Psychopathologie de la vie quotidienne
- Автор: Фрейд Зигмунд
- Год: 22
- Язык: французский
- Жанр: Психология
Электронная книга - «Psychopathologie de la vie quotidienne». Краткое содержание книги:
Dans mes propres analyses de ce genre, j'ai été frappé par les deux faits suivants. en premier lieu, par la certitude quasi-somnambulique avec laquelle je marche vers un but inconnu et me plonge dans des calculs qui aboutissent subitement au nombre recherché, et aussi par la rapidité avec laquelle s'accomplit tout le travail ultérieur; en deuxième lieu, j'ai été frappé par la facilité avec laquelle les nombres se présentent à ma pensée inconsciente, alors que je suis généralement un mauvais calculateur et éprouve les plus grandes difficultés à retenir, dans ma mémoire consciente, les dates, les numéros de maisons, etc. Je trouve d'ailleurs, dans ces opérations inconscientes sur les nombres, une tendance à la superstition dont l'origine m'est restée longtemps inconnue [92].
Nous ne serons pas étonnés de constater que l'examen analytique révèle comme étant parfaitement déterminés, non seulement les nombres, mais n'importe quel mot énoncé dans les mêmes conditions.
Jung a publié un intéressant exemple concernant l'origine d'un mot obsédant (Diagnostische Assoziationsstudien, V, p. 215). «Une dame me raconte qu'elle est obsédée depuis quelques jours par le mot «Taganrog», sans qu'elle sache d'où ce mot lui vient. J'interroge la dame sur les événements affectifs et les désirs de son passé le plus récent. Après une certaine hésitation, elle m'avoue qu'elle aurait grande envie d'avoir une robe de chambre (Morgenrock), mais que son mari ne manifeste pas un grand enthousiasme pour ce désir. Morgenrock (littéralement: «robe de matinée»), Tag-an-rock (peut être traduit, à la rigueur, par: («robe de jour»; déformation de Taganrog, nom d'une ville russe): on voit qu'il existe, entre ces deux mots, une affinité partielle, portant aussi bien sur le sens que sur les caractères phonétiques. L'adoption de la forme russe (Taganrog) s'explique par le fait que la dame vient de faire la connaissance d'une personne originaire de cette ville.
Je dois au Dr E. Hitschmann la solution d'un autre cas où un vers a été évoqué à plusieurs reprises dans le même endroit, alors que la personne intéressée ignorait la provenance de ce vers et ne voyait pas les rapports qui pouvaient exister entre lui et l'endroit en question.
«Le Dr E. raconte: Il y a six ans, je faisais le voyage de Biarritz à Saint-Sébastien. Le chemin de fer passe au-dessus de la Bidassoa qui sépare la France de l'Espagne. Du pont, on a une vue superbe: d'un côté, une large vallée et les Pyrénées; de l'autre côté, une vaste étendue de mer. C'était par une belle et claire journée d'été, tout était inondé de soleil et de lumière, j'étais en vacances, enchanté de me rendre en Espagne, et tout à coup ces vers ont surgi dans ma mémoire: «Aber frei ist schon die Seele, schwebet in dem Meer von Licht [93].»
Je me rappelle avoir alors cherché, mais en vain, le poème dont ces vers faisaient partie. Étant donné le rythme, il s'agissait certainement de vers, mais impossible de me rappeler où je les avais lus. Comme ils me sont depuis revenus, à plusieurs reprises, à la mémoire, je me rappelle avoir interrogé à ce sujet plusieurs personnes qui n'ont pu me renseigner.
L'année dernière, revenant d'Espagne, je suivais le même trajet. Il faisait nuit noire et il pleuvait. Le visage collé contre la vitre de la portière, je cherchais à discerner l'endroit exact où nous étions par rapport à la station frontière et je constatai que nous traversions le pont de la Bidassoa. Et voilà que les mêmes vers me revinrent à la mémoire, sans que je pusse encore me rappeler à quel poème je les avais empruntés.
Quelques mois plus tard, je tombe par hasard sur les poèmes d'Uhland. J'ouvre le volume, et les premiers vers qui se présentent à ma vue sont: «Aber frei ist schon die Seele, schwebet in dem Meer von Licht», par lesquels se termine un poème intitulé. Der Waller. Je relis le poème et me souviens vaguement l'avoir autrefois appris par cœur. L'action se passe en Espagne – c'est là, me semble-t-il, le seul rapport qui existe entre les vers cités et l'endroit où ils me sont revenus à la mémoire. Peu satisfait de ma découverte, je continue à feuilleter machinalement le livre. Les vers en question occupaient le bas d'une page. En retournant cette page, je tombe sur un poème intitulé: Le pont de la Bidassoa.
J'ajouterai que ce dernier poème m'était encore moins connu que le premier et qu'il commençait par ces vers: «Auf der Bidassoabrücke steht ein Heiliger altersgrau, segnet rechts die spans'chen Berge, segnet links die frank'schen Gau [94].»
II Cette manière de concevoir le déterminisme de noms et de nombres, choisis avec toutes les apparences de l'arbitraire, est peut-être de nature à contribuer à l'élucidation d'un autre problème. On sait que beaucoup de personnes invoquent à l'encontre d'un déterminisme psychique absolu, leur conviction intime de l'existence d'un libre-arbitre. Cette conviction refuse de s'incliner devant la croyance au déterminisme. Comme tous les sentiments normaux, elle doit être justifiée par certaines raisons. Je crois cependant avoir remarqué qu'elle ne se manifeste pas dans les grandes et importantes décisions; dans ces occasions, on éprouve plutôt le sentiment d'une contrainte psychique, et on en convient: «J'en suis là; je ne puis faire autrement». Lorsqu'il s'agit, au contraire, de résolutions insignifiantes, indifférentes, on affirme volontiers qu'on aurait pu tout aussi bien se décider autrement, qu'on a agi librement, qu'on a accompli un acte de volonté non motivé. Nos analyses ont montré qu'il n'est pas nécessaire de contester la légitimité de la conviction concernant l'existence du libre-arbitre. La distinction entre la motivation consciente et la motivation inconsciente une fois établie, notre conviction nous apprend seulement que la motivation consciente ne s'étend pas à toutes nos décisions motrices. Minima non eurat praetor. Mais ce qui reste ainsi non motivé d'un côté, reçoit ses motifs d'une autre source, de l'inconscient, et il en résulte que le déterminisme psychique apparaît sans solution de continuité [95].
III. Bien que la connaissance de la motivation des actes manqués dont nous nous sommes occupés échappe ainsi à la pensée consciente, il serait souhaitable de découvrir une preuve psychologique de l'existence de cette motivation. Et même, une connaissance plus approfondie de l'inconscient nous autorise à admettre la possibilité de découvrir cette preuve. Nous connaissons deux domaines présentant des phénomènes qui semblent correspondre à une connaissance inconsciente et, par conséquent, refoulée de cette motivation.
a) Les paranoïaques présentent dans leur attitude ce trait frappant et généralement connu, qu'ils attachent la plus grande importance aux détails les plus insignifiants, échappant généralement aux hommes normaux, qu'ils observent dans la conduite des autres; ils interprètent ces détails et en tirent des conclusions d'une vaste portée. Le dernier paranoïaque que j'ai vu, par exemple, a conclu à l'existence d'un complot dans son entourage, car lors de son départ de la gare des gens ont fait un certain mouvement de la main. Un autre a noté la manière dont les gens marchent dans la rue, font des moulinets avec leur canne, etc. [96].