Psychopathologie de la vie quotidienne
- Автор: Фрейд Зигмунд
- Год: 22
- Язык: французский
- Жанр: Психология
Электронная книга - «Psychopathologie de la vie quotidienne». Краткое содержание книги:
Font donc partie de cette catégorie les cas d'oubli et les erreurs (qui ne sont pas l'effet de l'ignorance), les lapsus linguae et calami, les erreurs de lecture, les méprises et les actes accidentels.
En allemand, tous les mots désignant les actes manqués cités plus haut commencent par la syllabe ver (Ver-sprechen, Ver-lesen, Ver-schreiben, Ver-greifen), ce qui a pour but de faire ressortir leur identité intime. À l'explication de ces processus psychiques si définis se rattache une série de remarques, pour la plupart d'un grand intérêt.
I. En laissant de côté une partie de nos fonctions psychiques, parce que non justiciables d'une explication par la représentation du but en vue duquel elles s'accompliraient, nous méconnaissons l'étendue du déterminisme auquel est soumise la vie psychique. Ici et dans d'autres domaines, ce déterminisme s'étend beaucoup plus loin que nous ne le soupçonnons. Dans un article publié en 1900 dans la revue Zeit, l'historien de la littérature R. M. Mayer a montré d'une manière détaillée et d'après de nombreux exemples, qu'il est impossible de commettre un non-sens intentionnellement et arbitrairement. Je sais depuis longtemps qu'il est impossible de penser à un nombre ou à un nom dont le choix soit tout à fait arbitraire. Si l'on examine un nombre à plusieurs chiffres, composé d'une manière en apparence arbitaire, à titre de plaisanterie ou par vanité, on constate invariablement qu'il est rigoureusement déterminé, qu'il s'explique par des raisons qu'en réalité on n'aurait jamais considérées comme possibles. Je vais d'abord analyser brièvement un exemple de prénom arbitrairement choisi et soumettre ensuite à une analyse plus détaillée un exemple de nombre lancé au hasard, «sans penser à rien».
a) En reconstituant, en vue de sa publication, l'observation d'une de mes malades, je me demande quel prénom je vais lui donner. Le choix paraît très grand; sans doute, certains noms sont exclus d'avance: en premier lieu le vrai nom de la malade, ensuite les noms des membres de ma propre famille dont l'emploi me choquerait, enfin quelques autres noms de femmes, trop bizarres et prétentieux. D'ailleurs, je n'ai pas à me tourmenter outre mesure; je n'ai qu'à attendre, et les noms féminins viendront s'offrir en foule. Mais, au lieu d'une foule, un seul nom vient s'offrir, et aucun autre avec lui: le nom de Dora. Je cherche son déterminisme. Qui s'appelle donc Dora? La première idée qui me vient à J'esprit et que je pourrais être tenté de repousser comme invraisemblable est que c'est le nom de la bonne d'enfants de ma sœur. Mais je suis trop exercé à l'analyse pour céder à ce premier mouvement: je maintiens donc cette idée et je continue. Je me rappelle alors un petit événement survenu la veille au soir et qui m'apporte le déterminisme recherché. J'ai vu sur la table de la salle à manger de ma sœur une lettre portant l'adresse: «À Mlle Rosa W…» Étonné, je demande qui s'appelle ainsi et j'apprends que celle que tout le monde appelait Dora s'appelait en réalité Rosa, nom auquel elle avait renoncé en entrant au service de ma sœur, parce que celle-ci s'appelait également Rosa. Je dis, attristé: «Ces pauvres gens, il ne leur est même pas permis de conserver leurs noms!» Je me rappelle que je suis resté alors pendant quelques instants silencieux, pensant à toute sortes de choses sérieuses qui se sont perdues dans le lointain, mais que je pourrais maintenant évoquer facilement et rendre conscientes. Cherchant, le lendemain, le nom que je pourrais donner à une personne que je ne pouvais pas désigner par son nom réel, je ne trouvai que celui de Dora. Cette exclusivité repose d'ailleurs sur une solide association interne, car dans l'histoire de ma malade il s'agissait d'une influence, décisive au point de vue de la marche du traitement, émanant d'une personne (une gouvernante) en service dans une maison étrangère.
Ce petit événement eut, plusieurs années après, une suite inattendue. Faisant un jour une conférence dans laquelle j'avais à parier du cas Dora, depuis longtemps publié, je me suis rappelé qu'une de mes deux auditrices portait ce nom qui revenait si souvent dans mon exposé; je m'adresse donc à elle, m'excusant de n'avoir pas pensé à ce détail et me déclarant prêt à remplacer ce nom par un autre. Il me fallait donc choisir rapidement, en prenant garde de ne pas tomber sur le nom de l'autre auditrice, ce qui eût été d'un mauvais exemple pour les deux auditrices déjà assez versées en psychanalyse. Aussi fus-je très content, lorsque le nom d'Erna vint se substituer à Dora. Je me servis donc de ce nouveau nom dans la suite de ma conférence. Celle-ci terminée, je me suis demandé d'où avait bien pu me venir le nom d'Erna et n'ai pu m'empêcher de rire en constatant que l'éventualité redoutée avait réussi à se réaliser, en partie tout au moins. Mon autre auditrice s'appelait, en effet, de son nom de famille, Lucerna, dont j'avais ainsi pris les deux dernières syllabes.
b) J'écris à un ami que j'ai terminé la correction des épreuves de mon livre Die Traumdeutung et que je suis décidé à ne plus rien changer à cet ouvrage, «dût-il contenir 2 467 fautes», Je cherche aussitôt à éclaircir la provenance de ce chiffre et ajoute mon analyse à la lettre destinée à mon ami. Je la cite telle que je J'ai notée alors, sous le coup du flagrant délit.
«Voici encore, à la hâte, une contribution à la psychopathologie de la vie quotidienne. Tu trouves dans ma lettre le nombre 2467, exprimant l'estimation arbitrairement exagérée des fautes que j'ai pu laisser dans mon livre sur les rêves. Or, dans la vie psychique il n'y a rien d'arbitraire, d'indéterminé. Aussi es-tu en droit de supposer que l'inconscient a pris soin de déterminer le nombre lancé par le conscient. or, je viens de lire récemment dans le journal que le général E. M. a pris sa retraite avec le grade de maréchal. Je dois te dire que cet homme m'intéresse. Pendant que je faisais mon service, en qualité de médecin auxiliaire, il vint un jour (il était alors colonel) à l'infirmerie et dit au médecin: «Vous devez me remettre sur pieds dans 8 jours, car j'ai à faire un travail que l'Empereur attend.» En suivant mentalement les phases de la carrière parcourue par cet homme, je constate donc qu'aujourd'hui (en 1899) cette carrière est terminée, que le colonel d'alors est maréchal et à la retraite. Je me suis rappelé que c'est en 1882 que je l'ai vu à l'infirmerie. Il a donc mis dix-sept ans à parcourir ce chemin. J'en parle à ma femme qui me dit: «Alors tu devrais, toi aussi, déjà être à la retraite?» Mais je proteste: «Que Dieu m'en garde.» Après cette conversation, je me mets devant la table pour t'écrire. Mais mes idées suivent leur cours, et avec raison. J'ai mal calculé; et je le sais d'après un point de repère fixe que je garde parmi mes souvenirs. J'ai fêté ma majorité, c'est-à-dire mon 24e anniversaire, pendant que je faisais mon service militaire (je me suis absenté ce jour-là sans permission). C'était donc en 1880; il y a, par conséquent, 19 ans de cela. Tu retrouves ainsi dans le nombre 2467 celui de 24. Prends mon âge et ajoutes-y 24:43 + 24 = 57! Cela veut dire qu'à la question de ma femme me demandant si je ne voulais pas, moi aussi, prendre ma retraite, j'ai répondu en m'accordant encore 24 années. Il est évident que je suis contrarié, au fond, de n'avoir pas fourni, dans l'intervalle des 17 années qu'il a fallu au colonel M. pour devenir maréchal et prendre sa retraite, la même carrière que lui. Mais cette contrariété est plus que neutralisée par la joie que j'éprouve en pensant que j'ai encore du temps devant moi, alors que sa carrière est bel et bien finie. J'ai donc le droit de dire que même ce nombre 2 467, lancé sans intention aucune, a été déterminé par des raisons issues de l'inconscient.»