L'Etoile Bleue [fr]
- Автор: Бенцони Жюльетта
- Серия: Хромой из Варшавы #1
- Год: 1994
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «L'Etoile Bleue [fr]». Краткое содержание книги:
– J’ai oublié de vous demander votre adresse dans le coin.
– La Renaudière, chez Mme de Saint-Médard. C’est entre Mer et La Chapelle-Saint-Martin.
– Rentrez directement et ne bougez pas ! J’irai vous voir demain matin.
Puis, lâchant la portière, il revint vers le château en criant comme s’il terminait une phrase :
– ... De toute façon, je vous en montrerai une presque semblable au musée du Louvre ! A bientôt !
Ce ne fut pas sans regrets que Morosini prit la route du retour. Les événements avaient tourné de façon si étrange qu’il ne pouvait se défendre d’une angoisse due à l’expression bizarre du visage de Ferrais quand il était redescendu. Quelque chose lui disait que la comédie qui s’était changée en farce au moment des exploits d’Adal n’était peut-être pas loin, à présent, de prendre des allures de drame...
CHAPITRE 9 DANS LE BROUILLARD
Incapable de trouver le sommeil, Aldo passa le reste de la nuit à tourner en rond en fumant cigarette sur cigarette. L’aurore le découvrit au jardin arpentant les allées bordées de buis, les nerfs en boule et l’esprit tendu vers ce château qu’il avait fallu quitter sans savoir ce qui s’y était passé au juste. Ce fut la belle lumière rose qui le convainquit de rentrer pour ne pas inquiéter son hôtesse, une aimable mais fragile créature que le moindre bruit faisait sursauter et qui semblait toujours sur le qui-vive. Un certain temps s’écoulerait sans doute avant qu’Adalbert n’effectue son entrée : le mieux était de le passer sous la douche d’abord et de commander un solide petit déjeuner ensuite.
L’une était un peu rouillée, mais l’autre délicieusement campagnard avec de grandes tartines de pain bis grillées à point, du beurre tout frais pressé, d’attendrissantes confitures de reines-claudes et du café à réveiller un mort. Aussi les idées de Morosini retrouvaient-elles les couleurs de l’optimisme quand les pétarades de l’Amilcar firent rugir les échos des alentours et plonger sous ses oreillers la pauvre Mme de Saint-Médard qui était encore au lit.
– J’espère que vous m’apportez de bonnes nouvelles ! s’écria Morosini en allant au-devant de son ami.
– Des nouvelles, j’en ai, mais on ne peut pas dire qu’elles soient bonnes... À vrai dire, elles sont incompréhensibles.
– Laissez un peu de côté votre goût du mystère et dites-moi d’abord où est Anielka !
– Dans sa chambre selon toute vraisemblance. Le château est plongé dans le silence afin qu’aucun bruit ne vienne troubler son repos : les domestiques sont montés sur semelles de feutre. Quand aux invités, ils doivent, à cette heure, être sur le départ. Ferrais leur a fait comprendre qu’il souhaitait les voir filer le plus vite possible !
– Elle est vraiment malade, alors ? Mais de quoi souffre-t-elle ? s’impatienta Morosini alarmé.
– Pas la moindre idée ! Sir Eric et sa nouvelle famille sont muets comme des carpes. Et comme Sigismond était encore à jeun quand je suis parti, je n’ai rien pu en tirer. Vous ne partageriez pas vos agapes matinales avec un malheureux qui est debout depuis l’aube ? J’ai quitté le château au lever du soleil...
– Servez-vous ! Je vais demander du café chaud... mais, dites-moi, vous en avez mis du temps pour parcourir une douzaine de kilomètres ?
– J’en ai fait plus que ça ! Autant vous apprendre tout de suite le plus inquiétant : Romuald a disparu.
Adalbert raconta alors comment, avant d’aller se coucher, il avait fait un tour dans le parc pour « fumer un dernier cigare » et surtout voir ce qui se passait au bord du fleuve. Or il ne s’y passait rien. La barque était bien amarrée à l’endroit convenu, mais il n’y avait personne dedans : les rames y voisinaient avec la couverture dont le guetteur avait dû se munir pour envelopper sa passagère. Habitué de par son métier à scruter les terrains et les choses, l’archéologue, aidé de la lampe électrique emportée par précaution, réussit à relever néanmoins des traces suspectes : celles de pas imprimés dans la terre auprès d’autres plus légères, comme si une personne lourdement chargée s’y était déplacé en allant vers l’aval. D’autres marques encore dans le petit bateau : éclats de bois et de peinture récents, et aussi de la boue. Très soucieux, Vidal-Pellicorne s’efforça de suivre les pas pesants mais ils ne le menèrent pas loin : ils s’arrêtaient à quelques mètres au bord de l’eau puis disparaissaient. Il y avait eu là, certainement, un autre bateau, mais amené par qui et dans quel but ?
Comme il était impossible, pour cette nuit, d’en savoir davantage, il remonta au château dont il fit le tour avant de regagner sa chambre, pour constater que les fenêtres de lady Ferrais étaient encore éclairées.
– J’étais partagé entre l’envie d’aller frapper à sa porte – mais sous quel prétexte ? – et celle de descendre au garage reprendre ma voiture pour aller de l’autre côté de la Loire visiter la petite maison louée par Romuald. Ce qui eût été imprudent alors que le saphir était toujours en ma possession. J’ai attendu le matin. Sans fermer l’œil une seule minute.
– Moi non plus, si ça peut vous consoler, fit Aldo en lui versant un grand bol de café tandis que son invité faisait disparaître une immense tartine avec la moitié du pot de confiture. Naturellement, vous êtes allé à la maisonnette en quittant la propriété ?
– Oui, et comme pour traverser il faut aller jusqu’à Blois, cela explique le temps que j’ai mis. Là-bas, j’ai trouvé les affaires de Romuald parfaitement en ordre mais rien d’autre : on dirait qu’il s’est volatilisé.
– Un accident peut-être ?
– De quelle sorte ? Sa motocyclette est toujours garée dans l’appentis du jardin. Je ne vois que deux solutions possibles : ou on l’a enlevé, mais qui, pourquoi et où l’a-t-on emmené, ou alors... je ne vous cache pas que j’ai peur, Morosini !
– Vous n’imaginez pas qu’on ait pu le tuer ? s’écria celui-ci horrifié.
– Qui peut savoir ? Peut-être n’y avait-il pas d’autre bateau au bord de l’eau ? Ça doit être assez facile, quand on est près d’un fleuve, de se débarrasser de quelqu’un...
Il eut un toussotement nerveux et, soudain, Aldo découvrit sous le masque angélique, insouciant et volontiers farfelu d’Adalbert un homme réfléchi jusqu’à l’angoisse et un cœur plus chaleureux encore qu’il ne le pensait. La crainte d’avoir perdu Romuald le bouleversait. Par-dessus la table, sa main vint se poser sur le bras de cet ami récent mais déjà cher.
– Que comptez-vous faire ? demanda-t-il avec douceur.
Vidal-Pellicorne haussa les épaules :
– Fouiller la région jusqu’à ce que je trouve quelque indice et d’abord retourner à Blois voir si l’on n’aurait pas découvert un corps dans la Loire...
– Je vais avec vous. Nous allons prendre ma voiture : la vôtre est trop voyante. Trop bruyante aussi.
– Merci, mais c’est non. Il ne faut pas qu’on puisse nous repérer ensemble. N’oubliez pas que nous n’avons fait connaissance qu’hier. Et puis il faut que vous mettiez ça à l’abri.
De sa poche il sortit un mouchoir blanc et, de ce mouchoir, le pendentif au saphir qu’il mit dans la main d’Aldo. Ce ne fut pas sans émotion que celui-ci prit le bijou, mais la joie qu’il eût éprouvée naguère en le retrouvant n’était plus possible à présent qu’il en savait l’histoire véridique. Trop de morts, trop de sang sur cette pierre admirable ! Au premier meurtre commis après le pillage du temple de Jérusalem, aux souffrances de l’homme enchaîné aux galères et mort sous le fouet des comites s’ajoutaient la mort d’Isabelle Morosini, d’Élie Amschel, le petit homme au chapeau rond, et peut-être celle de Romuald. Aussi Aldo éprouvait-il une hâte soudaine : celle de remettre à Simon Aronov la désastreuse merveille. Peut-être qu’une fois ressertie dans l’or bosselé du pectoral, l’Étoile bleue poserait enfin les armes ?