie de tous les souverains, le Pontife sur une face, le Coronal sur l’autre, depuis la nuit des temps.

Il ne restait plus rien de tout cela, car lord Confalume, en se rendant au Labyrinthe pour attendre la mort de Prankipin, savait qu’il ne reviendrait jamais dans la Tour de lord Thraym en qualité de Coronal ; il avait emporté nombre de ses collections et le reste avait été entreposé ou remis au musée du Château. Quand Korsibar parcourut pour la première fois les salles de la suite du Coronal, il les trouva étrangement nues et austères. Il n’avait jamais remarqué à quel point les arêtes vives de pierre gris vert pouvaient être rebutantes, et lugubre le dallage noir du sol.

Korsibar avait donc entrepris de remplir les lieux de ses propres possessions. Mais il n’avait jamais été un grand acheteur, contrairement à lord Confalume qui, au long de ses quarante-trois ans de règne, avait insatiablement réuni tout ce qui excitait son envie, sans parler des présents arrivant à flots des quatre coins de la planète.

Par goût et par tempérament, Korsibar ne possédait pas grand-chose d’autre qu’une belle garde-robe et ses tenues de chasse et de plein air, des arcs, des épées et d’autres armes. Ses meubles étaient fort ordinaires – Thismet lui en avait souvent fait le reproche – et en fait de peintures, de coupes, de sculptures, de draperies et autres objets de décoration, il n’avait presque rien, et le peu qu’il possédait était très commun. Il fallait remédier à cela. Vivre dans de si vastes salles de pierre nue serait par trop déprimant. Il manda le comte Farquanor, toujours heureux de rendre service, à quelque titre que ce fût, et lui donna des instructions. « Trouvez-moi quelque chose pour meubler ces pièces. Servez-vous dans le musée, si nécessaire. Mais ne prenez rien de précieux, rien qui puisse provoquer des commentaires envieux. Choisissez des meubles convenables, c’est tout ce que je demande, rien qui choque la vue, rien d’extravagant, des choses agréables à regarder, qui donneront à ces salles l’apparence d’un endroit habité. »

La conception qu’avait Farquanor de ce qui choquait la vue et de ce qui était convenable différait sensiblement de celle de Korsibar. Il y eut donc, dans les premiers jours de son installation, un va-et-vient considérable de mobilier. Cela prit du temps.

Il lui fallut aussi se familiariser avec les bureaux du Coronal, non plus en tant que visiteur occasionnel, mais en devenant celui qui était assis au magnifique bureau en palissandre, dont la veinure formait une constellation, et y faisait le travail censé y être fait.

Il n’avait évidemment pas encore eu le temps de promulguer des lois. Les travaux du Conseil, interrompus depuis le début de la lente agonie de Prankipin, ne reprendraient que lorsque Korsibar aurait confirmé à leur poste les membres qu’il conservait et nommé les nouveaux. Il s’était jusqu’alors contenté de dire à Oljebbin qu’il restait Haut Conseiller. Il lui faudrait tôt ou tard demander au vieux duc de se retirer et le remplacer, selon toute vraisemblance par Farquanor ; mais cela ne pressait pas.

Même s’il n’y avait pas encore de nouvelles lois à lire et à ratifier, bien d’autres sujets étaient portés à son attention, des choses de peu d’importance, nomination d’administrateurs provinciaux, proclamation de différents congés locaux – il semblait y avoir quotidiennement, sur toute la planète, une centaine de jours déclarés chômés : tel festival à Narabal, tel autre à Bailemoona, celui de Gorbidit, une autre fête encore à Ganiboon –, et, chaque fois, le Coronal devait apposer sa signature sur un document pour l’officialiser. Il fit ce qu’il avait à faire. Il reçut aussi des délégations de maires d’une demi-douzaine de Cités Intérieures – il était trop tôt pour que celles de cités plus éloignées aient eu le temps d’arriver au Château – et les écouta gravement exprimer leur confiance dans les bienfaits et les merveilles que produirait son règne.

Il convenait de plus d’élaborer le programme des festivités de la cérémonie du couronnement, les jeux, les banquets et le reste. Tout cela avait été confié à Mandrykarn, à Venta et au comte Iram, mais ils ne cessaient de venir le consulter sur tel ou tel point de détail, n’osant pas, si peu après l’établissement du nouveau régime, faire confiance à leur propre jugement.

Et ainsi de suite. En irait-il de même tout le temps ou bien s’agissait-il simplement de l’effet combiné de l’absence de plusieurs mois de l’ancien Coronal et de la nécessité pour le nouveau d’accomplir toutes sortes de tâches qui lui incombaient ?

Enfin, le cinquième jour, Korsibar put disposer de quelques heures ; l’idée lui vint que ce pourrait être une excellente occasion d’aller voir le trône de plus près, de s’assurer en quelque sorte qu’il était à ses mesures.

Il s’y rendit seul. Il connaissait bien le chemin ; il avait assisté à la construction de la salle dans son enfance, l’avait vue prendre forme jour après jour. Une suite de petites pièces remontant à l’origine du Château y menait, un vestiaire datant de l’époque de lord Vildivar, une salle des jugements attribuée à lord Haspar. Lord Confalume avait prévu de les remplacer par des chambres plus en harmonie avec la Salle du Trône. C’est peut-être moi qui le ferai, se dit Korsibar. Le Coronal reconstruit toujours quelque chose par ici.

Il suivit un ténébreux passage voûté, tourna à gauche, traversa une sorte de chapelle, tourna à droite et tout lui apparut : les énormes poutres recouvertes de feuilles d’or, le sol luisant, revêtu du bois jaune du gurna, les incrustations de pierres précieuses, les tapisseries. Tout était comme éclairé de l’intérieur, malgré la semi-obscurité dans laquelle était plongée la vaste salle vide. Et contre le mur du fond, dans une majestueuse solitude, se dressait le Trône de Confalume, le gigantesque bloc d’opale noire veiné de rubis, posé sur son sombre piédestal d’acajou. Korsibar le contempla avec émerveillement, en posant délicatement la main sur un des piliers d’argent soutenant le dais doré. Il fit un pas en avant, un autre, puis un troisième. Ses jambes tremblaient un peu, des genoux aux chevilles.

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