L'Etoile Bleue [fr]
- Автор: Бенцони Жюльетта
- Серия: Хромой из Варшавы #1
- Год: 1994
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «L'Etoile Bleue [fr]». Краткое содержание книги:
– Toi qui assistais à ce mariage, dit Mme de Sommières, tu dois bien te rappeler s’il y avait là-bas des Yankees ?
– Quelques-uns, je crois, mais les invités étaient très nombreux...
Il n’arrivait pas à croire à une intervention d’outre-Atlantique... À moins qu’un complot se soit noué simultanément avec celui qu’Adalbert et lui s’étaient efforcés de tramer ? Qui pouvait savoir combien d’ennemis s’était faits sir Eric au cours d’une carrière, sans doute mouvementée, de trafiquant d’armes ?
L’un après l’autre, il relisait les quotidiens qui racontaient tous à peu près la même chose, dans l’espoir d’extraire un détail, un signe de piste... Seule Mina ne se mêlait pas à la conversation. Assise très droite en face de lui, elle tournait sa cuillère dans sa tasse de café dont le mouvement semblait absorber son attention. Et soudain, relevant la tête, elle braqua sur son patron les reflets brillants de ses lunettes :
– Puis-je savoir pourquoi ces nouvelles semblent bouleverser cette noble assemblée ? demanda-t-elle de sa voix tranquille. Surtout vous, monsieur ? Ce Ferrais chez qui vous avez retrouvé votre saphir vous est donc si cher ?
– Ne dites pas de sottises, Mina ! coupa Aldo, et perdu le même soir une pierre à laquelle il tenait, et sa jeune femme. On peut s’y intéresser !
– À lui... ou à la dame ? Il est vrai qu’elle paraît... ravissante ! Et les photos de presse sont rarement flatteuses !
Aldo braqua sur sa secrétaire un regard sévère. C’était la première fois qu’elle se montrait indiscrète, et il lui était pénible de le constater. Mais il ne se déroba pas :
– C’est vrai, dit-il gravement. Je l’ai rencontrée voici peu, mais elle m’est devenue plus chère qu’il ne le faudrait peut-être. J’espère, Mina, que vous n’y voyez pas d’inconvénient ?
– Elle est mariée, cependant, puisque vous revenez de ses noces ? ...
Il y avait, dans la voix de la jeune fille, une tension, une insolence inhabituelles. Mme de Sommières, dont le regard allait de l’un à l’autre jugea bon d’intervenir. Sa main se posa sur celle de Mina. Ce qui lui permit de constater qu’elle tremblait un peu :
– On dirait que vous ne connaissez guère votre patron, ma chère ? Les belles dames malheureuses et les demoiselles en détresse agissent sur lui comme un aimant sur la limaille de fer. Il n’a de cesse de voler à leur secours. C’est une vraie maladie mais, que voulez-vous, on ne se refait pas !
Tandis qu’elle parlait, son pied alla cogner avec quelque rudesse l’un des tibias de son petit-neveu, qui eut une sorte de hoquet mais comprit le message et détourna les yeux.
– Vous avez peut-être raison, soupira-t-il. Cependant, on ne peut que s’émouvoir devant pareille situation puisque, selon la presse, lady Ferrais risque de mourir si la rançon n’est pas payée...
– Il n’y a pas à s’inquiéter, reprit la vieille dame. Qu’est-ce que deux cent mille dollars pour un marchand de canons ? Il paiera et tout rentrera dans l’ordre... Mina, puisque vous partez ce soir pour Venise, puis-je vous charger d’un ou deux messages pour des amis que j’ai là-bas ?
– Bien sûr, madame la marquise ! Avec le plus grand plaisir. Si vous voulez bien m’excuser, je voudrais, préparer mes bagages.
Elle quitta la salle à manger, suivie des yeux par Mme de Sommières qu’Aldo attaqua dès que la porte se fut refermée sur elle :
– Qu’est-ce qui vous prend de me donner des coups de pied, tante Amélie ? Vous m’avez fait un mal de chien !
– Non seulement tu es douillet, mais tu es idiot ! Et d’une maladresse !
– Je ne vois pas pourquoi ?
– C’est bien ce que je disais : tu es stupide ! Voilà une malheureuse qui va convoyer pendant plusieurs centaines de kilomètres un bijou aussi dangereux que de la dynamite, et toi tu te lamentes sur le sort d’une illustre inconnue ! Il ne te vient pas à l’idée que ta secrétaire pourrait être amoureuse de toi ?
Aldo partit d’un grand éclat de rire :
– Mina, amoureuse ? Mais vous rêvez tante Amélie !
– Rêver ? Je le voudrais bien ! Crois-moi ou ne me crois pas, mais si tu tiens à ta secrétaire, ménage-la un peu ! Même si tu t’obstines à ne pas voir en elle une femme, c’en est une malgré tout ! À vingt-deux ans, elle aussi a le droit de rêver...
– Que voulez-vous que je fasse, grogna Morosini. Que je l’épouse ? ...
– Et dire que je te croyais intelligent ! soupira la vieille dame.
Durant toute la journée, il fut impossible de mettre un pied dehors. Une marée humaine battait les murs de l’hôtel Ferrais. L’habituel mélange de journalistes, de photographes et de curieux qui, sans le cordon de police disposé autour, se serait insinué dans la moindre ouverture. Les voisins d’en face ou d’à côté se voyaient eux aussi assiégés.
– Il faudra pourtant bien que j’aille prendre mon train ce soir ! fit Mina, alarmée.
– Vous pouvez avoir confiance en Lucien, mon « mécanicien », pour foncer dans le tas ! la rassura Mme de Sommières.
– Je vous accompagnerai ! promit Aldo. Je tiens à m’assurer que vous ferez un bon voyage. En attendant, il suffit que nous prenions notre mal en patience : ces gens-là ne vont pas camper jour et nuit devant nos portes.
Il n’en était pas certain, connaissant bien l’infinie patience d’une foule qui flaire une belle affaire criminelle, voire le sang... Vers la fin de l’après-midi, personne n’avait encore bougé, lorsque le téléphone sonna chez le concierge et que celui-ci vint annoncer que l’on demandait « Monsieur le prince » de la part de sir Eric Ferrais. Morosini bondit sans se poser la moindre question. Un instant plus tard, la voix inimitable résonnait à son oreille :
– Dieu soit loué, vous êtes encore à Paris ! Je n’osais pas l’espérer...
– Des affaires à régler, fit Aldo sans se compromettre. Qu’avez-vous à me dire ?
– J’ai besoin de vous. Pouvez-vous venir vers huit heures ?
– Non. À cette heure-là, je conduis une amie à la gare.
– Alors plus tard ! À l’heure que vous voudrez, mais, par pitié, venez ! C’est une question de vie ou de mort !...
– Vers dix heures et demie ! Prévenez votre service d’ordre...
– Vous serez attendu...
Il l’était en effet. Son nom lui permit de franchir le barrage de police et il trouva, sur le perron, le maître d’hôtel et le secrétaire qu’il avait déjà rencontrés. Peut-être y avait-il un peu moins de curieux, mais ceux qui étaient encore là prenaient leurs dispositions pour passer la nuit. Naturellement, l’arrivée de cet homme élégant suscita des curiosités. Des chuchotements s’élevèrent sur son passage et deux journalistes tentèrent de l’interviewer, mais il s’en tira avec un sourire plein de courtoisie :
– Je ne suis qu’un ami, messieurs ! Rien de bien intéressant pour vous...
Sir Eric était dans le cabinet qu’il connaissait déjà. Pâle et agité, le négociant en armes arpentait la vaste pièce, semant les mégots de cigarettes à demi fumées sans souci des dommages causés au superbe kilim turkmène étendu sous ses pas. L’entrée de Morosini arrêta ces allées et venues.
– Les journaux de ce matin m’ont appris le malheur qui vous frappe, sir Eric, commença le visiteur, aussitôt interrompu d’un geste brusque.
– N’employez pas ce mot-là ! s’écria Ferrais. Je veux croire qu’il ne s’agit pas de l’irréparable. Cela dit, merci d’être venu.
– Au téléphone, vous m’avez appris que vous aviez besoin de moi. J’avoue n’avoir pas très bien compris. Que puis-je pour vous ?