L'Etoile Bleue [fr]
- Автор: Бенцони Жюльетта
- Серия: Хромой из Варшавы #1
- Год: 1994
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «L'Etoile Bleue [fr]». Краткое содержание книги:
Derrière lui, Morosini pénétra dans le couloir central de la maison, gravit un escalier de bois mal entretenu, arriva sur un palier où donnaient quatre portes. Ulrich en ouvrit une après avoir frappé.
– Entrez ! dit-il. Vous êtes attendu.
Aldo pénétra dans une chambre dont il ne vit rien, à l’exception d’Anielka dont l’attitude ne laissa pas de le surprendre. Il s’attendait à voir une malheureuse éplorée, épuisée, ligotée : il vit une jeune fille vêtue d’une robe élégante occupée à se polir les ongles, assise devant une coiffeuse ornée d’un vase de fleurs. Elle semblait détendue, à son aise, et il se traita d’idiot : si son frère était à l’origine de l’enlèvement, il n’y avait aucune raison qu’elle soit maltraitée ; quant au danger, il devenait illusoire. Aussi, refrénant son élan primitif, pré-féra-t-il se tenir sur ses gardes, mais comme Anielka n’avait pas l’air de s’apercevoir de sa présence, il éprouva un début d’irritation. L’idée qu’elle pouvait être en train de se moquer de lui l’effleurait :
– Heureux de vous voir en bonne santé, ma chère, mais puis-je dire que vous avez une curieuse façon d’accueillir votre libérateur ? Les tourments que vous avez causés n’ont pas l’air d’altérer votre sérénité ?
Elle éloigna l’une de ses mains pour juger de l’effet puis, avec un petit sourire triste, elle haussa les épaules :
– Des tourments ? Pour qui ?
– Pas pour votre frère, en tout cas ! Je viens de le voir : il est épanoui, ce garçon. Son mauvais coup a réussi et je commence à croire que c’est aussi le vôtre ?
– Peut-être. Ne devais-je pas m’enfuir au soir de mes noces ?
– Oui, mais avec moi ou avec des gens convenables. D’où sortez-vous ces truands américains, français, allemands ou Dieu sait quoi ?
– Ce sont des amis de Sigismond et je leur suis très reconnaissante.
Elle se levait enfin pour regarder Aldo en face.
– Reconnaissante ? Et de quoi, s’il vous plaît ?
– De m’avoir évité la plus grosse bêtise de ma vie en vous rejoignant et, surtout, de m’être vengée de ceux qui ont osé m’offenser !
– Et qui sont ? Parlez, bon sang ! Il faut vous arracher les mots !
– Sir Eric et vous !
– Moi, je vous ai offensée ? J’aimerais bien savoir comment.
– En trahissant à la face de tous, publiquement et presque sous mes yeux, ce grand amour que vous disiez éprouver pour moi. Lorsque je suis venue à vous, j’ignorais – et vous vous êtes bien gardé de me l’apprendre ! – quel lien intime vous unissait à Mme Kledermann...
– Je ne vois pas pourquoi je vous aurais parlé d’une histoire vieille de plusieurs années. Avant la guerre, elle a été ma maîtresse mais nous ne sommes plus que... des amis. Et encore !...
– Des amis ? Comment pouvez-vous être aussi lâche, aussi menteur ? Faut-il vous dire que je vous ai vu avec elle, de mes propres yeux vu, sous la fenêtre de ma chambre. Votre façon de vous embrasser n’avait rien d’amical...
Aldo maudit les impétuosités de Dianora et sa propre stupidité mais le mal était fait : il fallait jouer avec les mauvaises cartes distribuées par un destin ironique.
– J’avoue, fit-il, que je me suis mis là dans un mauvais cas, mais je vous en supplie, n’attachez pas d’importance à ce baiser, Anielka ! Si je n’ai pas repoussé Dianora quand elle s’est jetée à mon cou, c’est parce que j’ai appris à me méfier de ses emballements, de ses foucades. C’est elle qui a voulu notre séparation en 1914 et je reconnais bien volontiers qu’elle essaie de renouer. Ce soir-là, j’en conviens, j’ai eu l’intention de l’utiliser comme paravent, mais c’était dans le seul but d’écarter de moi – et donc de vous ! – les soupçons de sir Eric lorsque votre fuite serait découverte.
– Mes félicitations ! Si c’était un rôle, vous l’avez joué fort convenablement... et jusque dans son lit ! Fallait-il aller si loin ?
– Dans son lit ?
– Allez-vous cesser de me prendre pour une idiote, à la fin ? hurla la jeune fille en empoignant un flacon de parfum qui rata de peu la tempe d’Aldo. Dans son lit, oui ! Je vous y ai vu, dormant à poings fermés après avoir fait l’amour avec elle, je suppose. La chemise ouverte, les cheveux en désordre, vous étiez répugnant ! Le mâle assouvi !
Elle s’emparait déjà d’un autre projectile, mais Aldo bondit sur elle et la maîtrisa en dépit de sa furieuse défense.
– Une seule question : l’avez-vous vue auprès de moi ?
– Non. Elle préférait sans doute vous laisser reprendre de nouvelles forces en toute tranquillité ! Oh, je vous hais, je vous hais !
– Haïssez-moi tant que vous voulez, mais écoutez d’abord ! Et tenez-vous tranquille un instant ! Il ne vous est pas venu à l’idée que j’avais pu être assommé ou drogué avant d’être apporté sur ce lit ? C’est ce bon Sigismond, n’est-ce pas, qui vous a conduite dans la chambre afin de mieux vous convaincre de partir avec lui ? C’est bien ça, n’est-ce pas ? On ne vous a pas fait violence un seul instant...
À mesure qu’il parlait, les événements s’éclairaient petit à petit. Anielka n’essayait même pas de nier. Au contraire, elle aurait eu plutôt tendance à revendiquer.
– En effet, et je suis partie avec joie ! C’était la seule façon pour moi de vous échapper : vous et cet horrible vieillard ! Oh ! je voudrais vous voir morts tous les deux !
Morosini lâcha la jeune furie et alla vers la fenêtre qu’il ouvrit pour respirer un peu la fraîcheur de la nuit. Il se sentait étouffer dans cette chambre étroite.
– Tout ce que je pourrais dire ne servirait à rien ? Vous avez décidé que j’étais coupable et votre jugement est sans appel ?
– Vous n’avez pas droit aux circonstances atténuantes ! D’ailleurs... même sans votre trahison, je ne serais pas partie avec vous.
– Pour quelle raison ?
– Souvenez-vous de ce que je vous ai dit au Jardin d’Acclimatation : « Si je dois subir l’assaut de sir Eric, je ne vous reverrai de ma vie. » ... Et si, ce soir, j’ai tenu à vous parler, c’est parce que je ne voulais pas m’éloigner sans vous avoir jeté au visage tout le mépris que vous m’inspirez... C’est fait maintenant : vous pouvez partir !
Abandonnant la fenêtre, Aldo se tourna vers Anielka, mais il ne la vit que de dos. Un dos prolongeant des épaules qui tremblaient, une tête penchée. Il supposa qu’elle pleurait, et un peu d’espoir lui revint en dépit des paroles affreuses qu’elle venait de prononcer et qu’il ne comprenait pas bien.
– Ce que vous m’avez dit au jardin ? Mais... vous n’avez pas eu à subir... quoi que ce soit, j’imagine ?
La brusque volte-face d’Anielka lui montra un visage noyé de larmes :
– Eh bien, vous imaginez mal, mon cher ! Cette blancheur dont j’étais environnée pour marcher à l’autel n’était que dérision... pitoyable mascarade : depuis la nuit précédente, je n’étais plus vierge et j’étais déjà la femme de Ferrais.
Morosini eut un cri de protestation puis, soudain très malheureux, il enveloppa la jeune femme d’un regard à la fois incrédule et suppliant.
– Vous dites ça pour me faire mal. Je refuse de croire que cet homme soit une brute. Je sais... on m’a dit qu’après la cérémonie civile vous aviez reçu la bénédiction d’un pasteur, mais tant que vous n’étiez pas mariée selon le rite catholique...
– Et je ne le suis toujours pas ! Pourquoi croyez-vous que je me suis évanouie au moment des consentements après avoir prononcé dans sa langue des mots qui ne signifiaient rien ?