Quand un roi perd la France
- Автор: Дрюон Морис
- Серия: les rois maudits #7
- Год: 2000
- Язык: французский
- Год: Plon
- ISBN: 9782253021971
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Quand un roi perd la France». Краткое содержание книги:
— Est-il joie pour un roi captif ? » répondit Jean II déjà tout attentif à son personnage.
Ah ! que n’avait-il accepté, au début de cette journée de Poitiers, les conditions que je lui portais ? Vit-on jamais pareil roi, en position de tout gagner le matin, sans avoir à tirer l’épée, qui peut rétablir sa loi sur le quart de son royaume, seulement en posant son seing et son sceau sur le traité que son ennemi traqué lui offre, et qui refuse… et le soir se retrouve prisonnier !
Un oui au lieu d’un non. L’acte irrattrapable. Comme celui du comte d’Harcourt, remontant l’escalier de Rouen au lieu de sortir du château. Jean d’Harcourt y a laissé la tête ; là, c’est la France entière qui risque d’en connaître agonie.
Le plus surprenant, et l’injuste, c’est que ce roi absurde, obstiné seulement à gâcher ses chances, et qu’on n’aimait guère avant Poitiers, est bientôt devenu, parce qu’il est vaincu, parce qu’il est captif, objet d’admiration, de pitié et d’amour pour son peuple, pour une partie de son peuple. Jean le Brave, Jean le Bon…
Et cela commença dès le souper du prince. Alors qu’ils avaient tout à reprocher à ce roi qui les avait menés au malheur, les barons et chevaliers prisonniers exaltaient son courage, sa magnanimité, que sais-je ? Ils se donnaient, les vaincus, bonne conscience et bel aspect. Quand ils rentreront, leurs familles s’étant saignées et ayant saigné leurs manants pour payer leurs rançons, ils diront, soyez-en sûr, avec superbe : « Vous ne fûtes pas comme moi auprès de notre roi Jean… » Ah ! ils la raconteront, la journée de Poitiers !
À Chauvigny, le Dauphin, qui prenait un repas triste en compagnie de ses frères et entouré seulement de quelques serviteurs, fut averti que son père était vivant, mais captif. « À vous de gouverner, à présent, Monseigneur », lui dit Saint-Venant.
Il n’y a guère dans le passé, à mon savoir, princes de dix-huit ans qui aient eu à prendre le gouvernail dans une situation aussi piteuse. Un père prisonnier, une noblesse diminuée par la défaite, deux armées ennemies campant dans le pays, car il y a toujours Lancastre au-dessus de la Loire… plusieurs provinces ravagées, point de finances, des conseillers cupides, divisés et haïs, un beau-frère en forteresse mais dont les partisans bien actifs relèvent la tête plus que jamais, une capitale frémissante qu’une poignée de bourgeois ambitieux incite à l’émeute… Ajoutez à cela que le jeune homme est de chétive santé, et que sa conduite en bataille n’a pas fait grandir sa réputation.
À Chauvigny, toujours ce même soir, comme il avait décidé de rentrer à Paris par le plus court, Saint-Venant lui demanda : « Quelle qualité, Monseigneur, devront donner à votre personne ceux qui parleront en son nom ? » Et le Dauphin répondit : « Celle que j’ai, Saint-Venant, celle que Dieu me désigne : lieutenant général du royaume. » Ce qui était parole sage…
Il y a trois mois de cela. Rien n’est tout à fait perdu, mais rien non plus ne donne signe d’amélioration, tout au contraire. La France se défait. Et nous allons dans moins d’une semaine nous retrouver à Metz, d’où je ne vois pas trop, je vous l’avoue, quel grand bien en pourrait sortir, sauf pour l’Empereur, ni quelle grande œuvre s’y pourrait faire, entre un lieutenant du royaume, mais qui n’est pas le roi, et un légat pontifical, mais qui n’est pas le pape.
Savez-vous ce qui vient de m’être dit ? La saison est si belle, et les journées sont si chaudes à Metz, où l’on attend plus de trois mille princes, prélats et seigneurs, que l’Empereur, si cette douceur se maintient, a décidé qu’il donnerait le festin de Noël au grand air, dans un jardin clos.
Dîner dehors à Noël, en Lorraine, encore une chose que l’on n’avait jamais vue !
FIN
RÉPERTOIRE
BIOGRAPHIQUE
Les souverains apparaissent dans ce répertoire au nom sous lequel ils ont régné ; les autres personnages à leur nom de famille ou de fief principal. Nous n’avons pas fait mention de certains personnages épisodiques, lorsque les documents historiques ne conservent de leur existence d’autre trace que l’action précise pour laquelle ils figurent dans notre récit.
Alençon (Charles de Valois, comte d’) (1294-1346). Second fils de Charles de Valois et de Marguerite d’Anjou-Sicile. Tué à Crécy.
Andronic II Paléologue (1258-1322). Empereur de Constantinople. Couronné en 1282. Détrôné par son petit-fils Andronic III en 1328.
Anjou (saint Louis d’) (1275-1299). Deuxième fils de Charles II d’Anjou, dit le Boiteux, roi de Sicile, et de Marie de Hongrie. Renonça au trône de Naples pour entrer dans les ordres. Évêque de Toulouse. Canonisé sous Jean XXII en 1317.
Anjou-Sicile (Marguerite d’), comtesse de Valois (vers 1270-31 décembre 1299). Fille de Charles II d’Anjou, dit le Boiteux, roi de Sicile, et de Marie de Hongrie. Première épouse de Charles de Valois. Mère du futur Philippe VI, roi de France.
Artevelde (Jakob Van) (vers 1285-1345). Marchand drapier de Gand. Joua un rôle capital dans les affaires de Flandre. Assassiné au cours d’une révolte de tisserands.
Artois (Jean d’), comte d’Eu (1321-6 avril 1386). Fils de Robert d’Artois et de Jeanne de Valois, fut emprisonné avec sa mère et ses frères après le bannissement de Robert. Libérés en 1347. Chevalier (1350). Reçut en donation le comté d’Eu après l’exécution de Raoul de Brienne. Fait prisonnier à Poitiers (1356). Il avait épousé Isabelle de Melun dont il eut six enfants.
Artois (Mahaut, comtesse de Bourgogne puis d’) ( ?-27 novembre 1329). Fille de Robert II d’Artois. Épousa (1291) le comte palatin de Bourgogne, Othon IV (mort en 1303). Comtesse-pair d’Artois par jugement royal (1309). Mère de Jeanne de Bourgogne, épouse de Philippe de Poitiers, futur Philippe V, et de Blanche de Bourgogne, épouse de Charles de France, comte de la Marche, futur Charles IV.
Artois (Robert III d’) (1287-1342). Fils de Philippe d’Artois et petit-fils de Robert II d’Artois. Comte de Beaumont-le-Roger et seigneur de Conches (1309). Épousa Jeanne de Valois, fille de Charles de Valois et de Catherine de Courtenay (1318). Pair du royaume par son comté de Beaumont-le-Roger (1328). Banni du royaume (1322), se réfugia à la Cour d’Édouard III d’Angleterre. Blessé mortellement à Vannes. Enterré à Saint-Paul de Londres.
Arundel (Edmond Fitzalan, comte d’) (1285-1326). Fils de Richard Ier, comte d’Arundel. Épouse Alice, sœur de John, comte de Warenne, dont il eut un fils, Richard, qui épousa la fille de Hugh Le Despenser le Jeune. Grand Juge du Pays de Galles (1323-1326). Décapité à Hereford.
Asnières (Jean d’). Avocat au Parlement de Paris. Prononça l’acte d’accusation d’Enguerrand de Marigny.
Aubert (Étienne) (voir Innocent VI, pape).
Auch (Arnaud d’) ( ?-1320). Évêque de Poitiers (1306). Créé cardinal-évêque d’Albano par Clément V en 1312. Légat du pape à Paris en 1314. Camérier du pape jusqu’en 1319. Mort en Avignon.
Aunay (Gautier d’) ( ?-1314). Fils aîné de Gautier d’Aunay, seigneur de Moucy-le-Neuf, du Mesnil et de Grand-Moulin. Bachelier du comte de Poitiers, second fils de Philippe le Bel. Convaincu d’adultère (affaire de la tour de Nesle) avec Blanche de Bourgogne, il fut exécuté à Pontoise. Il avait épousé Agnès de Montmorency.