Psychopathologie de la vie quotidienne
- Автор: Фрейд Зигмунд
- Год: 22
- Язык: французский
- Жанр: Психология
Электронная книга - «Psychopathologie de la vie quotidienne». Краткое содержание книги:
Depuis ce premier exemple de motivation d'un nombre, choisi avec toutes les apparences de l'arbitraire, j'ai reproduit l'expérience à plusieurs reprises, avec des nombres différents et toujours avec le même succès; mais la plupart des cas sont d'un caractère trop intime pour que je puisse les publier.
C'est pourquoi d'ailleurs je m'empresse d'ajouter ici une analyse très intéressante d'un cas de «nombre choisi au hasard», cas que le Dr Alfred Adler (Vienne) tient d'une personne «parfaitement saine» [89]. A., dit le docteur Adler, m'écrit: «J'ai consacré la soirée d'hier à lire la Psychopathologie de la vie quotidienne, et j'aurais certainement lu le livre jusqu'au bout, s'il ne m'était arrivé un incident assez singulier. Ayant lu notamment que chaque nombre que nous évoquons dans la conscience d'une manière apparemment arbitraire a un sens défini, je résolus de faire une expérience. Il me vient à l'esprit le nombre 1734. Les idées suivantes arrivent aussitôt: 1734: 17 = 102; 102 17 = 6. Je coupe alors le nombre 1734 en deux parties 17 et 34. J'ai 34 ans. Ainsi que je crois vous l'avoir dit, je considère l'année 34 comme la dernière année de la jeunesse; aussi n'ai-je pas été démesurément gai le jour de mon dernier anniversaire. Vers la fin de ma l7e année avait commencé pour moi une très belle et intéressante période de mon développement. Je divise ma vie en tranches de 17 années chacune. Que signifient donc ces divisions? À propos du nombre 102, je me rappelle que c'est le numéro du fascicule de la Reclam's Universalbibliothek contenant la pièce de Kotzebue: Misanthropie et repentir.
«Mon état psychique actuel peut être caractérisé par ces deux mots – «misanthropie et repentir». Le numéro 6 de la Bibliothèque Reclam (je connais par cœur beaucoup de numéros de cette collection) correspond à la Faute de Müllner. Je suis constamment tourmenté par l'idée que c'est par ma faute que je ne suis pas devenu ce que mes aptitudes pouvaient me faire espérer. Je me souviens ensuite que le No 34 de la Bibliothèque Reclam correspond à une nouvelle du même Müllner, intitulée Kaliber (Le calibre). Je coupe en deux parties ce titre et j'obtiens «Kaliber»; je constate que ce mot contient les mots «Ali» et «Kali» (potasse). Ceci me rappelle que je faisais un jour des bouts rimés avec mon fils Ali (âgé de 6 ans). Je le priai de trouver une rime à Ali. Il n'en trouva aucune et me demanda de la faire à sa place. Je dis: «ALI reinigt sich den Mund mit hypermangansaurem KALI» «(Ali se rince la bouche avec du permanganate de potasse»). Nous avons beaucoup ri et Ali fut très gentil. Ces jours derniers, je fus contrarié de trouver que Ali «KA (Kein) LIeber ALi sei» («qu'Ali n'était pas gentil»; Ka – abréviation de Kein).
«Je me demande ensuite: «Quel ouvrage de la Bibliothèque Reclam porte le Nº 17?» Je suis certain de l'avoir su; je suppose donc que j'ai voulu l'oublier. Toutes les recherches que je fais pour retrouver ce souvenir restent sans résultat. Je veux me remettre à la lecture, mais ne réussis qu'à lire machinalement, sans comprendre un seul mot, sans cesse tourmenté par ce numéro 17. J'éteins la lumière et continue de chercher. Je me rappelle finalement que le Nº 17 doit correspondre à une pièce de Shakespeare. Mais laquelle? Je trouve: Héro et Léandre. C'est là évidemment une absurde tentative de ma volonté de détourner mon attention. Je me lève et consulte le catalogue de la Bibliothèque Reclam : le No 17 correspond à Macbeth, de Shakespeare. À ma grande stupéfaction, je suis obligé de reconnaître que je ne sais à peu près rien de cette pièce, bien qu'elle ne m'intéresse pas moins que les autres drames de Shakespeare. Je me souviens seulement: meurtrier, lady Macbeth, sorcières, «la beauté est laide» et que j'ai autrefois trouvé très belle l'adaptation de Macbeth par Schiller. Il n'y a pas de doute: je voulais oublier cette pièce. Je pense encore que les nombres 17 et 34, divisés par 17, donnent 1 et 2. Or, les Nos 1 et 2 de la Bibliothèque Reclam correspondent au Faust de Goethe. Je me trouvais autrefois beaucoup de ressemblance avec Faust.»
Nous ne pouvons que regretter que la discrétion de l'auteur ne nous permette pas de saisir la signification de toute cette série d'idées et souvenirs. M. Adler nous dit que son correspondant n'a pas réussi à opérer la synthèse de tous ces détails. Nous serions même portés à les trouver dépourvus d'intérêt si la suite ne contenait pas quelque chose qui nous donne la clef du mystère et nous rend intelligibles et le nombre 1734 et la suite d'idées qui s'y rattache.
«Il m'est arrivé ce matin un événement qui plaide fortement en faveur de la conception freudienne. Ma femme que j'avais réveillée la nuit en me levant, m'a demandé ce que J'avais cherché dans le catalogue de la Bibliothèque Reclam. Je lui ai raconté l'histoire. Elle trouva que tout cela, sauf le cas de Macbeth (et ce détail est très intéressant), qui m'a donné tant de tourment, était de la pure chicane, Elle m'assura qu'elle ne pensait absolument à rien, lorsqu'elle énonçait un nombre. Je répondis: «Faisons un essai».
Elle donna le nombre 117. À quoi je répondis aussitôt: «17 se rapporte à ce que je viens de te raconter; en outre, je t'ai dit hier: lorsqu'une femme est âgée de 82 ans, alors que le mari n'en a que 35, la situation est mauvaise. Je taquine depuis quelques jours ma femme en lui disant qu'elle est une vieille bonne mère de 82 ans. 82 + 35 = 117.»
Cet homme, qui n'a pu trouver les raisons déterminantes du nombre énoncé par lui-même, a découvert aussitôt les motifs du nombre que sa femme avait choisi d'une manière en apparence arbitraire. En réalité, la femme a très bien saisi le complexe dont faisait partie le nombre énoncé par son mari, et elle a choisi son propre nombre dans le même complexe, qui était certainement commun aux deux sujets, puisqu'il s'agissait de leurs âges respectifs. Il nous est donc facile de saisir la signification du nombre qui était venu à l'esprit du mari. Ainsi que le dit M. Adler lui-même, ce nombre exprime un désir refoulé du moi, et qui peut être traduit ainsi: «À un homme de 34 ans, comme moi, il faut une femme de 17 ans.»
Pour qu'on ne juge pas trop légèrement ces «jeux», j'ajouterai un détail dont le Dr Adler m'a fait part récemment: une année après la publication de cette analyse, le couple avait divorcé [90].
M. Adler explique d'une façon analogue la production de nombres obsédants. Le choix de nombres dits «favoris» n'est pas sans rapport avec la vie de la personne intéressée et n'est pas dépourvu d'intérêt psychologique. Un monsieur, qui a une préférence particulière pour les nombres 17 et 19, se rappelle, après quelques instants de réflexion, qu'à 17 ans il a conquis la liberté académique, en devenant étudiant, et qu'à 19 ans il a fait son premier grand voyage et, bientôt après, sa première découverte scientifique. Mais la fixation de cette préférence ne s'est effectuée que deux lustres plus tard, lorsque les mêmes nombres eurent acquis une certaine importance pour sa vie amoureuse. L'analyse découvre un sens inattendu même aux nombres qu'on a l'habitude d'employer, dans certaines occasions, d'une manière qui paraît tout à fait arbitraire. C'est ainsi qu'un de mes malades s'est aperçu, un jour, que lorsqu'il était mécontent, il avait l'habitude de dire volontiers: «Je te l'ai déjà dit 17, sinon 36 fois.» Aussi s'est-il demandé s'il n'y avait pas de motifs à cela. Il s'est rappelé aussitôt qu'il était né le 27 d'un mois, tandis que son frère plus jeune était né un 26, et qu'il avait des raisons d'accuser le sort d'avoir été beaucoup plus favorable à son frère qu'à lui. Il représentait cette injustice du sort, en amputant la date de sa naissance de dix jours qu'il ajoutait à la date de la naissance du frère: «Bien qu'étant l'aîné, j'ai été raccourci par le sort.»