L'Etoile Bleue [fr]
- Автор: Бенцони Жюльетта
- Серия: Хромой из Варшавы #1
- Год: 1994
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «L'Etoile Bleue [fr]». Краткое содержание книги:
– Eh bien, dites-moi ! C’est aux offices de Saint-Augustin que l’on apprend à cultiver des idées pareilles ? ... D’excellentes idées, d’ailleurs !...
Cette fois, il eut droit à un sourire triomphant :
– L’Esprit souffle quand il lui plaît, don Aldo ! Et j’ai toujours aimé secourir ceux qui sont dans la détresse...
Elle eut droit, pour sa peine, à deux baisers sonores appliqués à pleines joues par un Morosini enthousiaste et s’enfuit à petits pas précipités, rouge jusqu’à la racine de ses cheveux.
Aldo ne quitta pas la maison de la journée, passant une grande partie de son temps au jardin, à examiner les façades et les toits des deux demeures mitoyennes. Plan-Crépin avait raison : descendre par le toit était beaucoup plus facile que traverser la moitié du jardin et escalader la façade comme il pensait le faire. Il prit tout de même le temps d’écrire à Zurich afin que le correspondant bancaire de Simon Aronov pût le prévenir du proche retour de la première pierre. Cyprien se chargea en personne d’aller porter la lettre à la poste, Mina profitant de sa journée à Paris – elle repartait le lendemain soir – pour visiter le musée de Cluny et ses tapisseries médiévales. Mais les heures parurent longues à Aldo jusqu’à ce que la nuit soit assez sombre pour que son expédition passe inaperçue.
Quand, vers onze heures et demie, muni d’une corde enroulée autour de son épaule et vêtu comme lors de sa première rencontre avec Adalbert, il gagna la terrasse de l’hôtel, il eut la surprise d’y trouver Marie-Angéline – robe de laine noire et chaussons de lisière – qui l’attendait, assise par terre et adossée contre les balustres.
– Notre chère marquise a pensé qu’il était plus prudent d’être deux, chuchota-t-elle sans lui laisser le temps de protester. Je ferai le guet...
Parce qu’elle est au courant ?
– Bien entendu ! Il ne serait pas convenable qu’elle ne sache pas ce qui se passe sous son toit... ou dessus !
– C’est ridicule ! Et puis ce n’est pas la place d’une demoiselle ! Vous pourriez vous casser quelque chose, ou simplement vous tordre un pied...
– Aucun danger ! Le château de mes parents comporte un logis Renaissance et quatre tours à poivrières. Vous n’imaginez pas combien de fois je me suis promenée dessus ! J’ai toujours adoré les toits. On s’y sent plus près du Seigneur !
Renonçant pour le moment à explorer plus avant les motivations de cette étrange fidèle qui élevait l’art des monte-en-l’air au niveau des vertus théologales, Morosini entreprit de passer sur le toit d’à côté, suivi de cet acolyte inattendu. Son intention n’était pas de faire irruption dans la chambre d’Anielka mais d’essayer de voir ce qui s’y passait. Étant donné la douceur du temps, l’une des fenêtres resterait sans doute entrouverte et, même si les rideaux étaient tirés, il devrait être possible de jeter un coup d’œil. D’autant qu’une chambre de malade n’était jamais plongée dans une obscurité complète : il était habituel d’y laisser une veilleuse pour faciliter le travail de la garde de nuit.
Aidé de Marie-Angéline, aussi muette et silencieuse qu’une ombre, il descendit sans peine sur le long balcon de pierre qui régnait de façon continue à la hauteur du second étage, beaucoup moins haut que les deux autres où les plafonds atteignaient leurs cinq mètres. Là, il attacha sa corde à la balustrade en prenant bien soin de la placer dans l’encoignure où la rotonde centrale se rattachait au reste du bâtiment, puis il se laissa glisser jusqu’à l’un des trois balcons de fer forgé qui commandaient les fenêtres de la nouvelle mariée. Celle devant laquelle il atterrit était bien fermée et aveugle, les rideaux intérieurs ayant été tirés.
Sans se décourager, Aldo enjamba le balcon central, plus large et plus ornemental, regardant droit sur les arbres du parc, et là il retint une exclamation de satisfaction : la double porte vitrée n’était pas close et un peu de lumière filtrait. Le cœur du visiteur battit plus vite : avec un peu de chance, il allait peut-être réussir à s’avancer jusqu’à la malade et à lui parler ? Alors, en prenant bien soin de ne pas faire bouger le vantail, il approcha son œil de l’ouverture...
Ce qu’il aperçut le plongea dans la stupeur. À l’exception de Wanda qui dormait sur une chaise longue, la chambre tendue de brocart bleu était vide, et aussi le ravissant lit à la polonaise couronné de bouquets de plumes blanches... Où était Anielka ?
Aldo allait peut-être commettre la folie de s’introduire pour aller le demander à cette grosse femme endormie, quand la porte s’ouvrit doucement et Ferrais parut. Avec un regard indifférent pour Wanda, il alla s’asseoir dans un fauteuil, l’air accablé. Bien que la lumière dispensée par la veilleuse fût pauvre, Morosini put noter le ravage de son visage au-dessus de la soie foncée de la robe de chambre : de toute évidence, sir Eric avait de gros soucis. Il avait dû pleurer aussi... mais pourquoi ?
La tentation fut grande d’essayer d’arracher à cet homme la raison de son accablement, mais il préféra se retirer sans bruit, et rejoignit sa compagne qui l’attendait au bord du toit. Il apprécia qu’elle refrène sa curiosité jusqu’à ce que l’on fût revenu en pays ami, mais, une fois sur la terrasse, la question fusa, à voix basse cependant :
– Alors ? Vous l’avez vue ?
– Non. Le lit est vide.
– Il n’y a personne ?
– J’ai vu la femme de chambre endormie sur une récamier, puis sir Eric est entré et s’est assis. Sans doute pour faire croire à ses gens qu’il venait faire une visite à la malade...
– Autrement dit, cette histoire de contagion...
– Du vent ! Destiné à chasser les curieux...
– Ah !
Il y eut un court silence, puis Marie-Angéline soupira :
– Demain matin, il va falloir que Mme Quémeneur m’en dise un peu plus !
– Que pourrait-elle vous dire ? Comme tout le monde dans la maison, elle doit croire à la maladie...
– On verra bien ! Si je pouvais me faire inviter, m’introduire dans la place...
Morosini ne put s’empêcher de rire : décidément, Plan-Crépin développait une véritable vocation d’agent secret. Il pensa qu’il faudrait en parler à Adalbert. Cette fille n’était pas maladroite et débordait de bonne volonté...
– Faites à votre guise, dit-il, mais prenez garde ! C’est un terrain dangereux ! Et tante Amélie tient à vous.
– Moi aussi ! Il faut que nous sachions à quoi nous en tenir ! conclut la demoiselle du ton d’un général concluant une réunion d’état-major...
Elle n’eut pas à se donner beaucoup de peine : la bombe éclatait le lendemain dans les journaux du matin sous des titres énormes : « Les noces tragiques » – « La jeune épouse d’un grand ami de la France enlevée le soir de ses noces » – « Qu’est devenue lady Ferrais ? » et quelques autres tout aussi alléchants.
Ce fut, bien entendu, Marie-Angéline qui apporta la nouvelle : en arrivant place Saint-Augustin pour la messe de six heures, elle était tombée sur le marchand de journaux occupé à décorer son kiosque avec l’événement du jour. Elle en acheta plusieurs et revint ventre à terre rue Alfred-de-Vigny en oubliant l’office matinal. Rouge et échevelée, aussi haletante que le coureur de Marathon, elle enfonça la porte de Morosini qui dormait encore et claironna :
– Eh bien voilà ! Elle a été enlevée !... Réveillez-vous, bon sang ! Et lisez !
En quelques minutes, la maison était au courant et bruissait comme une volière. Autour de la table du petit déjeuner servi avec une heure d’avance, on discutait ferme, chacun donnant son opinion. L’idée générale, à deux exceptions près, était que les ravisseurs ne pouvaient être que des gangsters américains : les journaux parlaient, en effet, d’une rançon de deux cent mille dollars.