Angélique et le complot des ombres
- Автор: Голон Анна, Голон Серж
- Серия: Angelique #19
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «Angélique et le complot des ombres». Краткое содержание книги:
– Ne vous avais-je pas annoncé de la visite ? fit Peyrac.
Villedavray essayait de discerner qui se présentait.
– Ces blancs-becs de la Marine Royale... Ils se croient toujours en terrain conquis... Et puis le Maribelle ?... Je vous demande. Est-ce un nom pour un navire ? Un nom asexué. À moins qu'il ne se prenne pour un Anglais.
– Et vous, comment l'avez-vous nommé, votre navire, monsieur de Villedavray ? demanda Honorine.
– Je ne sais pas encore, mon enfant. Je réfléchis... Dans le canot, seul avec les rameurs, il y avait un homme assis, de forte stature. Le collet de son manteau était relevé et cachait son visage. Il était coiffé d'un bonnet de fourrure.
– Ce n'est pas le commandant du Maribelle, commenta Villedavray. D'habitude, ils sont tout chamarrés de dorures et de rubans et fort glorieux de leurs perruques.
On se porta vers la coupée.
L'homme montait alertement l'escalier suspendu, de quelques marches, qu'on avait descendu en son honneur.
Il prit pied sur le pont. Il était chaussé de grosses bottes en peau de phoque. Son jabot de dentelle était noué à la diable, mais il portait l'épée.
– M. le baron d'Arreboust ! s'écrièrent-ils, reconnaissant le président du syndic de Québec, qui avait été l'hôte de Wapassou au courant du dernier hiver.
Il s'arrêta, posa son regard sur Peyrac, puis sur Angélique, et sa physionomie sévère s'éclaira.
Il vint à eux la main tendue, baisa celle d'Angélique avec un contentement visible, exprimant d'une mimique sa surprise émerveillée de la retrouver si grande dame, alors qu'il l'avait connue en pionnière dans la rude atmosphère du fort. Il marqua un temps d'arrêt à la vue de Villedavray et de l'intendant qu'il ne s'attendait certes pas à trouver !à, comme hôtes de Peyrac sur le Gouldsboro, se tourna vers ce dernier. Celui-ci, debout sur le pont de son navire, se présentait aussi sous un aspect différent, maître de sa flotte, d'un équipage nombreux et bien entraîné, maître de Tadoussac apparemment.
– Bienvenue à bord du Gouldsboro, dit le comte en s'approchant. Venez-vous comme envoyé du Maribelle, chargé d'un message de la part de son commandant ?
– Non, pourquoi ? fit le baron d'Arreboust qui parut étonné.
Il jeta un regard vers le Maribelle.
– Ce jean-f... de Luppé se déplacera bien quand il jugera de sa dignité ou de sa sécurité de le faire. Cela ne me regarde pas.
« Mais j'ai exigé qu'on mette à ma disposition un canot car je tenais par-dessus tout à venir vous saluer, et surtout... vous avertir.
– De quoi donc ?
Le baron d'Arreboust se recula d'un pas. Une expression d'effroi passa sur sa physionomie.
– Les canots en flammes de la chasse-galerie sont passés au-dessus de Québec, dit-il.
Chapitre 3
« Les canots en flammes de la chasse-galerie sont passés au-dessus de Québec... » M. d'Arreboust se tenait devant eux. À la fois tragique et solennel, il leur avait fait cette déclaration :
– Les canots de la chasse-galerie sont passés au-dessus de Québec.
Puis se tut.
Derrière lui, dans les lointains du Saint-Laurent, d'un rose de pêche, un navire, surgi des brumes hivernales, profilait l'apparition de ses trois mâts, voiles ramenées.
Rien de plus. Le navire annoncé, retardé bien en vain, que pouvait-il faire, attendu au débusqué, par cinq navires bien armés ? Il n'avait jamais eu l'intention de les affronter. Il s'était contenté de jeter l'ancre et de dépêcher vers le Gouldsboro un canot duquel on avait vu monter un homme plein d'entrain quoique massif, la physionomie amène, et qui paraissait sincèrement heureux de les voir, ce qui était inattendu.
Mais M. d'Arreboust était un ami sincère.
Ce n'était pas l'arrivée du Maribelle qui était un drame, mais l'annonce que le président du syndic de Québec venait de leur faire.
– La chasse-galerie est passée au-dessus de Québec...
Et il y avait du désespoir dans sa voix.
Angélique eut l'impression qu'il avait été sur le point d'ajouter « Retournez ! Retournez en arrière, vous êtes maudits !... »
Elle regarda autour d'elle pour voir comment la nouvelle était accueillie par les personnes présentes. Elle, qui était poitevine, devinait qu'il s'agissait de mauvais présages.
Dans sa province, on parlait parfois d'un chasseur et de sa meute en flamme traversant les cieux de Poitou en Saintonge. Morts et peste les suivaient.
Mais la plupart des officiers et compagnons de Peyrac ne savaient pas de quoi il s'agissait. La nouvelle fut accueillie par eux avec indifférence. Avec calme et un brin d'ironie par Peyrac qui ne craignait pas de voir se multiplier les signes prémonitoires. Avec un effroi atterré par Carlon, avec amusement par Villedavray.
Annonce de calamités, invasion, défaite, énonça l'intendant lugubre.
– Ces légendes populaires sont pleines de charme, n'est-ce pas ? s'enchanta Villedavray. Oui, vous savez, ma chère, dit-il tourné vers Angélique, ici l'on raconte que, de temps à autre, passent dans le ciel des canoës en feu. C'est la chasse-galerie du Canada. Comme là-bas, dans l'Ouest de la France, l'on voit le chasseur et sa meute voler de Parthenay à Saint-Jean-d'Angély, ici ce sont des canots qui volent de Montréal à Gaspé... C'est normal, nous sommes en Canada. L'imagination du peuple ne sait comment se distraire. Elle a besoin de merveilleux... De savoir que le Ciel lui fait signe... J'en ai vu moi-même, enchaîna-t-il. En 1660, au moment du grand tremblement de terre, vous vous souvenez, d'Arreboust ?
– Si je me souviens, approuva le baron, certes, et c'est pourquoi je veux vous mettre en garde, monsieur de Peyrac. Les canots de la chasse-galerie sont passés au-dessus de Québec, il y a quelques jours... Un trop grand nombre de personnes en témoignent pour qu'on puisse douter de leur récit. La plupart disent qu'ils ont vu une flottille assez lointaine traversant le ciel en direction de Ville-Marie.
« Mais un homme qui était allé repérer des caches d'ours avant l'hiver raconte qu'en revenant des bois, il aperçut un canot très proche passer devant lui, en silence...
– Et qui était à bord ? demanda Villedavray, en se pourléchant de curiosité.
– Les jésuites martyrs : les pères Brébeuf, Lallemant et aussi un coureur de bois, mais il n'est pas très certain de l'avoir reconnu, car des flammes brasillaient autour de son visage, mais il croit que c'est Nicolas Perrot.
– Nicolas Perrot ? s'exclama Angélique, bouleversée comme si on venait de lui annoncer la mort de son cher ami canadien. Ne me dites pas qu'il lui est arrivé malheur...
– Trêve de balivernes, intervint Carlon avec impatience. Tout cela, nous le savons bien, n'est que superstition de croquants imbéciles.
– Pas si vite, mon ami, intervint Villedavray, moi, je les ai vus de mes yeux, vous dis-je.
– Oh ! Vous ! Vous voyez toujours tout. Eh bien ! moi je ne « les » ai jamais vus... Et d'ailleurs, c'est sans importance. Qu'on les ait vus ou non, cela signifie que la ville est en effervescence. Je parie que la moitié de la population est dans les églises et l'autre aux remparts...
– Vous pariez juste. Les Ursulines ont commencé une neuvaine pour que les vaisseaux de M. de Peyrac rebroussent chemin.
– Voilà qui ne facilitera pas votre arrivée, Comte.
– Venez-vous vers nous au nom de la population effrayée, Baron, demanda Peyrac en se tournant vers Arreboust, afin de m'adjurer de me retirer comme Attila sous les murs de Paris, obéissant aux injonctions de sainte Geneviève ?
Arreboust parut interloqué par la question. Il se rembrunit puis secoua la tête d'un air vague.